SOUFFRANCES DES ISRAÉLITES EN ÉGYPTE
villes de trésors.) C’est probablement pendant le séjour des Israëlites en Egypte et par leur travail que furent construits (au moins en partie) les monuments de l’architeciture égyptienne (temples, pyramides, tombeaux, etc.), dont les principaux musées de l'Europe renferment des fragments. Ce qui est bien constaté c’est qu’à l'époque où Jacob et ses fils vinrent s’y établir, l'Egypte possédait déjà une civilisation très avancée, un gouvernement (monarchique) régulier et qu’on y cultivait les sciences et les arts ; C’est à quoi St. Etienne fait allusion quand il parle de « la sagesse des Egyptiens dans laquelle Moïse fut élevé » (Act. 7 : 22). L'usage des « briques » est également prouvé par ces monuments. (Voy. Die Bücher Mose’s und Aegypten, du professeur Hengstenberg, p. 1, 2, 78-80.) — Pithom est probablement la ville que l’historien grec Hérodote nomme Pasoumos, non loin du golfe arabique. La ville de Ramses, à laquelle le roi mentionné au verset 8 avait probablement donné son nom, était un peu à l’est de Pithom. (Voy. Gen. 47 : 11.) —- D’après le cours ordinaire des choses l’accroissement des descendants de Jacob devait être arrêté par les durs traitements qu’on leur faisait subir ; mais, la puissance de Dieu intervenant, il n’en fut point ainsi.— Le dernier verbe du verset 142 n’exprime pas précisément la notion de « crainte » que lui donnent la plupart des versions, c’est plutôt celle d’ennui, aversion, dégoût.
Les descendants des patriarches devaient passer plus de
. quatre siècles au milieu des Egyptiens, parce qu’ils avaient
beaucoup à apprendre de ce peuple, alors l’un des plus avancés dans la civilisation, et surtout parce que leurs souffrances prolongées devaient avoir pour effet de développer chez eux le sentiment de leur nationalité et de tourner leurs regards et leurs désirs vers la terre promise. Telle est souvent la condition ordinaire du peuple de Dieu au milieu du monde; pour chaque fidèle, comme pour l'Eglise entière, il demeure vrai qu'il faut passer par beaucoup d’afflictions pour entrer dans le royaume de Dieu. (Act. 14: 22.)
19-22. Les mesures sanguinaires du roi d'Egypte pas plus que le massacre ordonné par Hérode ne purent empêcher l’accomplissement des desseins de Dieu. — Les deux sages-
femmes nommées au verset 15 n'étaient sans doute pas les seules ; les autres étaient sous leur direction. — Le mot hébreu que la plupart de nos versions rendent par siéges (vers. 16) a probablement ce sens : l’idée est rendue par les anciennes versions qui portent : « au moment de la naissance. » — La crainte de Dieu peut seule nous affranchir de la crainte des hommes et nous donner la force de faire notre devoir en toutes circonstances. Cependant le verset 19 nous montre que les sages-femmes n’eurent pas assez de courage pour déclarer la vérité tout entière. Voir l’explication donnée sur les faiblesses de ce genre dans mon Commentaire sur la Genèse à l’occasion de Gen. 12 :11-15. Il est d’ailleurs évident que ce n’est pas leur mensonge que Dieu approuva et récompensa (vers. 20, 21), mais leur fidélité et leur dévouement. — Les mots: «il leur édifia des maisons » (vers. 21) signifient : «il fit prospérer leurs familles. » Le pronom étant au masculin dans l’original, quelques commentateurs le rapportent aux Israélites, mais à cause de la première partie du verset il est plus naturel de le rapporter encore aux sages-femmes, en admettant qu'il y a une légère irrégularité grammaticale, dont on trouve d’autres exemples. — Le roi espère trouver chez ses propres sujets des exécuteurs plus dociles de ses barbares desseins. |
Il. NAISSANCE ET ÉDUCATION DU LIBÉRATEUR.
Chap. IT à IV.
CHaAP. IT. L'auteur sacré, après avoir montré comment la condition des descendants de Jacob en Egypte s'était aggravée au point qu’ils étaient menacés d’une ruine entière et qu’une intervention divine extraordinaire pouvait seule les Sauver, consacre trois chapitres à l’histoire personnelle de
l’homme que Dieu avait choisi comme instrument de la dé- - livrance. Gette histoire mérite d’autant plus notre attention que Moïse est présenté dans le Nouveau Testament comme un type de notre Seigneur Jésus-Christ, en tant qu’il fut le libérateur, le législateur, le. conducteur et le prophète du peuple de l’ancienne alliance. (Hébr. 3 : 1-6.) Si nous avons intitulé cette division : naissance et éducation du libérateur, bien qu’elle comprenne les quatre-vingts premières années de la vie de Moïse ( comp. 7 : 7, et Act. 7 : 23, 30), c’est que nous entendons par éducation l’ensemble des dispensations providentielles (appels, épreuves, révélations) par lesquelles ce grand serviteur de Dieu fut préparé pour sa mission.
1. Les noms du père et de la mère du libérateur se trouvent indiqués dans 6 : 20. Ce passage , ainsi que le verset 7 de notre chapitre, prouvent que Moïse était le cadet de leurs enfants. Aaron, son frère, et Marie sa sœur, étaient probablement nés avant les cruels édits du roi d'Egypte.
2-4. Le mot hébreu que nos versions rendent par coffret, parer, est aussi employé en parlant de l'arche de Noé. (Gen. 6 : 14.) I était en « jonc; » il s’agit de l'espèce de jonc connu sous le nom de « papyrus, » plante à tige triangulaire, s’élevant jusqu’à une hauteur de 40 pieds, et avec l’écorce de laquelle on confectionnait des nattes, du papier et même des bateaux légers. (Esa. 18 : 2.) -- Le « bitume » était employé pour lier les jones, et la « poix » pour les garantir de l’eau. — Cette sœur de Moïse se trouve nommée dans 15 : 29. — L’é- . pître aux Hébreux signale les mesures prises par les parents de Moïse pour sauver leur enfant comme un acte de foi. (Eébr. 41 : 23.) Il n’est pas nécessaire de supposer qu'ils eussent reçu quelque révélation particulière à son sujet ; ils avaient foi aux promesses générales qui concernaient la postérité d'Abraham, et cette confiance les rendit capables de braver l’édit du roi. Des sentiments religieux énergiques peuvent seuls nous rendre capables de remplir nos devoirs envers nos familles. |
9, 6. Une de ces dispensations providentielles qui sont si nombreuses dans l’histoire du peuple de Dieu et de chaque fidèle, amena la fille de Pharaon (d’après la tradition elle s’appelait Bithya) sur les bords du fleuve, et Dieu la disposa
en faveur du faible enfant exposé au milieu des roseaux. — Nos versions portent : « ses filles se promenaient ; » le texte hébreu dit : « ses jeunes filles; » l’idée serait mieux rendue en disant : « ses compagnes » ou « ses femmes. »
7-10. L’historien juif Josèphe ‘ nous apprend que ce fut à l’âge de trois ans que l’enfant fut rapporté à la fille de Pharaon, et cette tradition est confirmée par 2 Macc. 7 : 28. Le même historien nous dit aussi que, Pharaon n'ayant pas d'héritier mâle, Moïse était généralement considéré comme appelé à monter sur le trône ; ce qui est certain, c’est qu’il occupait un rang fort élevé dans le pays d'Egypte ; aussi St. - Paul fait remarquer qu'il fit preuve d’un grand renoncement en préférant une vie pauvre et pleine de périls aux « richesses de l'Egypte. » (Hébr. 11 : 26.) — Les mots « il lui fut pour fils » doivent être complétés par ce que nous lisons dans Act. 7 : 29 : « Moïse fut instruit dans toute la science des Egyptiens. » Ce fut pour lui un grand avantage d’avoir séjourné à la cour du roi d'Egypte ; il put y acquérir beaucoup de connaissances qui lui furent fort utiles lorsqu'il se trouva appelé à devenir le conducteur et le législateur du peuple d'Israël. C’est ainsi encore que St. Paul sut faire un usage admirable de la science qu’il avait acquise aux pieds de Gamaliel ( Act. 22 : 3) et bien d’autres illustres serviteurs de Dieu ont rendu de grands services à la religion après avoir été élevés au milieu des pompes du monde. — Selon Joséphe, le nom de Moïse est formé au moyen de deux mots égyptiens, mo (eaux) et ousos (sauvé). S
11-15. Les mots en ce temps-là se rapportent à ce qui suit, car nous voyons par Act. 7 : 25 quil devait s’être écoulé 37 ans depuis l’époque à laquelle se rapporte le verset 10. — L'expression frères donne à entendre que les Israélites étaient aux yeux de Moïse réellement des « frères. » Les descendants d’un même père, d’une même race, avaient l'habitude de se donner les uns aux autres ce nom si doux. (Comp. explication de Gen. 13 : 8.) À combien plus forte raison devons-nous le donner à ceux qui sont comme nous les enfants de Dieu par Jésus-Christ et concitoyens des saints!
! Antig. IL, 9, 6.
(Comp. Act. 15 : 93; Eph. 2 : 19.) La position brillante que Moïse occupait à la cour de Pharaon n'avait point étouffé en lui le patriotisme; une profonde sympathie lattirait vers ses compatriotes opprimés ; 1l avait peut-être même le pressentiment qu’il deviendrait leur libérateur. (Voy. Act. 7 : 25.) Mais la première tentative qu’il fit pour accomplir ce grand dessein, ne réussit pas et elle ne devait pas réussir ; les Israélites n’étaient pas encore préparés à le reconnaître comme leur libérateur, peut-être même ne soupiraient-ils pas asséz après la délivrance ; enfin Moïse lui-même avait manqué de patience ; il aurait dû attendre un ordre clair et positif d Enhaut, avant de s’engager dans une entreprise aussi importante ; il avait de la foi (Hébr. 11 : 24) et du zèle, mais il n’était pas encore mûr pour sa mission et il devait passer A0 années dans l’exil et l’obscurité. Quand nous voulons entreprendre une œuvre pour le service de Dieu ,'les bonnes intentions ne suffisent pas ; il faut demeurer dans l’humilité, dans la patience, dans la prière, et attendre d’être appelés. — Il vit leurs fardeaux. » Nos versions ne rendent pas toute la force du verbe qui signifie : considérer avec attention, avec intérêt. — Il est à remarquer que lorsque Moïse tua l’Egyptien, il ne s’agissait pas de sauver la vie d’un compatriote (cas de légitime défense), car l’Israélite était déjà tué (en hébreu 1: y a le même verbe dans les versets 11 et 19) ; c'était un acte de vengeance pour lequel il n’avait reçu aucune mission. C'était donc de sa part une faute, un péché, mais de ces péchés auxquels, comme le dit St. Augustin, de grandes âmes se laissent quelquefois porter par un sentiment généreux (ainsi Pierre coupant l'oreille du serviteur du souverain sacrificateur, Jean 18 : 10, 11). — Au verset 13 il y a littéralement : ef il dit au méchant (à l’injuste, à celui qui avait tort). — Le verset 14 montre que Moïse s'était fait des illusions sur les dispositions de son peuple. — Les Madianites étaient descendants d'Abraham (voy. Gen. 95 : 2, 4) et une de leurs tribus était établie en Arabie, non loin du Sinal. Elle paraît avoir conservé quelque connaissance du vrai Dieu.
16-22. Nous trouvons chez tous les peuples de l’antiquité un culte, des sacrifices, un sacerdoce, autant d'éléments
d’une tradition primitive : à plus forte raison devons-nous les rencontrer chez un peuple qui descendait d'Abraham. Le mot hébreu (coën) que nous rendons par « prêtre » (autres versions : « sacrificateur ») vient d’un verbe qui signifie : « servir » et il s'emploie pour désigner les hommes consacrés d’une manière spéciale au service de Dieu. ( Voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l'explication de -Gen. 14: 18.) — L'homme qui, au verset 18, est appelé Réhuel ( de même dans Nomb. 10 : 29) apparaît dans 8 : À sous le nom de Jéthro. Il est probable qu'il avait deux noms ; explication plus naturelle que de supposer que Réhuel était le grand-père de la femme de Moïse, sens que le mot père ( vers. 16) peut en effet recevoir. — Moïse se montre (vers. 17) fidèle à son caractère généreux et courageux. — Le nom de la femme de Moïse avait peut-être pour lui une valeur prophétique, et devait servir d'appui à ses espérances ; car il signifie awrore. Le nom donné à leur fils aîné (Gersom) signifiait « étranger là » et devait probablement exprimer la tristesse qu’éprouvait Moïse à se sentir éloigné de son peuple. (Comp. AiPier. 2,:471:)
93-95. « Il arriva longtemps après que le roi d'Egypte mourut. » Plus exactement : « Il arriva dans ce long intervalle (hébr. : dans ces jours nombreux) que le roi d'Egypte mourut. » Il s’agit des 40 années que Moïse passa dans le pays de Madian. (Voy. Act. 7 : 80.) — La mort du roi qui les opprimait si cruellement.( 1 : 8-22 ) n'apporta, à ce qu’il paraît, pas de changement dans la condition des Israélites ; mais l’épreuve commence à produire ses fruits et les pousse à la prière (as criaient, vers. 23), alors aussi Dieu, qui semblait les avoir abandonnés, recommenca à leur donner des marques de sa faveur. À la fin du verset 25 il y a : et Dieu connut, c’est-à-dire, Dieu montra qu’il reconnaissait les enfants d Israël comme son peuple.
CHapP. IL. — 4. C’est dans la profession de berger que Moïse, aussi bien que David, devait se préparer à être conducteur du peuple d'Israël. (Comp. Ps. 78 : 70-72.) Il n’est pas rare de voir ceux qui étaient deslinés à jouer un grand rôle sur la scène du monde ou de l'Eglise, demeurer pen-
dant un temps considérable dans une condition humble et obscure. C’est dans les « petites choses » que nous nous exerçons à la fidélité et que nous nous montrons dignes d’être appelés à de plus grandes. (Luc 16 : 40, 11.) — La vie de Moise se partage en trois périodes égales, de 40 an-
nées chacune ; 40 années jusqu’à son départ d'Egypte ( Act. 7:93), 40 dans le pays de Madian (Act. 7 : 30) et 40 à la tête des [sraëlites dans le désert. (Deut. 34: 7.) Peut-être cette dispensation asse? remarquable devait-elle donner à Moise et à ses contemporains un pressentiment de l’importance de chacune de ces périodes comme temps d’épreuve et de préparation : où sait, en effet, que dans plusieurs circonstances de l’histoire sainte le chiffre quarante apparaît comme symbole et représentant des idées de transition, épreuves, préparation. ( Voir dans mon Com. sur la Genèse l'explication de Gen. 7 : 4.) — Derrière le désert signifie probablement : dans la partie la plus reculée du désert. On croit que le domicile de Jéthro se trouvait à deux journées au sud-est du mont Horeb. — Selon Joséphe et St. Jérôme, dont l'autorité en cette matière est d'assez grantl poids , l'Horeb et le Sinaï sont une seule et même cime. Selon d’autres, le Sinaï sur lequel la loi fut donnée est la cime la plus occidentale d’une chaîne de montagnes qui porte le nom de Horeb. Quoi qu’il en soit, la position de ce massif est bien connue ; il est situé entre le désert de Paran et les deux bras de la mer Rouge, et entouré de plaines et de vallées qui produisent en assez
grande abondance des amandiers , oliviers, orangers et di- verses espèces de légumes et de plantes odoriférantes. La cime (Djebel Musa) sur laquelle , d’après la tradition, la loi doit avoir été promulguée, a un peu plus de 7 mille pieds de haut. Il est assez probable que le Sinaï a tiré son nom du «buisson » (en hébr. sena) qui l’a rendu si célèbre. Pour plus de détails voir le Dictionnaire biblique de Bost, article Sinaï. — C’est par anticipation que l’Horeb est ici nommé «montagne de Dieu. »
2, 3. Le personnage qui apparaît pour annoncer à MERE sa mission de libérateur, n’est pas, comme le pensent plusieurs commentateurs, le Fils de Dieu lui-même, la seconde personne de la Trinité, mais un ange créé, un ange de très
haut rang, par le moyen duquel Dieu se manifestait aux hommes sous l’ancienne alliance, en attendant que le temps fût venu où la Parole devait être faite « chair. » C’est parce que Dieu se révélait en la personne de cet ange, et qu'il en avait fait d’une facon particulière son représentant, qu’il est appelé dans nos saints livres l’ « ange de l’Eternel » et fréquemment même « l'Eternel » (vers. 4, 7, etc.) et qu'on le voit recevoir des honneurs divins. Ce sujet est expliqué plus au long dans mon Commentaire sur la Genèse, à l’occasion de Gen. 16 : 7. — Ce « buisson » devait être l’image du peuple d'Israël faible et opprimé, tandis que le feu représentait les cruelles afflictions qu’il avait à endurer. (Comp. À Pier. 1 :7; 4 : 19, etc.) Enfin le fait que le buisson demeurait intact au lieu d’être consumé, devait porter la pensée de Moïse sur la puissance de Dieu et sur ses promesses. (Comp. Ps. 118 :18.) L'Eglise protestante d'Ecosse porte sur son sceau un buisson ardent avec cette devise : Nec tamen consumebatur. C'est, en effet, un symbole qui conserve sa valeur pour tous les temps et toutes les économies. L'Eglise peut être pour un temps grandement humiliée et affligée; mais, pas plus qu'Iisraël , elle ne peut périr. Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. (Math. 16 : 18.) — Au commencement du verset 3 nos versions ne rendent pas complétement la pensée de Moïse, le verbe étant accompagné d’une particule qui indique un désir énergique, un acte de volonté ; Sacy a bien traduit : « Il faut que je me détourne, etc. »
4, 5. Dieu appelle Moïse par son nom, afin de le disposer à la confiance. Il est bien précieux pour les fidèles de savoir que Dieu connaît tout ce qui les concerne. (Comp. Esa. 45 : 4; Jean 10 :3.) — Tout lieu où Dieu se manifeste est particulièrement saint (comp. Gen. 28 :17); de là l'usage des Orientaux de se dépouiller de leur chaussure quand ils entrent Gans un lieu de culte (les Mahométans à l'entrée des mosquées). Nous devons entourer d'un grand respect les temples, le service divin, les cérémonies religieuses. C’est un devoir trop oublié par beaucoup de protestants.
6. Ces paroles de Dieu impliquent laccomplissement des promesses faites aux patriarches ; en outre, elles renferment un témoignage en faveur de la doctrine d’une vie future,
comme notre Seigneur le fait remarquer dans Math. 92 : 392. — Moïse est saisi de la crainte naturelle à l’homme qui se trouve placé en présence de la Divinité. (Comp. 20 : 19; Luc DT O:
‘7-10. Dieu annonce à Moïse que le moment est arrivé où, conformément aux promesses (voy. particulièrement Gen. 45 : 13-21), la postérité d'Abraham doit être mise en possession du pays de Canaan, et que c'est lui qui est l’instrument choisi pour arracher ses frères au joug du roi d'Egypte. — Au commencement du verset 7, Osterwald et Martin ont fait, mieux que d’autres versions, ressortir une nuance qui est exprimée en hébreu par la répétition du verbe ; il y a littéralement: « Voir, j'ai vu l’affliction de mon peuple, etc.» Cette répétition du verbe, fréquente dans nos saints livres, marque ordinairement la continuité d’une action, son intensité. — Aussi longtemps que Dieu laisse les fidèles entre les mains de leurs ennemis, il semble s'être enfermé dans le ciel et ignorer les iniquités qui se commettent sur la terre; aussi, lorsqu'il commence à intervenir, on peut dire qu'il « descend, » expression déjà employée. (Gen. 41 : 5.) — La Palestine (pays de Canaan) était connue autrefois par sa fertilité, dont son état actuel, maintenant qu'elle est sous un jugement de Dieu, ne peut pas donner l’idée. — Les diverses peuplades nommées à la fin du verset 8, possédaient alors le pays de Canaan. Pour plus de détails sur les territoires qu’elles occupaient, voir mon Commentaire sur la Genèse, à l’occasion de Gen. 40 : 15, 16 ; 13 : 7.
11, 12. Moïse est bien guéri de la présomption qu’il avait montrée quarante ans auparavant (2: 11-13) ; il est même tellement accablé par le sentiment de sa faiblesse, qu’il recule devant la mission qui lui est assignée. Alors l'Eternel le relève en portant sa pensée sur la puissance de Celui qui a fait la promesse. Quand nous avons quelque devoir difficile ou périlleux à accomplir, ce n’est pas sur nous-même qu'il faut porter nos regards, mais sur Dieu, dont la force se manifeste dans la faiblesse de ses serviteurs. (2 Cor. 19: 9.) — Osterwald et Martin ont traduit librement les premiers mots du verset 11, mais ils en ont bien rendu le sens ; le mot « va » n’est pas dans le texte, mais peut être sous-entendu ;
en hébreu, il y a : « Car je serai avec toi, » etc. L’Eternel répond à l'objection de Moïse tirée de sa faiblesse et l’encourage en lui promettant son assistance continuelle ; c'est donc comme s’il Jui disait : « Tu peux te charger de cette mission, car je serai avec toi, » etc., etc. — La garantie que Dieu donne à Moïse ne consistait pas dans un signe visible, mais en des événements encore à venir, qu'il fallait contempler et saisir par la foi, savoir, la sortie d'Egypte et le culte offert à Dieu auprès du Sinaï. L’explication de Rosenmuller et de quelques autres commentateurs, qui entendent par « ce signe » le buisson ardent, est moins naturelle.
13. Cette nouvelle demande de Moïse ne provenait pas d’un doute, mais du besoin qu'il éprouvait de convaincre les Israélites et d'être reconnu par eux comme envoyé du vrai Dieu, du Dieu de leurs pères
44. Traduction littérale : « Dieu dit à Moïse : JE SERAI CE QUE JE SEPAI. Et il dit : Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël : JE SERAI m'a envoyé vers vous *. Et Dieu dit encore à Moïse: L'ETERNEL (en hébreu: JEHOVA), le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous ; c'est là mon nom éternellement, et c’est celui qui me fera connaître de génération en génération. » Dieu répond à la demande de Moïse en disant : « Je serai ce que je serai» (en hébr.: ejeh ascher ejeh). Il se donne à connaître comme l’Etre immuable, qui ne changera jamais, qui sera toujours fidèle à lui-même, et dont par conséquent les promesses ne peuvent manquer de s’accomphir, et par là même il déclare être le seul être indépendant des autres et ayant.en lui-même le principe de son existence, en un mot, l’étre par excellence, l'ETRE. Cette même idée de l'immutabilité de Dieu se trouve exprimée dans Ps. 102: 25-27; Jacq. 1 : 17 ; Apoc. 1 : 8. Dieu semble d’abord avoir choisi ce
‘ La traduction que nous donnons du verset 14 est celle de la version hollandaise, qui, dans ce passage comme dans beaucoup d’autres, est de toutes la plus fidèle. On traduit généralement : « Je suis celui qui suis... Je suis m'a envoyé,» (Osterwald, Martin, Perret-Gentil, Nouvelle version de Lausanne); ou bien: « Je suis celui qui est... Celui qui est m’a envoyé » (les Septante, Sacy), ce qui est de meilleur style, mais moins exact, car en hébreu il y a le même mot avant celui qu'après. À ces deux traductions on peut objecter qu’en hébreu le verbe est au futur, non au présent.
nom d'EJEH pour son nom, puisqu'il dit : « JE SERAI m'a envoyé » (EJEH chelakani), mais ce nom étant la première personne du futur du verbe (être), ne convenait pas pour un nom propre ; c'est pourquoi dans le verset suivant nous le trouvons un peu modifié (JÉHOVA), mais toujours dérivé du même verbe et exprimant la même idée. Ce nom de Jehova, qui parait formé par la combinaison de trois temps du verbe (présent, passé et futur), Se trouve représenté, non sans doute dans toute sa plénitude et sa richesse, mais au moins approximativement par le mot l’EÉTERNEL. Remarquons que c’est même un avantage que les versions françaises ont sur toutes les autres de posséder un nom correspondant à Jéhova ; les versions anglaises, allemandes, hollandaises, etc., rendent Jéhova par le mot déjà employé pour rendre Adonai (Seigneur). (Voir encore sur ce sujet dans mon Commentaire sur la Genèse l'explication de Gen. 2: 4.) — Il pourrait sembler, d’après ces versets, et surtout d'après VI, 3, que le nom d’Eternel (Jéhova) avait été jusqu'alors inconnu aux Israélites. Cependant nous le voyons déjà dans la bouche des patriarches (par exemple, Gen. 9: 96; 15: 2: 24 : 97). La contradiction n'est qu'apparente. Dans ce passage et dans 6 : 3, Dieu déclare que désormais les enfants d'Israël, qui connaissaient déjà le nom de Jéhova, allaient en comprendre la belle et profonde signification, en voyant s’accomplir les promesses faites à leurs pères. Dieu allait commencer à se manifester à eux comme l’Etre immuable, le Dieu fidèle, l’'Eternel.
15. A la fin du verset 15, littéralement: « C'est mon mémorial, de génération en génération. » (Sens : C'est ce nom qui me fera connaître d’âge en âge.)
16, 17. « Anciens. » Le mot hébreu signifie proprement « vieillards, » mais il était devenu le nom d'une charge. (Comp. Gen. 50 : 7.) — A la fin du verset 16, la répétition du verbe a la même valeur qu’au verset 7. — Le verbe « visiter » s’emploie souvent dans l’Ecriture en parlant des dispensations de Dieu, soit pour bénir, soit pour châtier ; ici il signifie plutôt : examiner, s’enquérir. — Le verset 17 est la répétition du verset 8.