Moïse est encouragé par l’assurance que les Israëélites
et leurs conducteurs ne le repousseront plus cette fois, mais qu’ils lui obéiront. — « Rencontrer » a ici le sens de : « se faire connaître, se manifester. » — Dans les actes d’obéissance qu'il demande aux hommes, Dieu commence par les choses faciles, les épreuves légères ; c’est ainsi qu’il ne s’agissait d'abord pour Pharaon que d’accorder aux enfants d'Israël la permission de quitter l'Egypte pendant quelques jours dans le but de célébrer une fête religieuse.
19, 20. Comme Moïse devait trouver chez le roi d'Egypte, une résistance opiniâtre, il était nécessaire qu'il fût d'avance encouragé à persévérer par la certitude de la victoire. Dans toutes les entreprises qui concernent son royaume, nous avons l’assurance que Dieu connaît toutes nos difficultés et qu'il est puissant pour incliner les cœurs des hommes et pour renverser toutes les forteresses de Satan.
21, 22. Ces versets sont un développement de ce que Dieu avait annoncé à Abraham dans Gen. 15: 14. « Ils sortiront avec de grands biens, » etc., nous en verrons l'accomplissement dans 192 : 35, 36. Quelques commentateurs ont donné au verbe hébreu (chaal) que nos versions rendent par « demander » le sens d'emprunter ; » il en résulterait que les Israélites commirent un véritable vol, puisqu'ils ne restituérent jamais ces objets. Mais il est à remarquer que ce verbe signifie ordinairement : « demander, exiger. » Les Egyptiens eux-mêmes ne purent pas supposer que les objets précieux qu'ils livraient aux Israélites leurs seraient jamais rendus ; mais Dieu les disposa néanmoins à les donner sans résistance, la plupart sous l'impression de la terreur produite : par les terribles plaies dont ils venaient d’être témoins ; quelques-uns peut-être aussi par affection, par reconnaissance pour des services rendus, par un sentiment d'équité qui les portait à accorder aux Hébreux une sorte de compensation pour leurs travaux et leurs souffrances. Comme le dit Phistorien Josèphe, « les Egyptiens les honorèrent de leurs dons, les uns pour les faire partir plus vite, les autres en considération de leurs relations de voisinage. » (Antiq. 2 : 5.)
CHAP. IV. — 1. La foi de Moïse aux promesses divines était encore chancelante ; bien qu’il eût été assuré que les princi-
paux de son peuple se soumettraient à sa direction (3 : 18), il craint de n’être pas reçu avec confiance. Le cœur de l’homme est toujours enclin au doute et à la crainte.
2-5. Dieu, connaissant les pensées de son serviteur, lui confie le pouvoir de faire des miracles qui devaient l’accréditer comme son envoyé. (Comp. Jean 5 : 36.) Le premier de ces miracles représentait peut-être les victoires que Moïse et son peuple devaient remporter sur les puissances malfaisantes, dont le serpent était le type depuis la chute. (Gen. 3 : 4.) — Le mot que nos versions traduisent par « verge » le serait plus exactement par « bâton. » Il s’agit probablement du bâton de voyage de Moïse.
6, 7. Ce second miracle montrait comment la puissance de Dieu triomphe du péché, dont la lèpre est quelquefois le symbole dans lEcriture.
8, 9. Le troisième miracle était une démonstration frappante de la souveraineté du vrai Dieu sur l'Egypte, pays dont le fleuve (le Nil) faisait la force et la richesse. — Le mot « Signe » (en hébreu ot) à ici le sens de: manifestation de la puissance de Dieu ; on peut aussi le rendre par « miracle.» (SACY.)
40-12. Moïse ne doute plus que Dieu ne puisse surmonter les obstacles qui s’opposaient à la délivrance des Israélites, mais il hésite à se charger lui-même de cette entreprise. Connaissant comme il le faisait la cour du roi d'Egypte, il pensait que l’éloquence, ou au moins une parole facile, était absolument nécessaire pour y produire quelque impression, et comme il était dépourvu de ces avantages, il croit n’être pas propre à remplir la mission que Dieu vient de lui confier. Cette appréhension provenait sans doute de l’imperfection de sa foi ; mais elle se comprend ; quel fidèle, quel ministre de Jésus-Christ, n’a fait des expériences semblables 1 — La réplique de Moïse (vers. 10) commence dans l’hébreu par une interjection qui exprime l'idée de désir, de supplication, et que nos versions rendent par « Jete prie, » ou bien, «ah!» A près celte interjection on peut sous-entendre quelque chose, par exemple : « Dispense-moi de cette mission. » Moïse représente que dès longtemps (littéralement : ni d'hier, ni d’avanthier) il n’est point un homme qui ait la parole facile (littérate-
ment: homme de paroles), et que ce don ne lui a pas non plus été
accordé en dernier lieu, depuis qu’il a reçu l’ordre de se ren-
dre auprès de Pharaon ; il se plaint d’être « pesant de bouche et pesant de langue. » — Remarquons que Moïse se
nomme (au vers. 10) « serviteur de Dieu. » C’est le titre le
plus glorieux qu’un homme puisse porter. Aussi il est fort
à regretter que, dans la nouvelle version de Lausanne, on
lait, soit dans l’Arcien Testament, soit dans le Nouveau, rem-
placé partout par « esclave de Dieu, esclave de Jésus-Christ. »
Cette expression ne donne point une idée juste de la position
des envoyés de Dieu et de leurs rapports avec leur Maître.— La
réponse de l'Eternel (vers. 11, 42) a la forme d’un reproche;
elle fait sentir à Moïse qu'il a manqué de confiance en Lui.
Lorsque Dieu donne à l’un de ses serviteurs quelque œuvre
à accomplir, il lui accorde aussi les forces nécessaires, et il
peut faire réussir œuvre malgré l'insuffisance apparente ou
réelle de Pouvrier (ainsi souvent la prédication la plus simple est abondamment bénie). Encouragements analogues
adressés au prophète Jérémie (Jér. 4 : 6-10) et aux apôtres
Math. 10 : 18-20.)
13-17. Moïse n’est point encore rassuré, il persiste à refuser la mission qui lui est proposée et supplie l'Eternel de J'en décharger. « Je te prie (même interjection qu’au vers. 10), Seigneur, envoie celui que tu veux envoyer. » Dieu, irrité de cette résistance prolongée de son serviteur, aurait pu lui retirer tout à fait la charge glorieuse qu'il voulait lui confier ; mais il fait preuve d’un grand support et se borne à lui donner, en la personne d’Aaron son frère, un aide qui partagera ses travaux, mais aussi sa gloire et sa récompense. La traduction que nous donnons pour le verset 44 est celle d’Osterwald et de Martin : « Aaron, le Lévite, n’est-il pas ton frère? Je sais qu’il parlera très bien, Jui, etc.» (Littéralement : parler, il parlera ; la répétion du verbe indique iei à la fois la capacité et la volonté.) Cette traduction est plus exacte et fait mieux ressortir la pensée divine que celle de Perret-Gentil et de la version de Lausanne: « Je sais qu’il. est capable de parler. » — Aaron devait donc dès lors être l'interprète de Moïse auprès des Israélites et auprès du roi d'Egypte et Moïse devait lui transmettre les ordres de Dieu,
tenir auprès de lui la place de Dieu (littéralement : toi tu Jui seras Dieu). |
18. Moïse ne fit connaître à Jéthro qu’une partie des mofs du départ, ceux qu’il était en état de comprendre. — « Frères >» expliqué à l’occasion de 2 : 11.
19. Le premier verbe doit être mis au plas-que-parfait (il avait dit à Moïse), car il est probable que Dieu avait fait connaître à Moïse cet événament (la mort du roi d'Egypte, 2 : 93, et peut-être de quelques autres des principaux persécuteurs), afin de l’encourager au départ avant qu’il eût annoncé son intention à son beau-père.
20. L'auteur sacré dit que Moïse retourna en Egypte avec sa femme et ses fils, parce qu’outre l'aîné, dont la naissance a été mentionnée (2 : 23), il lui en était né un second, Eliézer. (Voy. 18 : 3, 4.)
21. Le premier verbe du verset 21 doit également être au plus-que-parfait, parce qu'il s’agit d’une communication antérieure au départ.— Moïse fut invité à considérer (littéralement « regarde ») les miracles que Dieu lui avait donné le pouvoir de faire, C'est-à-dire, qu'il ne devait pas manquer de les exécuter ; toutefois, il fut averti (comme il l’avait déjà été, 3 : 149) que Pharaon commencerait par lui résister ; il y a plus, cette résistance est ici présentée comme le résultat d’une action de Dieu sur Pharaon. « Et moi, je rendrai obstiné son cœur. » Le verbe hébreu (kazaq) que nous trouvons ici, signifie : « affermir, » et a la même valeur que ceux qui seront employés dans la suite du récit, « endurcir » (kascha), dans 1: 3, et Cappesantir » (kavad), dans 1 : 1. L’Ecriture nous enseigne que Dieu n’est jamais l’auteur du mal (Jacq. 1 : 13- 47), et qu'il ne veut point la mort du méchant, mais sa conversion et sa vie (Ezéch. 33: 11); mais elle nous apprend en même temps que si le pécheur persiste à rejeter les appels de sa miséricorde, Dieu le châtie en le livrant à la puissance du péché et de l'erreur, en sorte que son retour au bien devient toujours plus difficile. Toutefois (l’exemple de Pharaon, pour lequel les appels se répétérent jusqu’à la fin de sa vie, le prouve suffisamment), cette action de Dieu sur le pécheur ne va pas jusqu'à anéantir sa liberté, et ne lui ferme pas absolument la porte du salut; c’est l'homme qui,
en définitive, est lui-même l’auteur de sa ruine, lorsque, comme Pharaon, il persiste à « s’endurcir » par un usage pervers de la liberté qui lui reste. (Comp. 7: 13 ; 8 : 15, etc.; II Thes. 2: 10-192.) Cette doctrine, d’après laquelle l'endurcissement est à la fois un acte du pécheur et un jugement de Dieu, ne doit donc nous porter, ni à nous relâcher, ni à perdre courage. Il est bon que nous sachions que le mépris des grâces de Dieu peut attirer sur nous ce terrible jugement, mais en même temps l'exemple du brigand converti nous invite à nous tourner avec confiance vers le Dieu qui pardonne, fût-ce à la dernière heure. Voir aussi les explications sur la doctrine de l'élection dans mon Commentaire sur la Genèse, à l’occasion de Gen. 95 : 23.
22, 23. Ces paroles renferment la substance du message que Moïse devait porter à Pharaon de la part de l'Eternel. Il fallait faire comprendre au roi d'Egypte que le peuple qu’il opprimait se trouvait être dans la relation la plus étroite avec le Dieu tout puissant, en sorte qu’en persistant à le tenir captif, il s’exposait à être lui-même, par une juste rétribution, frappé dans ses affections les plus chères. — C’est la première fois que nous rencontrons dans l’Ecriture cette déclaration qui dut être si précieuse aux descendants d’Abraham, que Dieu les considérait comme ses enfants, objets de sa constante protection et de ses soins les plustendres. Sous la nouvelle alliance, pour ceux qui sont en communion avec Dieu par Jésus-Christ, ce titre à une signification encore plus profonde. (Comp. Jean 4: 12, 13 ; Rom. 8: 16, 17 ; I Jean 3: 4, 2.) — A l'expression de « fils, » Dieu ajoute celle de « premier-né, » qui donnait à entendre d’abord qu’'Israël devait être extraordinairement privilégié entre les peuples (voir au sujet des droits de la primogéniture chez les Hébreux et les Ürientaux en général l’explication de Gen. 25 : 31 dans mon Commentaire sur la Genèse), mais aussi que Dieu admettrait dans son alliance les autres familles de la terre, conformément à sa promesse. (Gen. 19: 3.) Comp. sur la position d'Israël Deut. 39 : 18 ; Esa. 64: 7 ; Osée 11 : 4.
24-26. L'événement rapporté dans ces trois verserts est entouré de quelque obscurité parce qu’il est raconté très brièvement, l’auteur sacré ayant omisles détails qui n’étaient
pas nécessaires pour ses premiers lecteurs, encore en possession de la tradition orale qui pouvait compléter la parole écrite. La clef de ce récit se trouve probablement dans ces paroles du verset 27 : « Alors elle dit: Epoux sanguinaire, à cause de la circoncision ‘ . »Au moment où Moïse se préparait à annoncer au roi d'Egypte les jugements de Dieu, il importait qu'il fût lui-même pénétré profondément de la pensée de la sainteté de l'Eternel et de l’inviolabilité de sa loi. C'est pourquoi il dut être châtié pour un acte de désobéissance dont il S’était rendu coupable. Il paraît qu’il avait négligé de circoncire l’un de ses fils (probablement le plus jeune, Eliézer), et cela peut-être par condescendance envers sa femme ou la famille de celle-ci. L’omission de ce rite, signe de l'introduction dans l'alliance et auquel correspond le baptême chrétien, était chez tout enfant d'Abraham une faute très grave (Gen. 17: 19, 14), elle l'était surtout de la part du futur conducteur du peuple, appelé à donner en toutes choses l’exemple de la soumission à la loi de Dieu. Moïse ne pouvait donc pas rester impuni. Pendant le voyage, dans «un lieu où il passait la nuit » (vers. 24, le mot hébreu ne signifie pas proprement « hôtellerie »), l'Eternel (c’est-àdire son représentant, l'ange de l'Eternel) le frappa d’un mal subit et en apparence mortel. Alors Séphora, voyant Moïse en danger et comprenant le but de cette dispensation sévère, s'empresse d'accomplir de ses propres mains l’acte qui avait été négligé ; ce ne fut pas cepéndant sans avoir exprimé par ces paroles : « Certainement tu m’es un époux sanguinaire ; » (littéralement : époux desang) combienil en coûtaità son cœur maternel de voir couler le sang de son enfant et de ne pouvoir qu’à ce prix conserver son mari. Aussitôt l’outrage fait à sa loi ainsi réparé, Dieu mit fin au châtiment (« il se retira de Jui, » vers. 26). Remarquons à cette occasion que la franchise avec laquelle les historiens sacrés font connaître leurs propres péchés, leurs erreurs, leurs faiblesses, est une preuve bien frappante de leur crédibillté et de leur mission divine.
* La circoncision consistait dans l'enlèvement du prépuce, pellicule qui recouvre le membre viril, et représentait le dépouillement de la chair et du-péché, condition de l'alliance. Pour plus de détails voir dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de Gen, 17 : 41.
Cette histoire nous apprend aussi combien toutes les institutions de Dieu sort sacrées et combien grande est la témérité de ceux qui, mettant leur propre sagesse au-dessus de la sienne, croient pouvoir les négliger ou les dédaigner; application au baptême et à la cène du Seigneur ; les sacrements n’occupent point dans la théologie et dans la vie religieuse de la plupart des protestants, la place qui leur appartient.
97, 28. L'arrivée d'Aaron (auquel Dieu avait ordonné ce voyage en même temps qu'il annonçait son départ à Moïse, vers. 14) dut être pour son frère un puissant encouragement, une garantie de l'accomplissement des autres promesses de Dieu. és
29-31. Nous voyons (vers. 30) Aaron commencer à remphr ses fonctions d’interprête ; il paraît qu'il avait aussi le pouvoir de faire des miracles, car c’est sans doute à lui que se rapportent les mots « il fit les signes devant les yeux du peuple. » L'accueil favorable qui fut fait aux deux serviteurs de Dieu était l’accomplissement de 3: 18, et un encouragement pour leur foi. — C’est devant Dieu (et non devant les messagers) que les Israélites « s’inclinérent et se prosternérent, » pour témoigner leur reconnaissance et leur confiance. — « Visiter, » voir l'explication de 8 : 16.
Chap. V à XV, 21.
$ 1. Mission du libérateur auprès du roi d'Egypte. (Chap. 5, 6, 7: 1-13.)
CAP. V. — 1-5. Cette première entrevue entre les serviteurs de Dieu et le roi d'Egypte nous montre, d’un côté, la fidélité et la courageuse franchise avec laquelle les premiers
s’acquittent de leur message (3 : 18), de l’autre, l’orgueilleux dédain du second pour lPinvitation du Dieu des Hébreux. Pharaon ne pouvait pas ne pas avoir quelque connaissance du vrai Dieu, qui était adoré par une portion considérable de ses sujets ; mais, semblable à beaucoup d’incrédules et de moqueurs, il Se fait une excuse de sa prétendue ignorance et affecte de ne voir dans Moïse et Aaron que des séditieux et dans la permission qu'ils lui demandent un prétexte pour détourner le peuple de son travail. Ce roi ne ressemblait donc que trop à son prédécesseur. (Chap. 1.) — Le verset 3 se trouve expliqué par 3: 18.
6-13. Un redoublement de rigueurs fat le seul résultat de la première démarche des envoyés de 1 Eternel. Auparavant on avait fourni aux Israélites la paille nécessaire pour cimenter les briques, mais dés lors ils furent obligés de la recueillir eux-mêmes, ce qui augmentait beaucoup leur travail ; Joséphe dit qu'ils devaient y employer les nuits. — Au verset 6, nous trouvons les noms de deux sortes de fonctionnaires, sous la direction desquels les ouvriers Hébreux étaient placés. Le premier, dérivé d’un verbe qui signifie « presser, poursuivre, » peut être rendu par «inspecteur, » ou € surveillant ‘, » et le second, qui vient du verbe « écrire, » se donnait probablement à des hommes chargés de tenir certains registres relatifs aux travaux, il peut être traduit par : « contrôleur. » — L'oppresseur va jusqu’à prétendre que c'est parce qu’ils sont trop peu occupés (cils ont du loisir,» vers. 8) que les Hébreux se livrent à de vains projets. — Trad. lité, du vers. 9: « Le travail deviendra plus pesant pour ces hommes, ils s’en occuperont et ne regarceront plus à des paroles
de mensonge. »
44-18. Le roi n’a pas davantage émrd aux justes représentations de ses employés. Plusieurs commentateurs croient que les contrôleurs nommés au verset 14 et dans les suivants (et qui sont d'ailleurs les mêmes qu'au versel 6) étaient Israélites de nation, et celte supposition est justifiée par le fait que nous trouvons (vers. 21) le nom de l'Eternel dans la
' Nos versions le rendent par « exacteur, » qui a l'inconvénient d'indiquer moins la charge que le caractère personnel des employés (voy. Dict. de l’Académie).
bouche de ces employés, et par la circonstance que des fonctionnaires apparaissent sous ce titre au milieu du peuple d'Israël (Nomb. 11 : 46 ; Deut. 1 : 45 ; 20 : 9, etc. — La dernière partie du verset 16 est obscure à cause de sa concision ; en hébreu il n’y a que ces mots « et péché de ton peuple. » Ils signifient probablement « ton peuple (c’est-à-dire les Israélites qui sont aussi ton peuple) est traité comme coupable *. » — Le verset 17 reproduit la vaine réponse du verset 8: « Vous avez du loisir. »
49-21. Les contrôleurs n'ayant pu obtenir du roi aucune justice, s’en prennent à Moïse et à Aaron et leur donnent à entendre qu'ils n’ont fait qu'aggraver les malheurs de leur peuple par leur intervention “intempestive. L’homme n’est que trop porté à porter des jugements téméraires sur ses plus fidèles amis. — « Mis en mauvaise odeur. » Image qui se comprend aussi dans notre langue. Comparer Gen. 34: 30.
29, 23. Moïse se voyant repoussé par Pharaon et mal jugé par ses propres concitoyens, paraît avoir éprouvé un mouvement de découragement et d’impatience ; il avait espéré une délivrance plus prompte. Ce sentiment se fait jour dans sa prière, et nous ne pouvons pas entièrement l’excuser comme le fait St. Augustin, qui dit: « Ce ne sont pas des paroles de révolte, mais de recherche et de prière. » Toutefois, c'était déjà beaucoup que de savoir prier, se tourner vers Dieu dans un moment où tout semblait perdu. Exemple à suivre dans nos détresses.
CHAP. VI.—1-8 .Réponse de l'Eternel à la prière de Moïse. L'Ecriture ne dit pas de quelle manière (par l'ange de l'Eternel, ou peut-être par une voix intérieure, par une vision) celte nouvelle révélation fut accordée à Moïse; nous ne le savons pas non plus pour celles qui sont mentionnées 4: 19, 21, 27. Probablement que Dieu employait tour à tour ces divers moyens, suivant les circonstances et les dispositions particulières de ses serviteurs. Pour nous, l'essentiel est de savoir que Moïse, Aaron, etc., étaient bien assurés que Dieu
* Cest le sens exprimé par Martin, Osterwald. Les anciennes versions (LXX, Syr. vulg.) et Sacy portent: C’est un péché de la part de ton peuple (les Egyptiens), C’est le sens préféré par Rosenmuller et Keil.
leur avait parlé et qu’ils ont fidèlement transmis ses messages. — Par « main forte » il faut entendre les jugements de Dieu qui amenèrent Pharaon, non-seulement à permettre le départ des Hébreux, mais à le provoquer (« il les chassera, » ce qui s’accomplit 19: 31-33). — Le verset 3 se traduit : « J’ai apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le Dieu tout-puissant ; ét ce n’est pas par mon nom d’Eternel (Jehova) que je me suis fait connaître à eux. » Ici les mots: « par mon nom d’Eternel » signifient : comme l'Eternel, en qualité d'Eternel. Voir l'explication de 3 : 14. — Le verset 4 et les Suivants rappellent les promesses concernant la possession du pays de Canaan, promesses dont l’accomplissement supposait la sortie d'Egypte. — L'expression « lever la main » (vers. 8) signifie: promettre avec serment ; comparez Gen. 14: 29. He
9. L’expression de l'original que nos versions rendent par «angoisse d'esprit» signifie proprement «respiration courte.» Les [sraélites étaient accablés par leurs souffrances, et leur foi était trop faible pour saisir la consolation renfermée dans les promesses divines. C’est un état d’âme que nous connaissons tous. Le rabbin Wogue a très bien traduit : « ils n’écoutèrent point Moïse, haletants qu’ils étaient sous une servitude accablante. »
10-13. Moïse lui-même paraît de nouveau découragé, ce qui s’explique par l'impression que devait produire sur lui l’incrédulité du peuple. Il craint de renouveller ses démar-
ches auprès du roi et allégue, comme il l’avait fait précé- demment (4 : 10), la difficulté qu’il avait à parler. L’expression « incirconcis de lèvres » fait allusion à l’opération de la Circoncision et représente l’état de celui chez lequel l'obstacle qui fermait ses lèvres n’a pas été enlevé. Nouvel exemple de la franchise avec laquelle l'historien sacré fait connaître ses propres faiblesses. Comparer explication de 4: 24-96. Dieu répond à cette plainte de son serviteur en lui renouvel- Jant l’ordre de se rendre auprès de Pharaon. Osterwald a bien fait sentir la relation entre le verset 18 et les précédents en le commençant par « cependant. »
14-97. Ces détails généalogiques forment une sorte de parenthèse destinée à déterminer la position que Moïse et
Aaron occupaient parmi les descendants de Jacob et servent d'introduction au récit des événements dans lesquels ces hommes de Dieu allaient jouer un rôle si considérable. La tribu de Lévi, à laquelle ils appartenaient, forme le sujet principal de ce morceau, mais l’auteur sacré, par égard pour le droit de primogéniture, commence par parler des descendants des deux fils de Jacob qui se trouvaient les aînés de Lévi‘. (Vers. 14, 15.) — Au verset 14, il faut traduire : « Voici les chefs de leur famille paternelle. » (Littéralement :: les têtes de la maison de leurs pères.) — Au verset 16, nos versions portent : « Voici les enfants de Lévi selon leurs générations ; » il faut traduire : « Voici les enfants de Lévi, leur postérité. » Le mot de l’original (toledot) a été expliqué à l’occasion de Gen. 2: 4. Même observation sur la fin du verset 19. — Amram, nommé au verset 18, n’est probablement pas le même personnage que le père de Moïse nommé au verset 20, mais plutôt son père ou son aïeul, car il faut tenir compte du temps écoulé depuis la première génération des descendants de Lévi. (Comparer 12 : 40.) — Des mariages comme celui d'Amram (vers. 20) furent plus tard interdits par la loi de Dieu. (Lév. 18: 19.) La révélation a été progressive pour la morale comme pour la doctrine. — À la fin du verset 26, il y a en hébreu : « selon leurs armées, » ou « corps d'armées. » L’historien sacré voulait faire ressortir l’idée que les Hébreux pourraient sortir d’'Egypte ouvertement et en bon ordre.
28-30. Ces versets se rattachent au verset 13 et sont la. reproduction des versets 10-12.
CAP. VIL.— 1-5. Réponse de l'Eternel aux doutes et aux craintes de Moïse. Il se trouve revêtu d’un immense pouvoir ; ces mots : «je t'ai établi comme Dieu pour Pharaon; » signifiaient non-seulement que Moïse serait auprès de Pharaon l’ambassadeur de Dieu, mais qu’il pourrait faire venir sur lui à volonté le mal ou le bien, la malédiction ou la bénédiction (voy., par exemple, 8 : 29) ; enfin Dieu lui renouvelle
‘ Au sujet de l'intérêt que nous offrent les documents généalogiques de ce genre, voir les explications données dans mon Commentaire sur la Genèse, à occasion de Gen, V.
la promesse du secours d’Aaron (comp. 4: 14-16). Aaron devait être le « prophète » de Moïse, c’est-à-dire son organe, son instrument, sa « bouche. » (4: 16.) Le mot hébreu (nabr) qui se traduit par « prophète, » vient d’un verbe qui signifie : jailhr, parler avec abondance, parler sous l’inspiration d’en haut. — Sur « endurcir, » voir l’explication de 4: 21. — Moïse est prévenu que la résistance du roi se prolongerait, mais en même temps que la victoire définitive resterait au Dieu d'Israël. — Les Israélites sont appelés « les armées » de Dieu, comme dans 6: 26.
6-10. Cette expression, que nous voyons fréquemment . dans nos saints livres en parlant des serviteurs de Dieu, « ils firent comme l'Eternel leur avait commandé, » nous indique ce que nous avons à faire nous-même, obéir en toute simplicité, sans nous mettre en peine de ce qui peut nous paraître obscur ou étrange dans les ordres de Dieu. C’est ainsi seulement que nous trouverons la paix et le vrai bonheur. — Le verset 7 est un complément de la table généalogique de 6 : 14-27. Les deux frères étaient du nombre de ces vieillards, qui demeurent vigoureux et verts malgré le poids des années. (Ps. 92: 14.) — Le « bâton » dont:il est parlé ici et dans la suite n’est autre que celui de Moïse, mentionné 4 : 2, et il est appelé « bâton » d’Aaron, parce qu’une partie des miracles devaient être exécutés par sa main. — L'animal dont il est question au verset 9 est nommé en hébreu {anin, nom qui vient du verbe « étendre » et qui se donnait à plusieurs animaux de forme allongée (voy. Gen. 1 : 2); ici il est probable qu'il s’agit d'un « serpent » (Vulgate, version anglaise, etc.), comme dans le premier miracle (4:3), plutôt que d’un « dragon, » comme le portent nos versions, mot qui d’ailleurs désigne un animal fabuleux. (Dictionnaire de l’Académie.) Ce miracle était destiné à donner à Pharaon une idée. de la puissance du vrai Dieu et à l’engager à se soumettre avant qu’il y füt forcé par de terribles jugements.
11-13. Traduction littérale du verset 11: « Alors Pharaon aussi appela les sages et les magiciens ‘, et eux aussi,
1 Le mot hébreu que nous traduisons ainsi paraît venir d’un verbe qui avait primitivement le sens de « prier, réciter des formules. »
les devins (il y a en hébreu le même terme que dans Gen. 41 : 8) en firent autant par leurs enchantements.» Les noms de deux de ces personnages ont été conservés par la tradition juive, Janès et Jambrès. Voy. II Tim. 3: 8. — Ces magiciens opéraient des miracles semblables à ceux de Moïse par leurs « enchantements » (c’est-à-dire par certains secrets et artifices), mais ils étaient assistés par une.puissance supérieure à celle des hommes ; ils étaient en relation étroite avec cette puissance du Prince des ténèbres, contre laquelle nous avons encore à lutter (Eph. 6 : 12), mais dont l'influence sur le monde était bien plus considérable avant la venue de Jésus-Christ. (I Jean 3 : 8.) La puissance et la durée du paganisme ancien (et dans une certaine mesure celles du moderne) s’expliquent, du moins en partie, par cette intervention des mauvais anges (démons). Comp. 42 : 49 ; Math. 10 : 8; 24 : 24; IT Thes. 2 : 9, 10 ; Apoc. 13: 13. Dieu laissa les magiciens user de leur pouvoir mystérieux pendant un certain temps et dans une certaine mesure, se réservant de manifester plus tard, avec d'autant plus d’éclat, sa propre puissance. C’est aussi ce qui nous explique les triomphes passagers de l’erreur dans l’histoire de l'Eglise et du monde.— Le verset 12 signifie probablement que le serpent en lequel le bâton d’Aaron avait été changé, engloutit les serpents des magiciens. — Verset 13, traduire : « Et le cœur de Pharaon s’obstina. » Même verbe que dans 4 : 21.
$ 2. Jugements sur les oppresseurs.
(Chap. 7:14-25, 8, 9, 10, 11.)
Première plaie. — Eaux changées en sang.
Le premier miracle opéré devant Pharaon n’avait produit aucun effet sur ce cœur rebelle et orgueilleux ; il fallait en venir à des moyens plus énergiques, et nous voyons commencer ici une série de miracles qui devaient être pour ce roi et pour son peuple non plus seulement un spectacle auquel ils pouvaient demeurer indifférents, mais un véritable châti-
ment; il fallait qu’ils fussent frappés dans leur bien-être, dans leurs moyens de subsistance, dans leurs corps, et enfin dans les objets de leur affection. Ces jugements sont connus sous le nom de plaies d'Egypte, et leur nombre même est significatif; dix est, comme on le sait, le symbole d’une œuvre complète, d’un ensemble de moyens dirigés vers un but déterminé. (Voy. l’explication de la valeur symbolique du chiffre 10 dans mon Commentaire sur la Genèse à l’occasion de Gen. 7: 4.) L’école rationaliste (Bichorn, etc.) a fait de grands efforts pour dépouiller ces événements de leur caractère miraculeux, en faisant remarquer que le pays d'Egypte est exposé (et cela encore de nos jours) à des fléaux semblables. Il est vrai qu’à certaines époques le Nil prend une teinte rougeâtre (provenant peut-être des terrains par lesquels il passe et des matières qu’il entraîne), il est vrai encore que les campagnes sont quelquefois infestées par des sauterelles, et que l’air peut être momentanément obscurci par les tourbillons de sable que soulève le vent du désert, etc., etc. Mais ce qui établit entre ces phénomènes naturels et les jugements rapportés par Moïse une distinction profonde, c’est que ces derniers eurent lieu dans des proportions beaucoup plus considérables, tous à la même époque de l’année ‘, coup sur coup, et exactement dans le temps pour lequel le serviteur de Dieu les avait annoncés, enfin de telle manière qu’ils échappaient à toute prévision purement humaine.
44-19. Il faut traduire au verset 14 comme Osterwald : «Le cœur de Pharaon est appesanti. » Martin, qui dit: « endurei » est moins exact ; comp. explication de 4: 21. Nous avons tous à prendre garde que notre cœur ne «s’appesantisse. » (Luc 21 : 34.) — Au verset 17, il est parlé du bâton comme étant dansla main de Dieu, parce qu’il était dans celle de Moïse son représentant. — Keil et d’autres commentateurs pensent que les eaux devinrent semblables à du sang. Mais il paraît bien que ce fut leur nature même qui fut chan-
1 Puisque la sortie des Israélites eut lieu au printemps, les jugements qui la préparèrent doivent s’être exécutés pendant l'hiver; or ce n’est pas dans cette saison-là, mais pendant l’été que, au dire des voyageurs, les eaux du fleuve changent de couleur. |
gée, et pas leur apparence seulement ; elles devinrent fétides, tellement qu’on ne pouvait plus les boire et que le poisson périssait. —: La fin du verset 18 est bien rendue par la version de Matter : « Les Egyptiens éprouveront du dégoût à boire l’eau du fleuve. » Comp. verset 21. — Le verset 19 dépeint la plaie dans toute son étendue. Il faut traduire : € Sur leurs rivières (les bras du Nil), sur leurs canaux (canaux du Nil), sur leurs étangs (petits lacs, étangs formés par le Nil) et sur tous leur$amas d’eaux. » Peut-être le spectacle de cette masse de sang devait-il réveiller chez les Egyptiens le souvenir de tous les meurtres commis sur les enfants des Hébreux. (Chap. 1.)
20-25. Au verset 20, il y a dans l’hébreu: «il leva sa verge, » mais le verset précédent indique qu’il s’agit d’Aaron, dont le nom a été ajouté par nos versions. — Ce miracle fut encore imité par les devins Egyptiens ; l’eau qu’ils changèrent en sang avait été probablement prise dans quelque citerne ou puits, resté en dehors de l’action exercée sur le Nil et ses ramifications. Comp. vers, 19, 24. — Encouragé dans sa résistance par ce succès apparent de ses magiciens, le roi refusa encore de céder, « son cœur s’obstina.» (Même verbe que dans vers. 13.) —Le verset 23, rendu littéralement, nous représente très bien l’état de cette âme : « Pharaon se tourna («il leur tourna le dos » de nos versions, rend l’idée), alla dans sa maison et n’appliqua point son cœur même à cela. » — Le verset 25 nous apprend que cette plaie dura sept jours et que celle des grenouilles lui succéda immédiatement. Cette durée de sept jours devait peut-être faire comprendre aux Israélites que la plaie était bien une œuvre de Dieu, une œuvre opérée en leur faveur et préparant leur délivrance. Voyez sur le chiffre sept, comme symbole de bénédiction, l'explication de Gen. 7 : 2 dans mon Commentaire sur la Genêse.
Deuxième plaie. — Les grenouilles.
CHaP. VIII. — 1-4. Ainsi que la précédente, cette plaie est
annoncée avant l’exécution. Avant de frapper et de châtier, Dieu ne se lasse point d’avertir le pécheur et lui donne du
temps pour s’amender. — Toutes les créatures sont à la disposition de Dieu lorsqu'il veut frapper les hommes ; ici il va chercher ses instruments dans les derniers rangs de la création, peut-être afin de rendre l’humiliation des Egyptiens plus profonde. On se représente ce que dut être l’invasion de ces animaux qui pénétraient partout et dont on ne parvenait pas à se garantir! — Les deux derniers mots du verset 3 doivent se traduire par « fours et pétrins. »
9-7. Les magiciens purent encore une fois imiter la plaie ; mais ils ne pouvaient la faire cesser.
8-10. Il n'est pas nécessaire de supposer que Pharaon ne fût pas sincère quand il promettait d’obéir ; seulement cette intention n’était chez lui que l'effet de la terreur, son cœur n'était point réellement changé, et une fois qu’il eut obtenu la délivrance désirée, il s’endurcit de nouveau. C’est l’histoire de mainte conversion apparente, de mainte bonne résolution formée dans un momentde danger, pendant une maladie, etc. — « Elève-toi par-dessus moi (littéralement : glorifie-toi sur moi) ; pour quand dois-je demander pour toi, pour tes serviteurs et pour ton peuple, qu’Il chasse les grenouilles, etc.» Moïse veut laisser au roi l'honneur de fixer lui-même le moment de la délivrance. Cette concession devait servir en définitive à mettre plus en relief la puissance de Dieu.
11-15. Au verset 13, le mot hébreu que nos versions rendent par « village, » a bien quelquefois ce sens, mais ici il vaut mieux lui conserver sa signification primitive : « enclos. » — Au verset 15, il est à remarquer que le mot hébreu rendu par « relâche » ou « repit » signifie proprement: « facilité à respirer.» Fo 6: 9.—II appesantit son « cœur,» comp. 7 : 14.
Troisième plaie. — Les poux.
16-19. L’Ecriture ne dit pas que cette plaie ait été annoncée à Pharaon, comme cela eut lieu pour les deux premières; peut-être l'historien sacré ne jugea-t-il pas nécessaire d’enregistrer chaque fois ces avertissements ; mais il est plus probable que quelques-uns de ces jugements fondirent sur l'Egypte à l’improviste, afin de frapper le roi et son peuple
ÀÂ0 EXODE VIII.
d’une plus grande terreur. — Suivant les rabbins, l’historien Josèphe, Osterwald, Martin, la version anglaise et quelques autres, le mot hébreu employé pour décrire la troisième plaie désigne « des poux! » Nous avons suivi cette tradition, qui nous paraît d'autant plus digne de foi, qu’elle donne à cette plaie un caractère particulièrement humiliant pour les Egyptiens et pour leur orgueilleux monarque. Les commentateurs modernes suivent plutôt les Septante, qui ont traduit par « moucherons, » et ils pensent qu’il s’agit des moustiques, si incommodes dansles pays chauds. — Les magiciens croyaient pouvoir continuer à imiter les miracles des envoyés de Dieu, mais cette fois ils furent arrêtés ; Dieu avait mis des bornes à leur puissance, ce qu’eux-mêmes furent forcés de reconnaître. « C’est (dirent-ils) le doigt de Dieu. » — Malgré cet échec de ses serviteurs, Pharaon persiste dans son refus. « Le cœur de Pharaon s’obstina et il ne les écouta pas » (savoir Moïse et Aaron). — Il est possible d’ailleurs qu’il ait obtenu par quelque nouvelle promesse la délivrance de cette plaie.
Quatrième plaie. — Le mélange d'insectes.
20-24. Quelques commentateurs, qui suivent les Septante, pensent qu’il n’est question ici que d’une seule espèce d'insectes, Ésavoir des taons ; cependant, cette plaie paraît avoir été considérée comme une calamité encore plus grande que la précédente ; il vaut donc mieux s’en tenir à la tradition juive, qui la fait consister dans des essaims de divers insectes malfaisants, d'autant plus que le verset 24 indique que les plantes en souffrirent aussi bien que les hommes et les animaux. C’est aussi l’idée qu’expriment nos versions françaises (sauf la*nouvelle version de Lausanne), l’anglaise, Ja hollandaise, etc.— On ne doit pas inférer des versets 22 et 23 que la contrée habitée par les Israélites n’eût pas été épargnée lors des plaies précédentes, supposition peu naturelle ; seulement le contraste fut cette fois plus frappant. Le « pays de Gosen » était une province au nord de l'Egypte. (Voy. Gen. 45 : 10.) — Au verset 93, il y a littéralement: « Et j'ai mis une délivrance entre mon peuple et ton peuple. » Sens :
LA DÉLIVRANCE. Al
Je distinguerai mon peuple du tien, en ce que le premier sera délivré, épargné. Le verbe est au passé ; c’est le passé prophétique, fréquent dans les déclarations divines. L’événement annoncé est présenté comme un fait accompli, parce qu’il l’est en effet dans la pensée de Dieu.
25-27. Pharaon accorde enfin la permission demandée, mais avec une restriction ; il entend que les Israélites ne franchiront point la frontière. C’est bien là le caractère de l'homme naturel, qui toujours cherche à capituler avec Dieu et croit pouvoir se contenter d’une obéissance partielle. — La réponse de Moïse signifie probablement que les sacrifices des Hébreux devaient être odieux aux Egyptiens, parce qu’on y faisait mourir des animaux (les bœufs) qui, à leurs yeux, avaient un caractère sacré. C’est l’explication de Rosenmüller, Allioli, etc.
28. Traduire littéralement: « Alors Pharaon dit : Je vous laisserai aller et vous sacrifierez à l'Eternel votre Dieu dans le désert ; seulement en y allant gardez-vous de vous éloigner ‘. Intercédez pour moi. » Pharaon paraît accorder la permission demandée, mais sa réponse montre combien il était loin de vouloir donner aux Israélites une complète liberté, combien il tenait à ne point priver le pays des services qu'ils lui rendaient par leurs travaux. Ce n’était donc point encore l’obéissance telle que Dieu la demande, l’obéissance à l’esprit du commandement aussi bien qu’à sa lettre.
29. Moïse, en prenant acte du consentement donné, invite le roi d'Egypte à ne pas se jouer encore une fois-de Dieu et de ses envoyés. L'expression « se moquer » caractérise très bien l’état de conversion incomplète et de rechutes incessantes dans lequel tant de pécheurs se complaisent. (Comp. Gal. 6: 7.)
30-32. Le serviteur de Dieu se montre fidèle à sa promesse, mais Pharaon viole la sienne aussitôt qu’il se voit délivré du châtiment. Encore une fois « il appesantit son cœur.» (Comp. vers. 15.)
* Dans l’hébreu la défense est marquée par la répétition du verbe.
Cinquième plaie. — Mortalité du bétail.
CHAP.1X.— 1-5. Cette nouvelle plaie est annoncée à Pharaon, aussi bien que la précédente. Dieu ne se lasse point de frapper à la porte de ce cœur qui semble par moments se soumettre, mais pour s’endurcir toujours davantage.
Cette plaie devait être particulièrement sensible aux Egyptiens, parce qu’elle les frappait dans ce qui constituait leur richesse et même dans les objets de leur culte.
6-7. La mortalité ne s’étendit qu’au bétail qui se trouvait « dans les champs » (comp. vers. 8); il en survécut une partie qui fut frappée par les plaies suivantes. (Voy. vers. 10, 25.) — Malgré ce nouveau coup, « le cœur de Pharaon s’appesantit » encore. (Comp.i8 : 15, 32.)
Sixième plaie. — Les ulcères.
8-10. Ce nouveau jugement ne paraît pas avoir été annoncé (comp. 8 : 16), et il est plus sévère que le précédent. Après avoir été frappés dans leurs biens, les Egyptiens le sont cette fois dans leurs corps, et cela par un mal hideux et douloureux, prélude de la dernière plaie (la mort). — Par « cendres de fournaise, » il faut probablement entendre celles des fours à chaux. — Il faut traduire: « elle deviendra sur les hommes et sur les animaux une inflammation produisant ‘ des ulcères. »
11, 12. Les magiciens ne s'étaient plus trouvés capables de reproduire les derniers miracles des serviteurs de Dieu, mais on peut supposer qu'ils avaient continué à se tenir auprès de Pharaon pour l’encourager par leurs conseils, leurs sarcasmes et leurs blasphèmes. Cette fois, il se vit privé même de ce secours. Et en même temps que ses appuis humains lui manquaient, Dieu lui-même châtiait ses désobéissances réitérées par un plus profond endurcissement. « L’E-
ternel rendit obstiné le cœur de Pharaon. » Voy. explication de 4: 21.
‘ Littéralement : « fleurissant en ulcères. » C’était une éruption qui avait du rapport avec la lèpre, la petite vérole, etc.
Septième plaie. — La grêle.
13-19. Cette nouvelle plaie est annoncée avec une solennité particulière.—«Lèêve-toi de bon matin.» Les premières heures du jour sont les plus favorables, soit pour élever notre âme à Dieu, soit pour produire quelque impression sur d’autres âmes ; c’est ce que l'Ecriture nous rappelle par de nombreux exemples(Ds.4b 34310019. 090:8:;Tos::7 : 4G:;.Jér 7: 13, etc.) — Au verset 14, il y a littéralement: « Car cette fois J'envoie toutes mes plaies contre ton cœur, elc., etc. » À mesure que Pharaon s’obstine, Dieu aggrave ses châtiments. — L’Eternel représente au roi, par la bouche de Moïse (15, 16), que s’il eût voulu déployer à la fois toute sa sévérité, il aurait pu l’exterminer d’un seul coup, lui et son peuple, mais qu’il a prolongé sa vie (« je t'ai fait subsister ») afin de manifester sa puissance et sa gloire. Plus, en effet, la lutte se prolongeait, plus il était accordé à Pharaon de temps pour la repentance, plus aussi les perfections de Dieu étaient mises en évidence. Il n’était pas encore trop tard pour ce malheureux monarque ; il dépendait encore de lui de devenir un monument de la clémence et de la longue attente du Très- Haut, au lieu de devenir (par suite de son impénitence finale) un monument de sa justice. L’intention de St. Paul dans la citation qu’il fait du verset 16 dans l'épître aux Romains (Rom. 9 : 17) est de faire comprendre que le but final de toutes les dispensations de Dieu est de manifester sa gloire, soit par la conversion des pécheurs lorsqu'ils cèdent aux attraits de sa grâce, soit par leur condamnation lorsqu'ils persévèrent dans l’endurcissement. — Au verset 16, nos. versions portent: « afin de faire voir en loi ma puissance. » C’est bien le sens, mais on peut traduire plus littéralement ; « que tu fasses voir ma puissance. » (Nouvelle version de Lausanne.) — Au verset 18, il y a littéralement : « une grêle très pesante. » — En même temps que Dieu annonce le jugement décrété par sa justice, il fait connaître à Pharaon le moyen à employer pour se garantir contre ses effets les plus terribles. On ne pouvait sans doute pas empêcher
RI/\.'\Ee EXODE X.
que les campagnes ne fussent ravagées, mais on pouvait sauver la vie des hommes et des animaux.
20, 21. Parmi les serviteurs du roi il s’en trouva quelquesuns qui eurent égard à l’avertissement de Moïse et qui donnérent ainsi à leur maitre l’exemple de la soumission aux appels de Dieu. Mais il est à supposer qu’au milieu de cette cour orgueilleuse et incrédule, leur conduite fut taxée de folie.
22-926. Exécution du jugement. — Au verset 23 il y a littéralement : «l'Eternel donna des voix et de la grêle. » Le tonnerre est également appelé la « voix de Dieu » dans Ps. 29 : 3. — Au verset 24 au lieu de « feu mêlé avec la grêle, » il serait plus exact de traduire « du feu tourbillonnant au milieu de la grêle. »
27, 28. Pharaon avoue enfin qu’il est coupable et il accorde la permission demandée sans y mettre aucune restriction. Cependant cet aveu ne lui était arraché que par la crainte et son cœur n’était point encore réellement repentant et humilié devant Dieu. Aussi sa soumission ne fut pas de longue durée. — Au verset 28 littéralement : « Intercédez auprès de l’Eternel et que ce soit assez de voix de Dieu et de grêle. »
29, 30. Moïse fait comprendre au roi qu’il doutait de sa sincérité, avertissement qui aurait pu être pour Pharaon encore un moyen de salut.
31, 32. Le « lin » et « l'orge » furent frappés parce qu'ils mürissent plus tôt et que, à cette époque de l’année (probablement le mois de février), ils pouvaient être déjà en épis, tandis que le « froment » et « l’épeautre », étant moins avancés, ne furent pas endommagés.
33-39. Confirmation des prévisions de Moïse au sujet de la conduite du roi : « Il appesantit son cœur, lui et ses serviteurs ; le cœur de Pharaon s’obstina, etc. » (Comp. 4 : 21.)
Huitième plaie. — Les sauterelles.
CHaP. X. — 1, 2. Les jugements dont l'Egypte fut frappée devaient non-seulement châtier ses habitants et amener la délivrance d'Israël, mais aussi servir d’avertissement pour tous les temps (de même le déluge, la destruction de So-
dome, etc.) — « J’ai appesanti son cœur, etc. » (Comp. 4:21.) — Au verset 2 la traduction : « ce que j'aurai fait en Egypte» ne dit pas assez ; il faut : « le mal que j’aurai fait à l’Egypte. » ‘
3-06. Cette nouvelle plaie n’est pas envoyée sans avoir été annoncée, afin de donner encore à Pharaon le temps de la prévenir par la repentance. Toute cette histoire est un exemple bien remarquable de la patience de Dieu et de son long support envers les pécheurs. (Comp. Rom. 2 : 4, 5.) — La dévastation des campagnes par les sauterelles était une calamité bien connue en Orient (comp. I Rois 8 : 37 ; Joël 4 : 4), mais celle-ci eut lieu dans des proportions tout à fait extraordinaires. — Au verset 5 il y a littéralement : « elle couvrira l’œil de la terre, tellement qu’on ne pourra plus voir la terre. » « Œil de la terre » est une image qui représente la surface du sol. La terre est censée regarder l’homme.
7. Les serviteurs de Pharaon savaient par expérience que les menaces de Dieu ne sont point vaines et ils l’engagent à céder. Ils accusent Moïse (« celui-là ») de leur être « un piége », mais au fond du cœur ils reconnaissaient sans doute que c'était le roi lui-même qui par son obstination était la cause de tous ces malheurs. — La meilleure traduction de la fin du verset est : « Ne sais-tu pas encore que l'Egypte est perdue ? »
8-11. Pharaon ne se montre pas complétement insensible à ces remontrances, il rappelle les serviteurs de Dieu et il accorde de nouveau la permission de partir, mais il ne l'accorde pas tout entière, il veut retenir une partie du peuple et exige qu’on lui indique exactement qui sont ceux qui veulent quitter l'Egypte. C’est le sens de la fin du verset 8 ; littéralement : «qui est-ce qui ira? » Moïse ayant déclaré que le départ serait général (vers. 9), le roi réplique avec colère et avec menaces qu'il n’accorde la permission que pour les hommes. La première partie de sa réponse (vers. 10) renferme une cruelle ironie. « Que l'Eternel soit avec vous, comme je compte vous laisser partir, vous avec vos enfants! » — Plusieurs versions et commentateurs donnent à la dernière phrase du verset 10 la signification suivante : « Prenez
di
garde, car vos mauvais desseins sont découverts. » Il ya littéralement : « Voyez, car le mal est devant vos faces », c’est-à-dire : vous vous attirez des malheurs. — « C’est ce que vous demendez. » (Vers. 11.) Pharaon affecte de croire qu'ils se contenteront de cette concession. — Remarquer l'expression « on les chassa. »
19-415. Exécution du jugement. — Ordinairement c’est du midi que les sauterelles arrivent en Egypte ; cette fois elles vinrent de l’Asie, apportées par le vent d'Orient. — A la fin du verset 13 la version de Martin rend l’idée moins clairement que les autres qui portent : « le vent d'Orient amena (ou « apporta ») les sauterelles. »
16, 17. La vue de la désolation de son pays arracha ie nouveau à Pharaon un simulacre d’humihiation ; il n’avait pas sérieusement l'intention de s’amender ; ce n'était pas le pardon de ses péchés qu’il désirait, mais seulement d’être délivré des sauterelles, « qu’il retire de sur moi seulement cette mort! » (Plaie, amenant la mort par la dévastation des campagnes.)
18-20. Dieu use envers Pharaon d’une patience extraordinairement prolongée, mais qui ne le conduit point à la repentance. (Rom. 2: 4.) — Au verset 19 il faut traduire : € Et l'Eternel fit tourner le vent et le fit souffler très fort de l'Occident (littéralement : « de la mer », parce que pour les Hébreux la grande mer se trouvait à l'Occident). — C’est ici que nous trouvons dans l’Ecriture la première mention de la « Mer Rouge. » C’est ainsi que nos versions’ traduisent le nom hébreu (mer des roseaux, jam-souf) que porte le long golfe qui sépare l'Egypte de l'Arabie. Ce dernier nom provenait probablement des roseaux qui s’y trouvent en abondance. L'origine du nom de « Mer Rouge » n’est pas bien connue ; l’explication la plus vraisemblable la rattache à des plantes marines de couleur rougeûtre. (Voir Dictionnaire biblique de Bost, article Mer Rouge.) — La plaie fut donc arrêtée, mais le roi ne fut pas plus ramené à Dieu par sa bonté qu’il ne l’avait été par sa sévérité ; il se trouvait sous un jugement d’endurcissement. « L’Eternel rendit obstiné le cœur de Pharaon » (vers. 20). (Comp. explication de 4 : 21).
Neuvième plaie. — ‘Les ténèbres.
91-923. Cette plaie qui, à ce qu’il paraît, survint subitement, sans avertissement préalable, dut avoir quelque chose de particulièrement saisissant. En tout temps les ténèbres causent à l’homme un sentiment de malaise et d'angoisse, et celles-ci durent faire pressentir aux Egyptiens Papproche de malheurs inconnus et plus terribles que tous les précédents. Chez tous les peuples les ténèbres sont l’image du malheur, comme la lumière l’est du bonheur; elles feront partie des peines réservées aux méchants dans l’autre vie. (Math. 8 : 12, IT Pier. 2 : 4.) Celles d'Egypte paraissent avoir été particulièrement intenses puisqu'il est dit que l’on pouvait ç les palper » (vers. 21), et qu’elles sont appelées au verset 22 « ténébres d’obscurité. » On peut se représenter combien ces trois journées durent paraître longues à Pharaon et à son peuple ! On peut les rapprocher des trois heures de ténèbres, également symboliques, dont nous parlent les Evangiles. (Math. 27 : 45.) — Cette nuit profonde d’un côté, cette lumière de l’autre, symbole frappant de la différence entre le sort des fidèles et celui des impénitents. (Esa. 65 : 13, 14; I Thes. 5 : 4,5.)
24-96. Pharaon consent enfin à laisser aller le peuple, mais il veut retenir les troupeaux. Moïse insiste sur ce point, alléguant qu’ils ne pouvaient savoir d’avance ce qui leur serait nécessaire pour leurs sacrifices. — Au verset 25 le mot « victime » (litt. sacrifice) et le mot « holocauste » (en hébreu hola) expriment tous deux la notion de sacrifice dans son acception la plus générale. Le second est dérivé d’un verbe qui signifie monter, parce qu’on plaçait la victime sur l'autel. Sur les sacrifices, comme institution divine et appartenant à la révélation primitive, voy. mon Commentaire sur la Genèse, p. 40-42.
27-29. Le roi, ayant repoussé encore cette fois l’appel de Dieu, est de nouveau frappé d’aveuglement (« l'Eternel rendit obstiné le cœur de Pharaon »), et il défend à Moïse de reparaître devant lui, semblable à tant de pécheurs qui s’imaginent être à l’abri des appels de Dieu et de ses juge-
ments quand ils se sont débarrassés de la présence importune de ses serviteurs. — Ce que Pharaon désirait dans sa folie lui fut accordé ; Moïse lui annonça qu’il ne le reverrait plus. Il arrive un moment où les grâces et les occasions de salut que le pécheur dédaigne, cessent de lui être offertes. Pharaon n’eut avec Moïse plus qu’une seule entrevue, mais alors le serviteur de Dieu n’était plus chargé pour lui d’un message de miséricorde et ne lui apparut que comme exécuteur des décrets de la justice divine (12 : 31). C’est dans ce sens et avec cette restriction que la parole de Moïse (vers.29) doit être entendue. .
Dixième plaie annoncée.
CHaP. XI.— 1-3. Les trois premiers versets du chapitre 41 forment une parenthèse destinée à préparer la suite du récit, car 1l s’agit d'instructions et de promesses que Moïse avait reçues de Dieu avant la comparution devant Pharaon dont il est question à la fin du chapitre précédent (24-29). C’est donc avec raison que nos versions ont mis le premier verbe au plus-que-parfait (« l’Eternel avait dit à Moïse »).— II y a à la fin du verset 1 pour marquer la certitude de la délivrance des Israélites une abondance d’expressions qu'il est difficile de reproduire dans notre langue. Littéralement : « Quand il congédiera entièrement, il vous chassera, vous chassera d'ici. » — Moïse savait déjà (comp. 3 : 21, 22) que les Hébreux devaient emporter des vases d’or et d'argent, mais c’est alors seulement qu'il fut chargé d’ordonner au peuple de les demander. Voir explication donnée sur 3 : 21. — Le verset 3 explique comment il se fit que le départ, même avec de grandes richesses, put s’opérer aussi facilement, ainsi que nous le verrons dans 12 : 33-30.
4-8. Ces cinq versets se rattachent étroitement à la fin du chapitre précédent et renferment des paroles qui furent encore prononcées par Moïse dans cette même entrevue avec le roi d'Egypte. — Au verset 4 il y a littéralement : Je sorhrai au milieu de l'Egypte. » Lorsque les jugements de Dieu commencent à s’exécuter, c’est comme s'il sortait du ciel pour visiter la terre. — Au verset 5 il y a quelques légères
différences entre les versions ; nous traduisons : « depuis le premier né de Pharaon assis sur sôn trône, jusqu’au premier né de la servante qui est derrière la meule. » Si les mots «assis sur son trône » devaient être rapportés au fils du roi, ce qui pourrait se justifier, 1l faudrait entendre cette expression comme signifiant : « destiné au trône » ; mais il est plus naturel de les rapporter à Pharaon, parce que dans le dernier membre de phrase les mots « derrière la meule » ne peuvent guères être rapportés qu’au second substantif (servante). Moïse veut indiquer que la mortalité frappera tous les rangs, depuis le plus élevé. — Par une juste rétribution les Egyptiens devaient être frappés en la personne de leurs aînés, pour n'avoir pas voulu accorder la liberté au peuple « premier né » de l'Eternel (4 : 22). — Au verset 7 les mots : « aiguiser sa langue » sont une expression proverbiale qui signifie : faire du mal. (Comp. Jos. 19 : 21.) — Le premier verbe du verset é « ils descendront » indique que les serviteurs de Pharaon se verront réduits à s’humilier devant ce Moïse qu’ils avaient tant méprisé. — L’indignation que Moïse fit paraître en le quittant dut être pour Pharaon comme un prélude de la colère divine, qu’il amassait sur sa tête par son impénitence.
9, 10. L’historien sacré, avant de poursuivre son récit, rappelle que tous ces événements entraient dans le plan de Dieu. La prolongation de la résistance chez Pharaon devait provoquer de la part de Dieu un plus grand déploiement de puissance et par là même tourner à sa gloire. (Comp. explication de‘ 9 : 45, 16.) C’est donc avec raison que le premier verbe a été mis au plus-que-parfait. — Au verset 10 « l'Eternel rendit obstiné le cœur de Pharaon. »
$ 8. Institution de la commémoration de la | délivrance.
Chap. XII : 1-28.
CHaApP. XII. —1, 2. Au moment où la délivrance allait avoir
lieu, Dieu vient fortifier la foi de Moïse et des Israélites en ins- COM. SUR L’EXODE. 4
tituant d’avance un acte commémoratif de cet événement. C’est ainsi que Notre Seigneur institua la veille de sa mort le sacrement qui devait en entretenir le souvenir dans son Eglise à travers les âges. Mais il existe entre la Pâque israélite et la sainte Cène des rapports encore plus étroits, qui font de la première de ces institutions un type (non arbitraire, mais voulu de Dieu) de la seconde. L’une et l’autre cérémonie sont la commémoration d’une œuvre merveilleuse de la miséricorde divine, délivrance de la servitude d’Egypte et délivrance de la condamnation éternelle. Et cet « agneau » dont le sang avait préservé les demeures des Hébreux de la faux du Destructeur et qui d’année en année était solennellement immolé et mangé dans chaque famille israélite, ne préfigurait-il pas cette sainte victime qu’un prophète représente sous l’image d’un « agneau mené à la boucherie » (Esa. 53 : 7) et qui lors de son apparition fut appelé « l’Agneau de Dieu » (Jean 1 : 29 ; I Pier. 1: 19 ; Apoc. 7 : 9, 10; 19 : 9)? L’agneau pascal devait être « sans défaut » (vers. 9), afin d’être un type aussi parfait que possible de « l’Agneau sans défaut et sans tâche, ordonné avant la fondation du monde » (I Pier. 1 : 49, 20). Ses os ne devaient point être brisés (vers. 46), ce qui complétait sa ressemblance avec la céleste victime (St. Jean 19 : 36). L’agneau ne devait pas être seulement immolé par les [sraélites et contemplé, mais ils devaient le manger, comme symbole d’une participation réelle et personnelle au bienfait de la délivrance ; c’est ainsi que dans la Cène Jésus- Christ nous est donné en nourriture. Enfin le repas pascal se faisait en famille, afin de rappeler aux Hébreux qu’ils formaient une unité, un corps, un seul peuple; la sainte Gène nous met en communion à la fois avec le Chef de l’'Eglise et avec les membres de son corps. Il est probable que le caractère typique de l’agneau pascal (ainsi que celui de l'agneau du sacrifice quotidien) était compris, pressenti du moins, par les plus intelligents d’entre les fidèles de l’ancienne alliance, et que la fête solennelle qu’ils célébraient chaque année leur était d'autant plus précieuse qu’ils la rapportaient à l’avenir aussi bien qu’au passé, à la délivrance future aussi bien qu’à la sortie d'Egypte. L’oracle d’Esaïe
sur « l’agneau mené à la boucherie » (Esa. 55 : 7), conjointement à d’autres oracles messianiques, vint répandre une nouvelle lumière sur la Pâque. Quant à nous, qui possédons de plus les saints livres du nouveau Testament, où nous lisons entre autres « Christ, NOTRE PAQUE, a été sacrifié pour nous » (I Cor.-5 : 7), nous ne pouvons pas douter que Pagneau pascal n’ait dû préfigurer le sacrifice de Golgotha et le sacrement institué pour sa commémoration. Nous étudierons dès lors l'institution de la Pâque avec d’autant plus d'attention que nous pouvons nous attendre à y trouver la confirmation des enseignements de l'Evangile sur lPœuvre de la rédemption et sur la sainte Cène.
- Le « mois » où l’on se trouvait alors était celui que l’on nommait abib (13 : 4), c’est-à-dire mois des épis, parce qu’en Palestine ils commencent à mürir à cette époque : plus tard ce nom fut remplacé par celui de nisan (Néh. 2 : 1). Ce mois était le 7me mois de l’année ordinaire ; il commençait à la première nouvelle lune après l’équinoxe du printemps (correspondant ainsi à une partie de mars et d'avril). L'année ordinaire (civile) commençait avec le mois de {isri, à la première nouvelle lune après l’équinoxe d'automne (septembre, octobre), qui était, suivant la tradition, l'anniversaire de la création du monde. On conserva, s’il faut en croire les rabbins et l’historien Josèphe (Ant. I, 3, 3) cette ancienne année pour ce qui concernait la vie ordinaire, tandis que l’année religieuse commença dès lors avec le mois de nisan, la sortie d'Egypte étant un événement assez considérable dans l'histoire des Hébreux pour motiver cette nouvelle division du temps. (Voy. le Dictionnaire biblique de Winer.) Cest de même que dans toute la chrétienté (sauf là où le puritanisme protestant règne en plein) on distingue l’année cvèle (commençant au 4e janvier) et l’année religieuse ou ecclésiastique qui commence avec l’Avent et qui est déterminée par le cycle des fêtes commémoratives des grands événements sur lesquels repose le christianisme.
3, 4. On croit que cette prescription de préparer l’agneau 4 jours à l’avance n’était obligatoire que pour cette première Pâque et motivée par les soins nombreux qui devaient précéder le départ. — Il est probable que Moïse et Aaron de-
vaient communiquer les ordres divins au peuple par l'intermédiaire des « anciens. » (Voy. explication de 3 : 16.) — C’était bien, dans la règle, un « agneau » qui devait être immolé, cet animal étant par son caractère, sa douceur, etc., particulièrement propre à représenter une victime agréable à Dieu ; cependant il était permis, quand il y avait difficulté à s’en procurer, d'y suppléer par des chevreaux. (Voy. 2 Chron. 99 : 7.) — L’agneau ne devait pas être seulement contemplé, mais « mangé » (voy. l’introduction à ce chapitre). Il devait se manger en commun, dans chaque famille (voy. lintroduction à ce chapitre). Au verset 8 il faut traduire : « pour sa famille paternelle, un agneau par maison. » Lorsque la famille était très peu considérable, on s’adjoignait des voisins pour manger l’agneau.L’usage s’établitde former des groupes d’une dizaine de personnes ‘.
9. Qualités que doit avoir l'agneau pascal. Il doit être, d’abord, « sans défaut » (littéralement : parfait, intégre, en hébreu tamim, le même mot que Gen. 6 : 9 en parlant de Noé). L’animal devait être en bon état, sans aucune infirmité, ni vice de conformation: aucune autre offrande n’eût été digne de Dieu et propre à préfigurer la victime parfaitement sainte qui devait un jour être immolée pour expier nos péchés (Hébr. 7 : 26; I Pier. 1 : 19); aussi c'était la règle pour toutes les victimes (Lév. 22 : 21-24). En second lieu l'agneau devait être « mâle » (autre caractère de supériorité d’après les idées de l'Orient), enfin il devait être âgé d’un an (littéralement : fils d’une année), probablement parce qu’alors il était censé avoir atteint le degré de développement qui en faisait une offrande convenable.
6. « Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour. » (Voir l'explication du verset 8.) — L'heure de la journée à laquelle l'agneau devait se manger est déterminée par l’expression : « entre les deux soirs, » ce qui signifie probablement : un peu avant le coucher du soleil. D’après la plupart des commentateurs juifs, les Hébreux nommaient « premier soir » la partie de la journée qui commence quand le soleil baisse,
1 La concision de la langue hébraïque est telle que 5 mots suffisent pour exprimer ce qui en français en exige une douzaine au commencement du vers. 4. Il y a litt. : « Si maison plus petite que pour être d’un agneau » (c’est-à-dire pour être participant d’un agneau).
et « second soir » les heures suivantes qui commencent avec le coucher du soleil’. Ainsi le moment de la Journée où l'on égorgeait l’agneau pascal se trouvait assez rapproché de celui où Jésus expira sur la croix.
7. Le motif de cette prescription est indiqué au verset 13. Ce sang répandu sur les demeures des Hébreux devait être pour eux une garantie que Dieu leur épargnerait les châtiments qu'ils avaient, aussi bien que les Egyptiens, mérité par leurs péchés ; et dans la suite, chaque fois qu'ils célébraient la Pâque, cette cérémonie était pour eux un gage de la miséricorde de Dieu. C’est ainsi que le sang du véritable agneau pascal nous garantit de la mort éternelle. (I Pier. MOE)
8, 9. L’agneau devait être mangé «en cette nuit-là, » c’est-à-dire dans celle qui suivait le 14me jour de Nisan et qui commençait le 15me parce que chez les Hébreux les jours se comptaient à dater du coucher du soleil. — Si l'agneau devait être « rôti, » et non préparé d’une autre manière, c’était probablement afin d’en conserver plus sûrement les formes et l’intégrité ; « aucun de ses os ne devait être brisé » (vers. 46) ; voy. l'introduction à ce chapitre. — On devait le manger avec des « pains sans levain » (ce qui en hébreu est exprimé par un seul mot : maisot). C'était sans doute, en premier lieu, à cause de la précipitation avec laquelle devait avoir lieu le départ (comp. vers. 34, 39), et afin de rappeler cette circonstance d'âge en âge ; mais cette prescription avait encore un sens symbolique et spirituel. Le levain devait être également banni de tous les sacrifices (Lév. 2 : 11) parce que son action naturelle étant d’amener la fermentation, puis la décomposition des substances auxquelles on le mêle, il se trouvait représenter dans la symbolique des Hébreux (et probablement d’autres peuples encore) les idées de corruption et de souillure. (Comp. I Cor. 5 : 8; Math. 16 : 6.) — Les « herbes amères » (probablement une espèce de laitue) devaient rappeler aux Israélites à la fois les maux qu'ils avaient endurés en Egypte (dans 1 : 14 il est dit que les
‘ Dans’ son Commentaire sur l’Exode récemment publié, le rabbin Wogue traduit « vers le soir. »
Egyptiens « leur rendaient la vie æmère »), et la nécessité de la repentance habituelle.
10. Cette prescription avait probablement pour but de prévenir des profanations.
11. L’équipage et l'attitude des Israélites en mangeant l'agneau pascal s'expliquent par l’attente d’un prochain départ et expriment la foi aux promesses divines. Le rabbin Abenesra dit que cet ordre ne s’appliquait qu’à la première Pâque. Mais telle doit être en tout temps l'attitude morale des fidèles ; ils sont ici-bas « étrangers et voyageurs » (1 Pier. 2 : 11) et doivent se tenir constamment prêts pour le grand départ. — La fin du verset 41 doit se traduire : « C’est Le passage de l'Eternel, » traduction qui mieux que l'ordinaire « c’est la pâque de l'Eternel, » fait ressortir le rapport de ce verset avec les suivants. Il est à remarquer que le mot hébreu pésak, qui signifie passage, a été donné à la cérémonie destinée à commémorer le grand passage, ainsi qu’à l'agneau pascal. C’est ce mot qui, avec une légère modification, a passé dans les langues occidentales (Pàque).
12, 13. Le « passage » de l'Eternel au travers de l'Egypte (par lintermédiaire sans doute de l’Ange de l'Eternel) amena sur les Egyptiens un jugement épouvantable, tandis que les demeures des Israélites furent épargnées, parce qu’elles étaient arrosées du sang de l’agneau pascal. C’est ainsi que, lors du jugement dernier, tandis que les impénitents seront frappés par une juste condamnation, Dieu fera miséricorde à tous ceux qui auront eu part à « l’aspersion du sang de Christ. » ([Pier. 4 : 2.) — Les « dieux de l'Egypte » devaient être frappés, c’est-à-dire que l'impuissance des faux dieux, objets de la confiance des Egyptiens, devait être manifestée d’une manière éclatante. Mais il s’agit probablement aussi d’un jugement sur les malins esprits (démons) qui exerçaient leur domination malfaisante sur l'Egypte. C'était la croyance des Pères de l'Eglise. (Voy. l'explication de 7 : 41.)
14-20. Aux ordres sur la célébration de la première Pâque succède l'invitation à la célébrer chaque année, à perpétuité, comme commémoration (il faut traduire : « Ce jour vous sera en mémorial ») de la sortie d'Egypte. Les motifs de cette institution ont été expliqués à l’occasion des versets 1, 2.
— Le mot « perpétuel » (ou « éternel ») a icile même sens que dans les passages analogues ; 1l embrasse toute la durée de l’existence du peuple juif. (Pour plus de détails voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de 13 : 45 et 17 : 7, 8.) La Pâque est encore célébrée aujourd'hui par les Israélites, mais avec quelques modifications amenées par la dispersion du peuple et la privation d'un lieu de culte central. — Afin d'imprimer à cette fête uneplus grande solennité, le législateur lui donne une durée de sept jours (vers. 15). Nous voyons encore ici le nombre « sept, » le symbole de la bénédiction divine. (Voy. l’explication de 7 : 25.) La fête proprement dite, dite « de la Pâque » ou «des pains sans levain,» commençait avec le 15 Nisan et se terminait le 21. Mais le jour précédent, 14 Nisan, vers la fin duquel on préparait (immolait) agneau, conformément à verset 6, pouvait être compté comme appartenant à la fête, parce que ce jour-là on commençait à s'abstenir de pain levé (vers. 18) ; aussi Joséphe donne à celle-ci une durée de huit jours (Ant. 2, 15, 1); et c’est probablement ainsi qu’il faut expliquer le passage des Evangiles (Math. 26 : 17) où « le premier jour des pains sans levain » est indiqué comme celui où Jésus ordonna à ses disciples de préparer la Pâque ; ils’agit du 14 Nisan, veille du commencement de la fête dans le sens strict du mot. Mais ce fut le 15 Nisan (c’est-à-dire dans la soirée qui commençait ce jour le premier de la fête), et en même temps que les Juifs, que notre Seigneur et ses disciples mangérent la Pâque, et ce fut aussi dans le courant de ce même jour que Jésus fut saisi, condamné et mis à mort ; ainsi ce jour solennel coincida avec le premier jour de la fête juive. Le passage de l'Evangile selon St. Jean (18 : 28) se concilie avec les données des autres Evangiles par la supposition que les mots «manger la pâque > (c’est à tort que Martin a introduit l'agneau qui n’est point dans le texte) se rapportent non à l'agneau pascal (qu’on avait déjà mangé la veille au soir), mais aux pains sans levain et à d’autres repas solennels qui avaient lieu pendant la fête. Dans le même Evangile (19 : 49) il est parlé du jour de Ja mort de notre Seigneur (le vendredi 15 nisan) comme celui de « la préparation des Juifs, » probablement parce que le lendemain, jour de sabbat, tombant pendant la fête, était par-
ticulièrement sacré. (Pour plus de détails voir le Dictionnaire biblique de Bost, article Pâque.) — Quant à l’usage des « pains sans levain » nous renvoyons à l'explication du verset 8. — La transgression de cet ordre était punie de la même peine que la négligence de la circoncision, savoir la mort, car tel paraît être le sens de l’expression « retrancher. » (Voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de Gen. 17 : 14.) — Le premier et le dernier jour de la fête devaient d’après vers. 16 être comme le sabbat consacrés au repos et au service divin (idée exprimée par : « sainte convocation » ou «sainte assemblée »). — Quelques commentateurs pensent que l’ordre relatif à la célébration annuelle de la Pâque ne fut communiqué à Moïse qu’après la sortie d'Egypte, parce que, au verset 17, le verbe se trouve au passé (littéralement : «en ce jour même a fait sortir Vos armées du pays d'Egypte »), mais ce passé est le passé prophétique, fréquent dans nos saints livres (voy. explication de 8 : 93) : Martin a donc bien traduit : « j'aurai retiré. » — D’après le verset 19 les étrangers étaient aussi soumis à la loi des pains sans levain, sans doute d’un côté, afin que les Israélites fussent d'autant mieux préservés de la tentation, de l’autre, en vue des étrangers eux-mêmes, afin de porter leur attention sur les priviléges de l’alliance. (Comp. Gen. 17 : 19, 13.) 21-97. Ces versets renferment (en substance) le discours dans lequel Moïse fit connaître au peuple (par l'intermédiaire des anciens) les ordres qu’il avait reçus de l'Eternel. — Sur les «anciens » voy. explication de 3 : 16. — La plante que nous traduisons par « hysope » était probablement une espèce d’origanum, plante odoriférante, à fleur bleuâtre, de la famille des labiées ; elle s’employa dans la suite pour les purifications (Lév. 14 : 4 ; Ps. 51 : 7). — Les maisons, garanties par le sang dont elles avaient été aspergées, formaient un asile, qu'il eût été dangereux de quitter (vers. 22). — Le « destructeur, » c’est-à-dire : l’Ange de l’Eternel : voyez lPexplication du verset 12. — Les versets 25-27 montrent avec quel soin les parents doivent faire connaître à leurs enfants les vérités et Les devoirs de la religion. — La Pâque est avec raison appelée « un sacrifice » (vers. 27), puisqu'il y avait immolation d’une victime ; c'était à la fois un sacrifice d’ac-
tions de grâces et une expiation. (Voy. explication de vers. 7). — L’attitude du peuple (sans doute lorsqu'il reçut à son tour la communication des anciens) exprimait la reconnaissance, l’humilité et la foi aux promesses de l'Eternel. Exemple à suivre quand nous lisons ou écoutons l’Ecriture sainte.
$ 4. La dixième plaie.
Chap. XIT; 29-36.
98. Ces quelques mots constatent l’obéissance du peuple aux ordres divins, la manducation de l’agneau, etc.
29, 30. Exécution du jugement annoncé dans 11 : 5. Il fut plus accablant que tous les précédents, parce qu'il frappa les Egyptiens, non plus seulement dans leurs biens, ou dans leur santé, mais dans les objets de leurs affections et de leurs espérances. Cette plaie fut rendue encore plus saisissante par l'heure à laquelle elle eut lieu : « au milieu de la nuit. » Il s’agit de la nuit qui suivait le 14 Nisan et qui formait :e commencement du 19me. Le départ du peuple eut lieu dans la même journée. Et ce fut encore le 15me Nisan que s’accomplit environ 4500 ans plus tard la grande délivrance dont la sortie d'Egypte était le prélude. — Les mots « assis sur son
. trône » doivent s’entendre comme dans 11 : 5.
31-33. Pharaon, frappé de terreur, et craignant probable: ment d'attirer la mort sur sa propre personne, s’il résistait plus longtemps, donne enfin la permission demandée, et son peuple se montre animé des mêmes sentiments.
94. Ces « huches » ou « pétrins » étaient probablement de petite dimension. É
39, 30. L’explication de ces versets se trouve donnée à l’occasion de 3 : 21. Il n’y eut de la part des Israélites ni un vol, ni un.emprunt ; il ne faut done pas traduire comme la plupart de nos versions françaises « ils les prêtèrent, » mais comme la nouvelle version de Lausanne : « ils accordérent leurs demandes. » En hébreu il y a littéralement : « ils firent qu’ils demandèrent. »
$ 5. Le depart:-
Chap. XII, 37-81; XIII; XIV; XV, 1—91.
31. Sur la position de Ramses voy. 1 : 11. « Succoth » était au sud-est de cette ville, encore dans le pays de Gosen. Il faut traduire : « Ils partirent de Ramses dans la direction de Succoth. » Il paraît que Ramses servit de lieu de rassemblement. — « Hommes de pied, » c’est-à-dire, en état de porter les armes. Le chiffre indiqué suppose que le nombre total des Israélites s’élevait à environ 2 millions et demi, premier et frappant accomplissement de la promesse (Gen. 12 : 2). Cet accroissement considérable a été expliqué à l’occasion de 1 : 7. — L’expression « enfants » désigne ici tous les membres faibles de la famille : enfants, femmes, vieillards.
38. Littéralement : « Il s’en alla aussi avec eux un grand mélange. » Beaucoup d’Egyptiens furent poussés à accompagner les Israélites, la plupart sans doute par des motifs d’intérêt, ayant remarqué combien ce peuple avait prospéré, quelques-uns peut-être aussi parce qu’ils étaient frappés des signes de la bénédiction divine qui reposait sur lui. Toutefois dans la suite ces étrangers devinrent un piége pour Israël. (Nomb. 11 : 4.)