I. OFFRANDES POUR LE CULTE
(Chap. 25 : 1-9.)
1. Alors l'Eternel parla à Moïse, disant : (2) Dis aux enfants d'Israël qu'ils m’apportent une offrande ; de tout homme que son cœur y portera, vous prendrez mon offrande. (3) Et voici l’offrande que vous prendrez d'eux : de l'or, de l'argent et de l’airain ; (4) de l’azur, de la pourpre, du cramoisi, du fin lin et du poil de chèvre; (5) des peaux de béliers teintes en rouge, des peaux bleues et du bois d’acacia ; (6) de l'huile pour le candélabre, des aromates pour l'huile de l’onction, et pour la combustion des parfums; (7) des pierres d’onyx et des pierres pour garnir l’éphod et le pectoral. (8) Et ils me construiront un sanctuaire et je résiderai au milieu d’eux, (9) Vous le ferez conformément à ce que je vais te montrer, au modèle de la résidence et au modèle de tous les objets qui y appartiennent.
Les Israélites étant parvenus à la condition de peuple libre, et entrés par la conclusion de l'alliance dans des rapports : plus intimes avec Dieu, il convenait que les institutions pro- … visoires et incomplètes qui avaient suffi jusqu'alors fussent
remplacées par un culte organisé et réglé dans tousses détails. Le culte des Hébreux devait être réglé par Dieu lui-même ; il ne pouvait pas être abandonné à l'arbitraire, d’un côté parce que le danger de l’imitation des cultes idolâtres était très grand, de autre parce que le culte de l’ancien peuple de Dieu devait avoir un caractère symbolique (c’est-à-dire, représenter etrap-
peler les idées religieuses par des éléments matériels, figures, couleurs etc.), et un caractère prophétique ou typique (c’est-àdire représenter, préfigurer les choses de lavenir). Ces symboles et ces types (prophéties en tableaux) avaient un grand intérêt pour les Israélites, qui étaient généralement en état de les comprendre, au moins en partie, et qui sans doute recevaient sur ce sujet des instructions de la part des prêtres et des prophètes ; mais ils en ont aussi pour nous, enfants de la nouvelle alliance et leur étude nous est très utile pour l’intelligence, soit de l’Ancien Testament soit du Nouveau. Au premier abord, les chapitres relatifs au culte mosaïque, au tabernacle, aux sacrifices, aux vêtements pontificaux, etc., semblent offrir peu d’édification ; mais quand une fois on a appris à déchiffrer ce langage symbolique et à découvrir la correspondance entre les ombres et la réalité, le rapport qui existe entre ces institutions cérémonielles des Hébreux et l'œuvre du Rédempteur, ses souffrances et sa gloire, ces portions des saintes Ecritures nous apparaissent sous un nouveau jour et nous deviennent très précieuses. L’importance de l'étude du culte mosaïque pour les chrétiens est d’ailleurs démontrée par la présence de l’épître aux Hébreux parmi les livres Canoniques du Nouveau Testament. — Le peuple de la nouvelle alliance n’a pas reçu comme celui de l'ancienne des lois relatives au culte ; Jésus-Christ a laissé à l'Eglise la liberté de déterminer (sous l’assistance du Saint- Esprit) les formes de culte les plus convenables selon les temps, les circonstances et l’individualité des peuples ; il Pa fait parce que la chrétienté se trouve dans une position toute différente de celle du peuple d'Israël. Toutefois le culte de l’ancienne alliance peutnous donner quelques lumières pour l’organisation du nôtre; il nous apprend au moins que le culte, pour être agréable à Dieu et conforme aux besoins de l'homme, pour être un culte « en esprit et en vérité, » ne doit pas nécessairement être dépouillé de symboles et de cérémonies, simple jusqu’à la froideur, comme celui qu'affectionne le puritanisme protestant.
4, 2. Pour comprendre comment Moïse pouvait exiger des Israélites des offrandes aussi abondantes, il faut se rappeler qu’à leur sortie d'Egypte 1ls se trouvaient en possession de
biens assez considérables, provenant soit de la prospérité dont ils avaient joui pendant un certain temps, soit des présents qu'ils avaient reçu des Egyptiens (12 : 35, 36). — Le mot hébreu (terouma) que nous rendons par « offrande, » vient du verbe « élever » et signifie proprement : « mis à part, prélevé. » Nous aussi devons prendre plaisir à consacrer une partie de nos biens à l’avancement du royaume de Dieu, à l'entretien du service divin, à la construction et à l’'ornement des temples. Mais ce que nous donnons doit l’être volontairement, de bon cœur. Remarquons en effet que ceux-là seulement sont invités à donner que leur « cœur porte (littéralement : pousse) à le faire. »
3-9. Le mot hébreu (nekochet) qui se traduit généralement par çairain, » Signifie proprement : cuivre. — L’offrande consistait probablement en étoffes ou fils aux couleurs indiquées. — Au sujet de la première couleur nommée, les commentateurs sont unanimes‘ pour admettre que c'était un bleu semblable à celui du ciel et de la mer: cette couleur se tirait d’un coquillage qui se trouve sur les côtes de la Méditerranée. Nos versions ont exprimé la même idée par le mot «hyacinthe, » dérivé du mot grec employé dans la version des Septante, qui désigne à la fois la fleur de ce nom (jacinthe) et la couleur bleue. — Il est bien constaté que la seconde couleur est le pourpre (rouge foncé, éclatant), couleur magnifique, également tirée d’un coquillage que l’on recueillait particulièrement sur les côtes de la Phénicie (pourpre de Tyr). — La troisième couleur est bien indiquée dans Osterwald par « cramoisi. » C’est une couleur rouge clair (rouge de sang), provenant d’un insecte qui se trouve sur une espèce de chêne (ilex aculeatus). — Le « fin lin » était d’un blanc éclatant. — « Poil de chèvres. » En Orient les chèvres sont généralement noires ou brun foncé. — Au verset 5 la seconde espèce de peaux qui est mentionnée, ne peut pas être déterminée avec une entière certitude. Nos versions en font des peaux de «taissons, » plusieurs commentateurs modernes des peaux de veau marin; nous avons adopté, comme Osterwald, la tradition la plus ancienne
‘ Sauf Abenesra qui en fait du jaune, ce qui serait une désharmonie dans la symbolique des couleurs du sanctuaire.
(les Septante et Josèphe), d’après laquelle il s’agit de peaux bleues. — Le bois qui devait être livré est désigné par le mot hébreu « sitom » que la plupart des versions ont reproduit sans entreprendre de le traduire. Nous croyons qu’on est autorisé à le rendre par « acacia » (ainsi que le fait Perret-Gentil), car il est assez probable que l’on employa pour la construction du tabernacle une espèce d’acacia, à fleurs jaunâtres, et dont le bois est à la fois très léger et très durable, qui se trouve en abondance dans la péninsule du Sinaï. Les Septante ont traduit : « bois indestructible. » Quelques rabbins traduisent : « bois de cèdre, » mais le cèdre ne se trouve pas dans ces contrées.
6. La composition de l'huile pour l’onction est indiquée dans 30 : 22-95 et celle de l’encens dans 30 : 34-36.
1. Il est généralement admis que la traduction « pierres d’onyx » est juste. L’onyx est une espèce d’agate nuancée de diverses couleurs. — L’Ephod et le Pectoral, pièces du costume du grand-prêtre, dont nous trouvons la description dans le chapitre 28.
8, 9. Dieu fait connaître à Moïse que ces divers objeis étaient destinés à la construction d’un « sanctuaire, » d’un lieu saint entre tous, exclusivement consacré au service divin et dans lequel l'Eternel s’engageait à manifester sa présence d’une manière toute particulière. «Je résiderai au milieu d'eux. » Cet édifice qui devait donc'être en quelque manière le palais du roi d'Israël, est appelé ici « résidence. » En effet le mot hébreu (michekan) est dérivé du verbe «résider » (en hébreu chékan), employé au verset 8. Aussi nous avons (avec Perret-Gentil) préféré le terme « RÉSIDENCE, » qui exprime l’idée plus exactement que « pavillon » (Ost. Martin), ou « tabernacle » (Sacy, Vers. angl.). Ces deux derniers mots correspondent plutôt à un autre mot hébreu (ohel), souvent employé en parlant du sanctuaire. La traduction « demeure » (Vers. de Lausanne) est également juste. — Le mot hébreu que nous rendons par « modèle, » signifie aussi «type, image. » — On peut supposer que Dieu commença par adresser à Moïse les paroles renfermées dans les versets 2-9, comme une sorte de préparation, d'introduction ; puisqu’il Jui donna à contempler le modèle en question (comp.
vers. 40) et que pendant qu’il y arrêtait ses regards, l’Eternel lui donna les instructions et explications qui commencent au verset 10 et qui remplissent les chapitres suivants, et que Moïse à son tour devait communiquer au peuple et surtout aux ouvriers chargés de la confection des divers objets. Pour ces derniers les explications verbales pouvaient suffire, mais il était nécessaire que Moïse, appelé à les diriger, eût luimême (par le moyen W’une vision) une idée du tabernacle plus distincte que celle que Dieu aurait pu lui donner simplement par la parole. Quelques commentateurs pensent que ce que Moïse contempla, ce n’était pas seulement un modèle du tabernacle qui devait être érigé pour le culte israélite, mais un édifice, un sanctuaire réellement existant dans le ciel. À supposer que ce tabernacle céleste eût existé, nous ne pouvons guères nous le représenter comme ayant été semblable au tabernacle terrestre qui devait être approprié aux besoins, aux circonstances, à la mission d’un seul peuple (Israël); le sanctuaire céleste aurait été un édifice bien autrement magnifique et 1l eût fallu de la part de Moïse un travail considérable pour transformer l'édifice qu’il avait devant les yeux en celui qui devait se construire au pied du Sinaï. Mais l'existence même d’un temple dans le ciel n’est pas constatée ; celui dont parle Apoc. 11:19 peut n’avoir existé que dans une vision, et quant à la nouvelle Jérusalem que St. Jean vit descendre du ciel, il est dit expressément qu'il ne s’y trouvait point de temple (Apoc. 21 : 22). Les quelques passages du Nouveau Testament desquels on à cru pouvoir conclure que le tabernacle israélite était la figure d’un tabernacle céleste (Hébr. 8 : 5; 9:8, 25, 24) n’ont pas la portée qu’on leur attribue; ils signifient simplement que le tabernacle était l’image (sans doute dans ses traits généraux et par son caractère symbolique) des véritables « lieux saints, » par où il faut entendre non un édifice matériel, mais le ciel, la portion de l’univers qui est d’une façon particulière la demeure de Dieu. — Nous avons rendu par : « les objets qui lui appartiennent, » un mot hébreu qui signifie « meuble, ustensile, vase, » parce qu’il n’existe pas dans notre langue de terme également applicable aux objets divers, servant au culte, renfermés dans le tabernacle et dans le parvis. |