IT. L'ARCHE
(Chap. 25 : 10-22.)
10: Ils feront une arche de bois d’acacia, ayant deux coudées et demie de long, une coudée et demie de large et une coudée et demie de haut. (11) Et tu la plaqueras d’or pur; tu la plaqueras à l’intérieur et à l’extérieur; et au-dessus tu feras une guirlande d’or à l’entour ; (12) et tu fondras pour elle quatre anneaux d’or que tu fixeras à ses quatre angles ; deux anneaux seront sur son premier côté et deux anneaux sur son second côté. (13) Tu feras des barres de bois d’acacia et tu les plaqueras d’or. (14) Et tu feras entrer les barres dans les anneaux sur les côtés de l’arche, pour porter l’arche par leur moyen; (15) les barres seront dans les anneaux de l’arche et ne la quitteront point. (16) Et tu placeras dans l’arche le témoignage que je te donnerai. (17) Tu feras aussi un propitiatoire d’or pur, ayant deux coudées et demie de long et une coudée et demie de large. (18) Tu feras aussi deux chérubins d’or; tu les feras d’or battu, sortant des deux extrémités du propitiatoire ; (19) tu feras un chérubin à l’une des extrémités et l’autre chérubin à l’autre extrémité; vous ferez les chérubins sortant du propitiatoire à ses deux extrémités. (20) Et les chérubins étendront leurs ailes en haut, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et se regardant l’un l’autre ; les chérubins tourneront leurs visages vers le propitiatoire. (21) Et tu mettras le propitiatoire au dessus de l'arche et dans l’arche tu placeras le témoignage que je te donnerai. (22) Et c’est là que je me rencontrerai avec toi et t'adresserai de dessus le propitiatoire, entre les deux chérubins qui sont sur l’arche du témoignage, tout ce que j'aurai à t’ordonner à l'égard des enfants d'Israël.
10. L’arche est le premier objet que Dieu présente aux regards de Moïse, parce qu’elle était le centre du culte, le symbole de la présence de l’Eternel le plus précieux trésor des Hébreux. Le tabernacle lui-même n’était, à proprement parler, construit qu’en vue de l’Arche, à laquelle il servait d’abri.
La « coudée » environ un pied et demi. L’arche était donc un coffre en bois d’acacia, d’un peu plus de quatre pieds de long. Le mot hébreu (aron) que nous rendons par « arche » n’est pas le même que celui qui est employé en parlant de la maison flottante de Noé (Gen. 6 : 14).
11. L’arche était « plaquée d’or » (c’est-à-dire recouverte de lames d’or), et cela au dedans aussi bien qu’au dehors, parce que l’intérieur renfermait un objet très sacré, les tables
de la loi. — C’est « l’or, » le roi des métaux, le plus éclatant, que nous. voyons briller partout dans le sanctuaire, résidence du roi d'Israël. — L’arche était garnie d’une guirlande‘ d’or qui était probablement ciselée et découpée de manière à représenter une couronne de fleurs et de feuilles, de là le nom (ger, couronne) qui lui est donné dans le texie.
19-15. L’arche se portait par le moyen de quatre anneaux et de deux barres qui y restaient constamment fixées, sans doute afin que la main de l’homme se trouvât le moins possible en contact avec elle (Comp. I Sam. 6 : 19). — On peut’ ‘admettre d’après Josephe (Antiq. IT, 6) que les barres étaient fixées à l’arche dans sa longueur.
16. Le nom de « témoignage » (en hébreu: hedout) est souvent donné à la loi (Ps. 19: 7 ; 119 : 14 etc.), parce que c’est par son moyen que Dieu fait connaître (déclare) sa volonté.
17-21. Le vers. 17 indique que la partie supérieure de l’arche était formée par une plaque d’or pur ; ce n’était pas seulement du bois plaqué d’or, parce qu’il s'agissait d’un objet de très grande importance. Cette plaque d’or est appelée en hébreu kaporet, mot que nos versions (Ost., Martin, Sacy, Version de Lausanne) rendent avec raison par « propilialoire » (objet destiné à l’expiation). A l’ordinaire M. Perret-Gentil a aussi mis « propitiatoire. » Seulement dans notre chapitre et le suivant il a mis « couvercle, » innovation . selon nous peu heureuse, parce que cette expression ne met pas en évidence le caractère religieux et symbolique de l’objet dont il s’agit. Il est à remarquer que le mot hébreu kaporet ne se trouve jamais employé pour désigner un couvercle ordinaire et que le verbe (kapar, couvrir) duquel il est dérivé, s’employait habituellement au figuré pour dire: couvrir le péché, pardonner, expier. Cette plaque d’or formait sans doute la couverture de l'arche, mais ce n’est pas à cause de cela qu’elle était appelée kaporet (couvercle) ; c'était à cause de son usage comme instrument d’expiation. Lors de la grande fête annuelle des expiations, le sang de la victime était répandu devant le propitiatoire comme on le voit Lév. 16 : 44, 15. La
1 Dans d’autres versions, bordure, corniche, couronnement.
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relation étroite qui existe entre le kaporet et les actes d’expiation, ressort avec évidence de ce chapitre du Lévitique où le verbe kapar est employé jusqu’à 12 fois pour dire : « faire expiation. » Ainsi la traduction : « propitiatoire » est la seule qui soit réellement fidèle ; les versions allemandes et anglaises qui disent : « siége de miséricorde » (gnadenstuhl, mercy-seat) ne rendent pas l’idée aussi exactement. Ce qui confirme le sens que nous donnons à kaporet, c’est que dans notre verset les Septante l’ont rendu par : « couvercle propitiatoire, » mais dès lors simplement par « propitiatoire, » en grec 2laslerion, mot qui a passé dans le Nouveau Testament. Rom. 3 : 25; Héb. 9 : 5. Dans ce verset le mot kaporet est employé par anticipation ; Moïse (et le peuple) purent en pressentir lé sens, mais il ne leur fut entièrement dévoilé que par l'institution de la fête des expiations. Quant à nous, peuple de la nouvelle alliance, nous possédons encore plus de lumières sur ce sujet ; nous savons par quel moyen, conciliant d’une manière admirable la miséricorde de Dieu avec sa justice, l’expiation préfigurée sous l’ancienne loi a été réellement accomplie, aussi St-Paul a pu dire que « Dieu a établi Jésus-Christ pour être un propihialoire par la foi en son sang. » Rom. 3 : 24. Nos versions portent dans ce passage : victime de propihalion , mais dans le texte grec il y a le même mot / iasterion) qui partout ailleurs est employé pour désigner le propitiatoire lui-même.— Aux deux extrémités du propitiatoire devaient se dresser des figures en or (en «or battu, » selon quelques-uns le mot hébreu indique plutôt un travail fait au tour) représentant des chérubins. Les chérubins, ainsi que nous l’avons établi ailleurs (Commentaire sur la Genèse à l’occasion de Gen. 3: 24 et Commentaire sur les Psaumes, à l’occasion de Ps. 18 : 11), n'étaient pas des êtres imaginaires ou purement symboliques, comme le prétendent Bähr et quelques autres théologiens, mais des êtres réels, placés très haut dans l'échelle de la création, ayant leur demeure près du trône de Dieu (voy. Ps. 99 : 11), et dont la principale occupation était l’adoration et l’action de grâces (Apoc. 4: 6-8), car ceux qui dans ce passage sont appelés « êtres vivants » (traduction meilleure que « animaux » de nos versions), apparaissent
ailleurs sous le nom de chérubins (comp. Ezéch. 1 : 4, 5, avec 10: 1). C’est là à peu près tout ce que nous pouvons savoir des chérubins. Quant à leur forme, à leur figure, on ne peut guère faire que des conjectures. Des chérubins étaient apparus sur la terre comme gardiens du paradis (Gen. 3: 24), mais il n’est pas même certain que nos premiers parents les aient vus. Quoi qu'il en soit, il paraît que leur souvenir s’était conservé dans les traditions primitives plus ou moins distinctement et qu'on se les représentait comme des êtres d’ordre supérieur qui réunissaient en leur per- : sonne les forces et les caractères des créatures les plus excellentes de chaque classe d’êtres vivants. C’est pourquoi sans doute les visions d’Ezéchiel leur donnent à la fois la figure de l’homme, du lion, de l'aigle et du taureau (Ezéch. 1:10). C’est aussi probablement comme une réminiscence des chérubins du paradis qu’il faut considérer ces gigantesques lions en pierre, ailés et à face humaine, qui étaient placés jadis à l’entrée des palais de Ninive et dont quelquesuns ont été transportés dans les musées de Paris et de Londres à la suite des belles découvertes de MM. Botta et Layard, peut-être aussi les sphynx qui se voyaient en Egypte à la porte des temples. Ces êtres mystérieux que les peuples de l'Orient se représentaient comme ayant été les gardiens du jardin d’'Eden, premier sanctuaire, première résidence de Dieu sur la terre, n’avaient-ils pas leur place naturelle à la porte des temples des dieux, des palais des rois ? Cette supposition est confirmée par un passage du très intéressant ouvrage : Les ruines de Ninive, par Feer, Paris 1864, qui fait partie de la bibliothèque des écoles du dimanche. Voy. page 75-77. Les chérubins placés sur le propitiatoire péuvent bien aussi être considérés comme gardiens du sanctuaire (l’arche et plus particulièrement le propitiatoire où Dieu se manifestait), mais il y a lieu de croire qu’ils devaient principalement représenter la participation des intelligences célestes à l’œuvre de la miséricorde divine envers Israël et envers l’humanité en général. C’est pourquoiils devaient avoir leurs faces «tournées vers le propitiatoire » (vers. 20), dans l'attitude de la contemplation, de l’adoration. Et c’est sans doute à cela que St-Pierre faitallusion quand il dit, en parlant de la dispensation COM. SUR L’EXODE. 9
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évangélique, queles «anges désirentlaregarderjusqu’au fond» (I Pier. 1 : 12). Dans les dessins de l’arche les chérubins sont quelquefois représentés (ainsi encore par M. Neumann dans son ouvrage sur le tabernacle) comme des êtres composés, participant de la nature de l’homme, du taureau, de l'aigle et du lion. Il nous paraît vraisemblable que s'ils sont décrits sous cette forme dans les visions d’Ezéchiel, c'était dans un but symbolique et que des créatures de ce genre n’existent réellement pas. Nous pensons que les chérubins moulés en or sur l’arche et brodés sur les tentures du tabernacle n’avaient pas une forme plus ou moins extraordinaire et fantastique, mais celle d’anges, tels que nos peintres, nos sculpteurs les représentent (personnages à figure humaine, à l'expression noble et bienveillante et pourvus d'ailes pour traverser l’espace) et probablement à genoux, dans l’attitude d’une humble et respectuse adoration. — Les chérubins devaient « sortir » du propitiatoire, c’est-à-dire probablement faire partie de la. même pièce de métal, afin de représenter la relation étroite qui existait entre eux et l’objet qu’ils contemplaient. — Si enfin 1ls devaient « couvrir le propitiatoire de leurs ailes, » (vers. 20), c'était un symbole de leur respect profond pour la résidence visible du Très Haut.
22. Le tabernacle une fois érigé, ce fut du lieu très saint, du propitiatoire, que Dieu donna ses instructions à Moïse.