XVI. COMPOSITION DU PARFUM
(Chap. 30 : 34-38.)
(34) L’Eternel dit encore à Moïse : Prends des aromates, du storax, de la coquille odorante, du galbanum, des aromates et de l’encens limpide, le même poids de chaque, (35) et tu en composeras un parfum, ouvrage de parfumeur, mêlé de sel pur et saint. (36) Tu le pileras en poudre fine, et tu en mettras devant le témoignage, dans la Tente d’assignation, là où je t’assignerai; il vous sera très saint. (37) Et ce parfum, vous n’en ferez point dans les mêmes proportions pour vous ; il te sera Chose sainte, pour l'Eternel. (38) Quiconque en fera du semblable pour le sentir, sera retranché de son peuple.
1 Le sicle servait à la fois de poids et de monnaie.
Les différentes substances odoriférantes ici indiquées peuvent être considérées comme représentant les différents éléments dont se compose le culte d’adoration qui avait son symbole dans le parfum (voy. explication du vers. 4), humiliation, reconnaissance, saintes résolutions, etc. — « Storax, » gomme qui découle d’un arbrisseau ressemblant au coignassier. — La «coquille odorante » est un coquillage ({unguis odoratus) qui répand une odeur agréable quand on le brûle. — Le « galbanum, » gomme qui découle d’un arbrisseau, abondant en Syrie. — Le mot «aromates » est ré— pété, comme une sorte de résumé. — «L’encens» proprement dit provenait aussi d’un arbrisseau. — Le « sel » devait être mêlé à ces ingrédients (vers. 35) comme symbole d’incorruptibilité, de durée, de fidélité (comp. Lév. 2 : 15; Marc Q : 49 ; Math. 5:13). — Les mots « devant le témoignage » ne signifient pas que le parfum fût déposé dans le lieu très saint, comme Parche ; il était placé sur l'autel qui lui-même se trouvait en face du voile et de l’arche (voy. vers. 6). Le passage de l’épitre aux Hébreux (Héb. 9 : 4) duquel on a cru pouvoir conclure que l’encensoir était placé dans le lieu très saint (ce qui n’impliquerait d’ailleurs point que le parfum y fût également) se rapporte probablement à l’encensoir que le grand prêtre y apportait une fois l’an à la fête des expiations (Lév. 16 : 19, 13). Le parfum devant brûler matin et soir, il fallait qu’il fût placé (et l’encensoir également) dans un lieu en tout temps accessible aux prêtres, ce que le lieu très saint n’était pas. — Les versets 37, 38 appliquent au parfum l'interdiction exprimée par les versets 52, 35 au sujet de l'huile sainte.
$ 7. Désignation des ouvriers.
CHAP. XXXI.— 1-5. Après les ordres donnés à Moïse relativement au tabernacle et aux divers objets nécessaires pour le service divin, Dieu lui fait connaître les ouvriers (de différentes classes) qui devaient les exécuter. Les indications générales (sur les dimensions, formes, matériaux etc.) avaient été don-
nées, mais de nombreux détails étaient encore indéterminés, laissés à l'intelligence, à l’habileté, à l'imagination de ceux qui devaient exécuter le travail. Cependant, pour une œuvre aussi importante, les ouvriers devaient être assistés extraordinairement (et cela sans doute d'autant plus que leurs fonctions étaient plus élevées) par l'Esprit de Dieu. Ce même Esprit (troisième personne de la Trinité) qui avait coopéré à l’œuvre de la création (Gen. 1 : 2), devait aussi intervenir dans l’œuvre de la construction du sanctuaire, résidence de l'Eternel. Ce fait nous rappelle combien nous avons besoin d’être assistés, dirigés, .éclairés, sanctifiés par le St-Esprit, pour toutes les œuvres que nous avons à accomplir, surtout pour celles qui concernent l'Eglise, l'avancement du règne de Dieu, l’édification de notre prochain. Il nous rappelle aussi que c’est à Dieu que nous devons donner la gloire de tout ce qui se produit de grand et de beau dans le monde des arts et de l’intelligence. C’est lui, l'Eternel, qui (par une action de ce même Esprit qui inspira Betsaleel), forme et inspire les habiles architectes, les grands peintres, les musiciens illustres, aussi bien qu’Il donne aux peuples des princes capables, des capitaines distingués, et à son Eglise des pasteurs dévoués et des docteurs intelligents. Ne nous contentons pas d'admirer ceux qui ont reçu des dons éminents, et surtout n'en prenons pas occasion pour glorifier le pauvre enfant d'Adam qui en a été revêtu; mais rendons grâces en toutes choses « au Père des lumières, duquel vient tout don parfait. » (Jacq. 4:47.)
Le nom de « Betsaleel » signifie « sous l’ombre de Dieu ; » peut-être avait-il été choisi par Dieu lui-même pour donner à celui qui le portait un gage de sa protection et de son assistance continuelle. Comp. Ps. 91 : 4. — « Hur, » probablement celui qui est mentionné 17 : 10, 24 : 14. — Ce n’était ‘sans doute pas sans une dispensation spéciale de Dieu, que le personnage chargé de la direction des travaux qui concernaient le tabernacle fut pris dans la tribu de Juda, à laquelle appartenait la primauté (Gen. 49-10. Voy. lexplication de ce passage dans mon Commentaire sur la Genèse).— Les principaux dons que l’Esprit de Dieu devait communiquer à Betsaleel sont désignés par les mots « sagesse, intelligence et
connaissance ; » le premier se rapporte peut-être plus particulièrement à la disposition morale, à la piété, qui est indispensable pour comprendre les choses de Dieu, le second aux facultés de l'esprit, le troisième aux connaissances positives. — La fin du vers. 3 doit se traduire: « pour toutes sortes d'ouvrages. » — Betsaleel devait avoir un aïde en la personne d’Aholiab {littéralement : « j’ai donné auprès de lui Aholiab »). Sous leur direction se trouvaient les simples ouvriers qui avaient à exécuter les divers travaux ; mais ceuxlà aussi étaient assistés par l’Esprit de Dieu « J’ai mis de la sagesse dans le cœur de tous les sages de cœur. » (vers. 6) Ici le mot « sagesse, sage » représente l'intelligence, l’habileté à exécuter les ordres reçus. — Au vers. 8, le texte porte « le candélabre pur, » locution abrégée pour « d’or pur. » Les premiers mots du vers. 10 sont rendus dans nos versions par « vêtements de service » (sacerdoce;) selon quelques commentateurs ils désignent plutôt des « couvertures à envelopper, » destinées à emballer les divers meubles du tabernacle, mais le passage parallèle 35 : 19 prouve que la traduction ordinaire est exacte.
$ 8. La loi du sabbat rappelee.
(Chap. 31 : 12-18.)
La plupart des commentaires disent que la loi du sabbat fut rappelée parce qu’on aurait pu se croire dispensé de l’observer pendant les importants travaux qui allaient commencer. Mais il n'y a dans ce morceau aucune allusion à une pareille idée et nous pensons qu'il est plus naturel d'expliquer cette répétition du 4me commandement par sa très grande importance pour la vie religieuse d'Israël, importance qui ressort suffisamment de ces paroles du vers. 13 « C’est un signe entre vous et moi. » — La particule hébraïque {ak) par laquelle commence l’exhortation qui devait être adressée aux Israélites, a été rendue dans quelques versions par : « seulement, » et c’est bien le sens qu’elle a ordinairement ; mais elle a aussi quelquefois celui de « principalement, certainement » qui s’y rattache et ici elle a la valeur d’une affirmation énergique ;
la nouvelle version de Lausanne l’a bien rendue par « surtout. » — « C’est un signe entre moi et vous. » Le mot hébreu {ôt) que nous rendons par « signe » s’emploie pour dire : « marque qui sert à reconnaître, drapeau, preuve, garantie; » ces paroles signifient donc que les bénédictions que les Israélites retireraient de leur obéissance à la loi du sabbat seraient pour eux une garantie que Dieu était véritablement leur Dieu, je Dieu qui résidait au milieu d’eux et qui les sanctifiait, leur donnant la force nécessaire pour me-. ner une vie sainte et nouvelle. La sanctification du dimanche est accompagnée de fruits et d'expériences semblables chez les peuples chrétiens. — Au vers. 14 nos versions portent « sera puni de mort ; » dans le texte la certitude du châtiment est exprimée par la répétition du verbe (littéralement : mourir, il mourra), de même que dans Gen. 2 : 17 et très fréquemment ; il faut donc dire : « il mourra certainement. » (De même au vers. 15.) La fin de ce verset exprime la même idée sous une autre forme (comp. 30 : 38). — Au vers. 15 il faut traduire : « au septième jour il y aura repos complet, chose sainte pour l'Eternel. » Nous rendons pas « repos complet » l’idée qui est exprimée en hébreu par la répétition du mot « repos. » Comp. 16 : 23; 20 : 9-10. — La fin du verset 46 enseigne que le sabbat ne cessera jamais d’être obligatoire pour Israël; il sera le signe de l’alliance à perpétuité, c’est-à-dire aussi iongtemps qu'Israël existera comme peuple. Aujourd’hui encore les descendants d'Abraham, bien que dispersés dans Île monde entier, se considèrent (avec raison, dans la foi aux promesses) comme formant un peuple distinct et ils se font généralement remarquer par leur fidélité à la loi du sabbat. Quant au caractère obligatoire du 4me commandement pour le peuple de la nouvelle alliance, voir explication de 20: 8-11.
18. L’historien sacré termine tout ce morceau relatif au service divin, en rapportant l’accomplissement de la promesse de 24: 12. — Le fait que les dix commandements étaient écrits de la main même de l'Eternel, donnait aux tables un caractère tout particulier d'autorité. Puissent-ils Pêtre par la même action divine sur les tables de nos cœurs ! (IX Cor. 3: 9).
$ 9. L'alliance rompue et rétablie.
(Chap. 32-34.)
L'adoration du veau d'or.
CHap. XXXII. — 1, L'absence prolongée de Moïse était pour la foi encore chancelante des Israélites une épreuve à laquelle elle ne résista pas. N’étant plus soutenus et encouragés par la présence de leur conducteur habituel et n'ayant pas encore appris à mettre leur principale confiance en Dieu, leur conducteur suprême, ils s’imaginent trouver un secours dans une image du Dieu invisible. Ils ne croyaient assurément pas se rendre coupables d’une infidélité envers l’Eternel ; c’était bien le vrai Dieu qu’ils prétendaient adorer sous la figure du veau d’or; mais ils transgressaient la défense (renfermée dans le second commandement) de rendre un culte à des images de la créature et de représenter la divinité par des images pareilles (voy. explication de 20 : 4-6). Cette transgression était un premier pas dans la voie de Pidolâtrie et d’un abandon complet du Dieu vivant et vrai. Aussi fut-elle châtiée avec une légitime sévérité. Mais nous n'avons pas le droit d’être surpris ou indignés outre mesure
de cette conduite des Hébreux, nous qui sommes si portés à nous appuyer sur les créatures, sur les moyens humains, qui avons tant de peine à « marcher par la foi et non par la vue » (2 Cor. 5: 7). Nous fabriquons bien des veaux d’or dans nos cœurs |
— Nos versions qui portent « s’assembla vers Aaron » sont moins exactes que : « s’assembla contre Aaron, » (Sacy) car en hébreu il y a une préposition qui exprime l’idée de révolte, ou du moins, d’une pression exercée sur Aaron. Il paraît qu’Aaron, après un arrêt sur la montagne avec les 70 anciens (comp. 24 : 14) était redescendu auprès du peuple et en avait pris provisoirement le commandement. — Nous préférons la traduction ordinaire « Fais-nous des dieux qui marchent devont nous» (Ost., Martin, les LXX, Sacy, vers. anglaise, hollandaise, etc.), à celle qui a été adoptée par Perret-Gentil et
la nouvelle version de Lausanne « Fais nous un Dieu qui marche devant nous. » Il est à remarquer en effet que la forme du mot hébreu « Elohim » (Dieu) permet de le traduire par le pluriel aussi bien que par le singulier et quelquefois même le contexte l’exige (ainsi quand il s’agit des faux dieux). Ici le pluriel est également recommandé par le fait que le verbe (marcher) est au pluriel. Il est vrai qu’il y a des cas où il faut rendre Elohim par le singulier lors même que le verbe est au pluriel ; ainsi lorsqu'il y a quelque allusion à la pluralité des personnes (Trinité), ou bien lorsque le pluriel du verbe est employé pour mieux marquer le respect dû au vrai Dieu (de même qu’il est d'usage de vousoyer les rois et auires grands personnages); mais dans notre passage il serait peu naturel d'attribuer aux Israëélites l’une ou l’autre intention. Ce n’est pas non plus qu’ils aient cessé de croire à l’unité de Dieu, qu'ils soient tout d’un coup tombés dans le polythéisme, ce qu’on ne s’expliquerait guères ; mais on peut supposer qu’ils Se représentaient qu’Aaron leur fabriquerait plusieurs images du vrai Dieu, peut-être pour marcher à la tête des principales divisions du peuple.
2. Aaron manqua d'énergie pour résister à la volonté du peuple, et cela parce qu'il manquait de foi ; il céda à la crainte des hommes, parce qu’il ne regardait pas assez à l’invisible. Une semblable faiblesse ne se voit que trop souvent chez les princes, les magistrats, les pasteurs, les pères et les mères, et elle est la cause de beaucoup de péchés et de beaucoup de malheurs.
8, 4. On pense généralement que ce «veau » était une imitation (et c'était encore une aggravation du péché) du culte du dieu Apis adoré en Egypte sous la figure d’un taureau. — Suivant quelques commentateurs le veau était en bois, plaqué d’or; cependant l’expression du texte « veau en fonte » fait plutôt supposer qu'il était tout entier en métal ; il n’est d’ailleurs rien dit de ses dimensions, en sorte que l’on ne peut pas faire une difficulté de la quantité d'or qu’il exigea. — Le pluriel « tes dieux qui t’ont fait monter » est la traduction littérale du texte comme au verset 1 et s’explique de la même manière. Le peuple pensait qu’à cette première image s’en ajouteraient d’autres.
5, 6. Les paroles d’Aaron montrent que le peuple était convaincu que c’était toujours le vrai Dieu, son Dieu, lEternel (Jéhovah) qu’il allait adorer par l’intermédiaire de cette image. — « Holocaustes, » voy. explication de 10 : 25. — « Sacrifices de prospérité, » voy. explication de 20 : 24. — Le dernier mot du verset 6 signifie «rire, se réjouir, jouer »; mais ici il est probable qu’il s’agit de réjouissances d’un caractère licencieux, telles que celles qui faisaient partie des cultes du paganisme. C’est ainsi qu'un péché en amène d’autres.
Le châtiment.
7-10. Avant que Moïse fût descendu de-la montagne, Dieu lui fit connaître le grand désastre qui venait d’avoir lieu et lui annonça son intention de détruire cette race coupable et de faire de lui le chef d’un peuple nouveau, ce qui eût élevé Moïse à un rang glorieux (celui d’un second Abraham), sans anéantir les promesses faites aux patriarches, puisque leur postérité aurait été représentée en sa personne. Par cette communication Dieu remit en quelque sorte le sort des Israélites entre les mains de Moïse ; c'était une épreuve à laquelle il le soumettait (une épreuve pour son dévouement, pour sa charité), mais une épreuve dont il connaissait d'avance l'issue. C’est encore un des cas où notre intelligence ne parvient pas à concilier la liberté de l’homme et la souveraineté de Dieu ; c’est un mystère qu’il faut accepter, sans amoindrir en rien l’un ou l’autre des deux facteurs. — Dieu, en parlant à Moïse, dit du peuple d'Israël « ton peuple » (vers. 7), parce que Moïse était le conducteur du peuple et en quelque manière le représentant de Dieu auprès de lui. — «S’est corrompu. » En hébreu : «il a corcompu » (sous-entendu : sa voie). Ou bien: «il a‘détruit » (l'alliance). — Au verset 8 le mot « promptement » signale une circonstance aggravante. Trop souvent on peut en dire autant de nos chutes ; c’est « promptement » aussi qu’elles suivent nos bonnes résolutions, nos délivrances, nos communions. — « De cou roide, » expression figurée qui représente le manque de docilité ; «têtu » y correspond assez
bien. — « Laisse moi, » paroles qui donnent à entendre à Moïse qu'il dépendait encore de lui de détourner le jugement d’extermination complète, comme le dit très bien Grégoire le Grand : « Dieu lui présente une anse pour le fléchir. »
41-13. La prière de Moïse montre la noblesse de son caractère. Il était bien moins préoccupé de sa propre gloire et de la grandeur de sa famille, que de la gloire de Dieu et de la destinée du peuple confié à ses soins. Cette admirable prière, si digne de servir de modèle à celles des conducteurs des peuples, est aussi un type de l’intercession, encore bien plus efficace, du divin Médiateur. — Les mots de l'original que nos versions rendent par « supplier, » signifient proprement « adoucir la face. » — Les motifs que Moïse fait valoir sont tirés non de ses mérites ou de ceux du peuple, mais uniquement de la gloire de Dieu intéressée à l’accomplissement des promesses. C’est aussi sur quoi doit se fonder notre espoir d’être exaucés dans nos prières. — Au verset 12 il faut traduire : «il les à fait sortir par méchanceté » plutôt que «pour leur malheur. » — Le verset 13 fait allusion aux promesses que nous lisons dans la Genèse, p. ex. Gen. 22 : Ma 8; etc;
44. «Dieu montre combien il estime ses saints et leurs prières » (St. Cyrille). Dieu se laissa fléchir par la prière de Moïse ; il ne révoqua pas la sentence, mais il la mitigea ; toutefois cette décision ne fut communiquée à Moïse que plus tard. — Sur la «repentance » de Dieu voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l'explication de Gen. 6 : 6.
15-20. Ni l’Ecriture ni la tradition ne nous apprennent de quelle manière les dix commandements étaient disposés sur les tables. Nous ne savons rien non plus des dimensions de - ces dernières. — Josué qui était resté sur la montagne, mais à quelque distance du sommet (voy. explication de 24 : 42), en redescendit alors avec Moïse. — Le verset 18 doit être traduit aussi littéralement que possible ; c’est à dessein et pour faire mieux ressortir le caractère criminel de l’action, que Moïse emploie le même verbe (hana) trois fois de suite, mais la troisième fois il emploie avec une forme (la conjugaison pihel) qui lui donne un sens particulier et exprime l’idée de voix qui s’entrerépondent et de chants. Voici notre
traduction : « Il dit : Ce n’est pas le bruit de gens qui élévent la voix pour cause de victoire, ni le bruit de. gens qui élévent la voix pour cause de défaites ; ce quej’entends; c’est le bruit de gens qui élèvent la voix en chantant. » Le contexte indique d’ailleurs que ces chants n’avaient point un caractère religieux ; au contraire, ils étaient en harmonie avec ce qui est dit à la fin du verset 6. — Ce qui est dit Nomb. 12 :3 du caractère de Moïse fait encore mieux ressortir l’indignation (sainte colère), provoqnée chez lui par le péché du peuple. Le spectacle du mal ne doit jamais nous laisser froids et indifférents. Comp. ce que dit David Ps. 419 : 136 et le Messie par la bouche de David Ps. 69 : 9. — La rupture des tables (vers. 19) devait représenter celle de l'alliance. — Si Moïse fit boire aux Israélites de l’eau mêlée avec la poudre du veau, ce fut peut-être pour leur annoncer qu’ils devraient goûter les fruits amers de leur péché.
21-24. Le reproche adressé à Aaron montre quelle redoutable responsabilité pèse sur ceux qui possèdent quelque autorité (dans l’état, dans l’église, dans la famille), et: quels malheurs peuvent résulter de leurs faiblesses. — Aaron cherche à se disculper, en rejetant la faute sur le peuple, qu’il dit être « porté au mal » (littéralement : « dans le mal»); il prétend n’avoir pu faire autrement que céder à cette pression. Sans doute la conduite du peuple était pour Aaron une circonstance atténuante, mais elle ne pouvait pas le justifier entièrement {voy. explication de vers. 2); il aurait dû résister, au péril même de sa vie. Si cet acte de faiblesse et d’égoïsme lui fut néanmoins pardonné, il ne le dut qu’à la miséricorde de Dieu et à l’intercession de Moïse, attestée par Deut. 9 : 20. — Les paroles qui terminent le verset 24 ne prouvent pas qu'Aaron n'ait pas su d'avance que c'était un veau qu’il fabriquait ; elles ne sont qu’une tentative de s’excuser.
25-29. Au vers. 25 nous préférons la version d'Osterv., Mart., Sacy « Moïse vit que le peuple était dépouallé, car Aaron l’avait dépouillé, » à celle de Perret-Gentil et de la nouvelle version de Lausanne « Moïse vit que le peuple était sans frein, Car Aaron lui avait lâché le frein. » La première est appuyée par de meilleures autorités et elle donne un très
bon sens. Par sa chute (qu’Aaron avait laissé s’accomplir) Israël s’était rendu indigne de ses priviléges et de la protection divine, et était par là même devenu un sujet de dérision pour ses ennemis. Il importait de larracher à cet abaissement et à ce danger, c’est pourquoi Moïse ordonne le châtiment qui, bien qu’épargnant la plus grande partie du peuple (qui ne fut frappé que dans la proportion d’environ un sur mille), était cependant bien assez solennel pour inspirer aux survivants un salutaire effroi et pour les amener à la repentance!.—La bonne volonté que les descendants de Lévi montrèérent dans cette circonstance, s'explique en partie par le fait que Moïse qui faisait cet appel à la fidélité de tous, appartenait à leur tribu ; mais il faut nécessairement supposer aussi qu'il y avait chez eux plus de zèle pour le service de Dieu, que chez les autres tribus, sans cela ils auraient reculé devant une mission aussi douloureuse pour la chair et le sang. Un passage du Deutéronome (Deut. 33 : 9), confirmé par la tradition, nous apprend que cet acte de zèle et d’obéissance valut à cette tribu le choix que Dieu fit d'elle pour le service du sanctuaire. — Le texte ne nous apprend pas comment les Lévites distinguêrent ceux qui devaient être frappés ; ils furent probablement dirigés d’En haut, de manière à ce que le jugement ne tombât que sur les plus coupables. Ce qu’il nous était plus important de savoir c’est que dans l’exécution ils ne se laissèrent arrêter par aucune considération de voisinage, amitié, parenté ; l’obéissance était leur unique règle. C’est ainsi que Dieu veut être obéi et servi: « Celui qui aime son père ou sa mère plus que Lui n’est pas digne de Lui. » (Math. 10: 37.) — Au verset 29 il y a littéralement: « Moïse avait dit: Remplissez vos mains aujourd’hui pour l'Eternel, quand ce serait avec ton propre fils et avec ton propre frère, afin qu’il mette aujourd’hui sur vous une bénédiction. » La « bénédiction » promise était l'honneur d’être
1 Le texte hébreu et nos versions portent frois mille comme chiffre de ceux qui furent mis à mort (vers. 28). La Vulgate et les éditions catholiques portent vingttrois mille. Ce chiffre si considérable provient de quelque faute de copiste, ou bien peut-être de ce qu’on a cru que le passage [ Cor. 10 : 8 se rapportait à ce jugement, tandis qu’en réalité il se rapporte à l'événement raconté dans Nomb. 25 : 9.
appelés au service du sanctuaire. C’est aussi à ce glorieux privilége que fait allusion l’expression « remplir les mains » que nous avons déjà rencontrée à l’occasion de l’investiture des prêtres : (voy. 28 : 41; 29 : 29-24). Par cet acte d’obéissance les Lévites s’étaient en quelque sorte donné eux-mémes l'investiture et consacrés au service des autéls. Aussi la traduction ordinaire : « Consacrez vos mains à l'Eternel, » est juste au fond. C’est ainsi que toute grâce bien employée en attire d’autres; tout acte de fidélité nous rend dignes d’être appelés à des fonctions plus élevées dans le service du Seigneur. (Math. 13 : 12.)
30. Le reste du peuple avait besoin d’être averti qu'il ne devait, qu’à la miséricorde divine d’avoir été épargné. Il y a littéralement : « Vous avez péché par un grand péché. »
31-32. Moïse renouvelle son intercession, ignorant si le châtiment s’arrêterait à la mort des trois mille. [ci encore il remplit avec une admirable fidélité son devoir de médiateur. Non-seulement il renonce à tirer pour lui-même aucun avantage de la triste position de son peuple (voy. vers. 10, 11), mais il se montre prêt à sacrifier sa propre félicité, s’il le fallait pour obtenir le pardon de Dieu. En comparant avec le vers. 32 d’autres passages de l’Ecriture, (comme Ps. 69 : 29; Dan. 12 : 1; Philip. 4:3; Apoc. 3: 5), on voit que par le livre que Dieu a écrit, il faut entendre le registre des élus. — Des sentiments comme ceux que Moïse exprime dans ce passage (et St-Paul dans Rom. 9 : 3), « ne doivent, dit Stollberg, pas être pesés à la balance. » La tendre compassion quil éprouve pour son peuple l’absorbe au point de lui faire perdre de vue toute autre considération.
39-34, L’Eternel répond en faisant connaître à Moïse qu’il ne punira que les coupables et que cela même il se réserve de le faire plus tard, « au jour où il visitera, « c’est-à-dire, lorsque par de nouvelles transgressions ils auront comblé la mesure, ainsi que cela eut lieu Nomb.'14: 32. Tel est le sens probable de la fin du vers. 34. La première partie de ce verset était une encourageante promesse. — « Mon ange, » celui de 33 : 2. |
39. Ce verset se rapporte à la fois au châtiment exécuté par les Lévites, et à ceux que le verset précédent faisait entrevoir pour plus tard. ;
CHaP. XXXIII. -— 4-3. Les trois premiers versets ne sont pas une simple répétition de la promesse renfermée dans 32 : 84; ils annoncent un changement qui allait avoir lieu dans les relations de l'Eternel avec son peuple. Il paraît en effet que « l'ange » dont il est question au vers. 9, devait être un ange de rang inférieur, différent de « l’Ange de l’Eternel, » représentant direct de Dieu, dont la présence protectrice avait été promise aux Israélites dans 23 : 20-93. En effet Dieu ne l’appelle plus « MON ange, » comme dans 93 : 23, et comme il l’avait fait encore 32 : 34, dans un moment où il n’importait pas de préciser le rang du messager céleste mais simplement « UN ange. » Comme ül ne s’agit plus de l'ange avec lequel Il avait coutume de s'identifier, Dieu annonce « qu'il ne montera plus au milieu d'Israël. » Cette dispensation était d’abord un jugement sur le peuple, l’enlèvément d’un privilége, mais comme tout châtiment elle avait aussi son côté lumineux, qui est indiqué dans ces paroles « de peur que je ne te consume en chemin. » Plus la communion entre Dieu et son peuple est étroite et plus aussi le peuple est coupable en cas de désobéissance. Plus il y a de priviléges, de lumières, de secours, plus grande aussi est la responsabilité. — Dans les vers. À et 5 nous retrouvons l’expression : « monter, » qui s'emploie ordinairement quand il s’agit de se diriger vers la Palestine, parce que cette contrée est plus élevée que celles qui l'entourent. — Sur les peuples du vers. 2, voy. expl. de 3 : 8.