IE LA TABLE DES PAINS
(Chap. 25 : 23-30.)
(23.) Tu feras aussi une table en bois d’acacia, longue de deux coudées, large d’une coudée, haute d’une coudée et demie. (24) Tu la plaqueras d’or pur et tu feras autour une guirlande d’or. (25) Et tu l'entoureras d’une ceinture d’une paume et autour de sa ceinture tu feras une guirlande d’or. (26) Et tu lui feras quatre anneaux d’or et tu placeras les anneaux aux quatre angles qui sont à ses quatre pieds. (27) Les anneaux toucheront la ceinture et renfermeront les barres pour porter la table. (28) Tu feras les barres en bois d’acacia et tu les plaqueras d’or et elles serviront à porter la table. (29) Tu feras aussi ses plats, ses coupes, ses ealices et ses gobelets, pour les libations ; tu les feras d’or pur. (30) Et tu placeras sur la table le pain de proposition devant ma face continuellement.
23-25. Cette table (dont la destination se trouve indiquée vers. 30) avait probablement la forme d’une table ordinaire ; elle était ornée d’une « guirlande, » toute semblable à celle de l’arche (en hébreu il y a le même mot), et entourée d’une sorte de ceinture ou cloison, de la largeur d’une paume (sans doute aussi en bois d’acacia et plaquée d’or), que lon peut supposer avoir été placée à mi-hauteur. Elle était également ornée d’une guirlande, entourant la table de tous les côtés, et destinée peut-être à lui donner plus de solidité. Le mot hébreu que nous avons rendu par « ceinture, » et qui l’est dans nos versions par : rebord, clôture, etc., est dérivé d’un verbe qui signifie : enfermer, entourer.
26-28 nous apprenent comment la table se transportait. Au verset 27 il y a littéralement : « Les anneaux seront près de la ceinture, ils serviront de maison aux anneaux pour porter la table. »
29. Les « plats » étaient ceux où l’on déposait les pains; les vases de différentes formes et grandeurs s employaient pour les libations (offrandes de vin)*.
30. Nous avons conservé l’expression « pain de proposibon, » qui Se trouve dans nos anciennes versions (Ost. Martin, Sacy), parce qu'elle a reçu du temps une sorte de consécration ; mais elle a l'inconvénient d’être un peu obscure et celui de ne pas faire suffisamment ressortir le rapport qui existe dans l’hébreu entre le nom donné à ce pain et la fin du verset. Il y a littéralement : « Tu placeras sur la table le pain de la face devant ma face continuellement. » Ces paroles du législateur suprême indiquent que ce pain était appelé « pain de la face» (lekem panim), parce qu’il était placé dans le lieu auquel Dieu avait attaché sa présence, en quelque sorte sous le regard de Dieu. Cette idée serait peut-être mieux rendue en disant « le pain exposé. » Perret-Gentil et la vers. de Lausanne disent : « le pain de présentation, » ce qui ne nous parait pas préférable à la traduction ordinaire. — Notre verset ne donne au sujet de ce pain qu’une indi-
1 Selon Wogue et d’autres commentateurs, il n’y avait pas sur la table de vases destinés à des libations, et il faudrait traduire : «ses sébiles (vaisseaux), cuillers, montants et ses demi-tubes (à placer entre les pains pour les conserver frais. » Nous avons suivi l’explication plus généralement adoptée.
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cation tout à fait générale; les instructions ultérieures (sur le nombre des pains, leur arrangement, leur usage, etc.) furent probablement données plus tard et se lisent dans Lév. 24 :5-9. — Il nous reste à examiner quelle devait être la destination de ce pain. Si nous tenons compte du fait que le pain et le vin paraissent avoir eu un caractère symbolique chez les peuples de l'antiquité ‘, si nous nous souvenons que Melchisédec, le prêtre-roi, représentant de Dieu, s’avança vers Abraham en lui offrant du pain et du vin, si enfin nous remarquons te le Fils de Dieu s’est nommé lui-même le « pain de vie, » le « pain descendu du ciel, » et qu'il a institué dans les sémants de la cène des symboles et des gages de la rédemption, nous ne pouvons guère douter que les pains qui se trouvaient dans le tabernacle (et il paraît qu’il s’y faisait aussi des libations de vin) n'aient été destinés à représenter la nourriture spirituelle que Dieu présente à son peuple, et à préfigurer Jésus-Christ et le repas eucharistique. Et de même que les sacrements de la nouvelle alliance communiquent réellement ce qu'ils représentent, les « pains de proposition » n'étaient sans doute pas non plus des signes vides et sans effet. Il est vrai que les prêtres seuls avaient le droit d’en manger (Lév.24:9), de même qu'ils avaient seuls le droit d'entrer dans le tabernacle, mais le peuple y participait indirectement par leur entremise et en leur personne. Cette explication nous paraît plus simple, plus conforme à l’ensemble des Ecritures, que celle deKeil, Hengstenberg et autres commentateurs, qui disent que les pains de proposition représentaient le devoir de l’homme de se consacrer au service de Dieu et de lui rendre grâces pour tous ses bienfaits. En général c’est une erreur de considérer le service divin comme destiné à nous rappeler des devoirs et à nous instruire plutôt qu’à nous obtenir des grâces, et de voir, entre autres, dans la cène essentiellement une profession de foi ou un repas fraternel.
* Voy. Peuple primitif, par de Rougemont, II, 425.