‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 10 sur 57 · Ô COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

Ô COMMENTAIRE

temeût à lui procurer Tappui de Tautoritt^ : et rhomme que cette autorité contrari€ ne voudmit pas la Voir an<(antie, maî^ seulement déplacée.

Prenez au hasard quelqu'un de nos philosophes lefe plus renommés, Mably, par exemple; il consacre six volumes à retracer , Thistoire de France en main, les malheurs des. peuples ^t les crimes du pouvoir. Les faits .qu'il recueille et qu'il comrhente ne nous offrent certes psl^ les gouvernants comme meilleurs que" Iç^ gouvernés : et tout esprit juste se^ roit porté à conclure de ces faits , que l'autorité doit être liji(itée le plus qu'il est possible, et qu'il faut soustraire à son action malfaisante toute la portion de l'existence humaine dont la nécessité la plus im-< périeuse n'exige pas l'asservissement.

Mais suivez maintenant Mably dans ses théories. Cette autonté qu'il a trouvée si funeste et si nuisis ble dans la pratique, il se la figure tout-à-coup bienfaisante, équitable, éclairée: il lui livre l'homme tout entier cémme à un protecteur, un tuteur et un guide, lia loi, dit-il ( et il oublie que la loi ne se fait pas toute seule et qu'elle est l'œuvre des gouvernettients ) , la loi doit s'emparer de nous dès les premiers momefits de notre vie, pour nous entourer d'exemples , de préceptes , dé récompenses et de châtiments. ÉHe doit diriger, améliorer, éclairer cette classe nombreuse et ignorante qui , n'ayant pas le temps de l'examen, est condamnée à recevoir les vérités mêmes sur parole et comrare des préjugés. Tout le temps où la loi noxts abandonne est un temps qu'elle laisse aux passions pour nous tenter ,

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mm Réduire et nous subjugqer. La loi doit expitey l'amour 4u travaU , graves dans lame de ia jeunesse le respect pQ^r |a morale , frapper Tiaiagipatioa p^f 4^ îûstîttitiQns habilewieut cbf^bifliée^, pénétrer jusqu'au fond des cœurs pour en arracher les peu- *ées coup^bleÉi, au |ieu d^ ^e bprjpier ^ i^omprimer les ^tiofts nuisiblp^ , prévenir les crimes au lieu dp les punir. La Ipi dpit régler nos moindres mouvements , présider à la diff^sion de^ lumières , ^u développement de l'industrie, au perfeaionnement des arts, condiiire compie p^f h mai^ la fiotulp aveuglp qu'il faut instruire gt la foijle corrpmpue qu'il faut corriger (i). ^, j

Qui ne croiroit, fsn^Jpant tQut qe que la loi doit faire, qu'elle (iescend du ciel, pure et li^faillibliî , sans avoir besoin 4e reco^rir à des intemiédiaires , dont le3 ^reurs )a faussent, dont les calculs personnels la défigurent, dont les vices la souillent pf la pervertissent. M^is s'il n'çn est pas ajgtsi, si la loi est Touvrage des hommes^si elle est empreinte de leurs imperfections, de leurs foiblesses et de leur perversité, qui ne sent que l'ouvrage pe mérite pas pli|s

(i) Je dois prévenir le lecteur que m*étant proposé il y a quelque temps de publier, en une «ërie d'artides , dans un oURrajçe périodique, ^a essai sur Içs limites que la loi ne doit point fraj^chir, j'avois commencé par établir qapf^ues unes des id&s que je développe ici. Il m'eût été impossible de me passer de ces idées qui sont la base de toute ma doffÉ'ine;-et j'ai cru potavoir d'autaat i]^iens, les reproduire, que j'ai renoncé de très bonp^ bci}f;e au inoda de publication que j'avois adopté avant d'entreprendre ce Commentaire , de sorte que les morceaux déjii imprimés sont en très petit nombre, et que leur rédaction a éU considérablrment modifiée.

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de confiance que ses auteurs, et qu'eux-mêmes n'ont pas droit à nous en inspirer davantage sous un titre que sous un autre. Nous les redoutons comme gouvernants, parceqù'iK sont despotes ; nous les redoutons comme peuples , pafcequ'ils sont ignorants et aveugles. Un changement de nom ne change point leur nature. Il me semble que voilà d'assez fortes raisons pour nous défier d eux , lors même qu'ils trouvent convenable de s'intituler léjgislateurs.

Je l'ai dit, il y a long-tertjps (i) , et je le répète': une terminologie abstraite et obscure a fait illusion aux publicistes. L'on diroit qu'ils ont été dupes des verbes impersonnels dont ils se servoient; ils ont cru dire quelque chose en àisdÊLi : Il faut diriger l'opinion des bommes ; on ne doit pas abandonner les. bommes atix divagations de leur esprit. Il faut influer sur la pensée. Il y a des opinions dont on peut tirer utilement parti pour tromper les hommes. Mais ces mots : Il faut ^ on doit^ on ne doit pas y ne se rapportent-ils pas à des hommes? On croiroit qu'il s'agit d'une espèce différepte. Cependant toutes ces phrases qui nous en imposent se réduisent à dire : Les hommes doivent diriger les opinions des hommes ; les hommes ne doivent pas abandonner les hommes à leurs progrès divagations. Il y a des opinions dont les hommes peuvent tirer parti pour tromper Jes hommes. Les verbes impersonnels semblent avoir persuadé à nos philosophes qu'il y avoit autre chose que des hommes dans les gouvernants.

(i) Des Constitutions et des Garanties. ]8i4-

SUR l'ouvrage de filangieri. 4'

II est assurément loin de ma pensée de vouloir affoiblir le respect dû à la loi , quand elle s applique aux objets qui sont de sa compétence. Je les indiquerai dans quelques instants. Mais prétendre , comme Mably, Filangieri et tant d'autres, étendre sur tous les objets la compétence de la loi , c'est organiser la tyrannie, et revenir, après beaucoup de déclamations oiseuses , à IVtat d'esclavage dont on espéroit se délivrer; c'est soumettre de nouveau les hommes à une force illimitée; également dangereuse , soit qu'on rappelle de son vrai nom, qui est despotisme, soit qu on la pjire d'une appellation plus douce , celle de législation.

Je rejette donc toute cette partie du système de Filangieri, dont, au reste, il s'écarte lui-même dès qu'il aborde les détails. La législation comme le gouvernemaent n'a que deux objets : le premier, de prévenir les désordres intérieurs; le second, de repousser les invasions étrangères. Tout est usurpation par-delà cette borne. L^ législation n'a donc point à prendre un ton différent chez les différents peuples ou chez les mêmes peuples en différents temp^: car dans tous les tçmps, les délits réels, c'est-à-dire les actes qui nuisent à autrui , doivent être rëpri* mes , et ceux qui ne nuisent à personne ne doivent pas l'être. La législation ne doit point s'occuper à détruire le» erreurs^ ni, quand elle détruit les erreurs, à soutenir dune main ce quelle abat de fortitre. Car les d'reurs ne doivent se détruire que d^ellesmêmes, et c'est ainsi seulement qu'elles se détruisent par l'examen et par l'expérience ; la législation

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n'a rien à y voir. Il ne sauroit être question de lois qui s'adaptent à [enfance des nations, à leur puberté, à leur maturité, à leur décrépitude^ parcequ'encor^ une fois, dans 1 enfance comme dans la puberté, I4 maturité ou la décrépitude des peuples, les attentats à la vi^p à la propriété, à la sûreté, sont des cijmes et doivent être punis. Tout le reste doit demeurer Ijl^re. D'ailleurs quand une nation est dans Ten-r fano)&, ses législateurs sont dans Fenfance. Le titr^ de législateur ne confère point de privilêgfs intellectuel (1). La législation ne doit point chercher k fixer les richesses dans Tétat et à les distrihif^r avec équité.

(1) Je prie le lecteur de remarquer qae je ne blâme point le fond àe ridée de Filangieri, dans ce qai a rapport à la proportion qui doit exitter «ntre les lois d'un peuple et l'état de ropinioo , des lumières et de la civilisation chez ce peuple. Cette proportion est certainement indispensable : mais Filangieri dans ses métapboreâ paroit toujours attribuer au législateur le don de juger et de dé* termiaer cette proportion. Cest \k que Terreur rîteidr: c*est contre rhypothèse d'une dasse douée miraculeusement atine ^ag^cit.é surnaturelle <) hors de proportion elle-même avec lespations contemporaines, qûfe je m*élévf de toutes mes forces. Cette hypothèse sert d'apologie à toutes les oppressions ; elle justifie tantôt le refoB d^ améliorations les plus opportunes , tantôt ia tentative d'amélioratipns ou d'innovations préifnaturées qui ne sont que des fléaux. Cest sous ce prétexte qu'aujourd'hui les «hefs des nations s'oppo- •sent à la restitution des droits qu'dles réclament et à la ^stmctton 4e8 abus dont elles s'indignent : et il y a cent ans que dans un sens contraire, sous ce même prétexte , Pierre l^** tojurmenloit les Russes; il y en a cinquante que le marquis de Pombal courboit les Portugais sous ua jl^g de fer; il y en a quarante que Joseph II mécontentoit la Bohême, la Belgique , rAutricheet la Hongrie.

Nul doute que la proportion entre les lois et les Jdées populaires ne soit nécessaire; mais pour établir cette proportion, c'est a la %erté qu'il faut recourir, et la plupart du temps ce ne sont pstt <dfls lois qu'il faut faire , ce sont des lois qu'il faut abroge.

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Leé richesses se fixent àsA$ un état quand il y a lihetté et sécurité; et pôur qu'il y ait ces deux choses, il suBit de la répressîioti des crimes. Les richesses se distGbbuent et se répartissent d'^elles^mémes dans un parfait équilibre , quand la division des propriétés n^est pas gênée et que lexercice de Tindustrie ne rencontre point d'entraves. Or ce qui peut arriver de plus favorable à l'une et à l'autre, c'est la neutralité, le silence de la loi. La législatian (je l'ai dit ailleurs chttp. III ) n'a foinlk protéger [agriculture. L'agriculture est efficacement protégée, quand toutes les classes ont leurs garanties et sont à l'abVi des vexations. Jja'Loi n'a point à prévenir {excès de (opulence^ parceque cet excès ne s'introduit chez les peuples que lorsque la loi le sollicite et en quelque sorte l'appelle. C'est d'ordinaire à l'aide des lois, des institutions, des privilèges héréditaires, que les fortunes colossales èe forment et se maintiennent. Ensuite on fait des lois pour s'opposer à leur accroissement immodéré, et c'est encore un mal. Abrogez les loi$ qui les favorisent; vous n'aurez pas besoin de lois qui les répriment. Ce sera un double avantage. Car les premières vexent et avilissent le pauvre , les secondes gênent et corrompent le riche. Les |H*emières arment les diverses classes de. citoyens le& uns contre les autres : les secondes arment contre les. institutions k dasse de citoyens qui sert d^exemple au reste. La discriliution de [honneur et de [infamie est exclusivement du ressort de l'opinion. Quand la loi veut y intervenir, îopinion se Cabre et annuile les arrêts législatifs. Léduùàti&n appartient a^ pà-

rents, auxquels par la nature les enfants sont conr fiés. Si ces parents préfèrent Téducation domestique , la loi ne peut s'y opposer sans être usurpatrice. Enfin les talents n'ont pas besoin que la loi kur donne une direction. Les passions doivent être réprimées quand elles entraînent des actions contraires à Tordre public : mais la loi ne doit se mêler ni de les faire naître ni d'en tirer parti : et la force productrice des vertus, ce n'est point la loi, mais la liberté. , ^

Toutes les expressions de Filangieri dans 'cette analyse de son livre et dans plusieurs parties de ce livre même , sont essentiellement vagues et impropres: c'est là le grand défaut de l'ouvrage. On s'aperçoit clairement que les idées de l'auteur n'étoient pas assez fixées. Il avoit entrevu que presque tous les obstacles au bonheur des hommes et au développement de leurs facultés venoient des mesures mêmes que les. gouiernements prennent sous prétexte de seconder ce développement et d'assurer ce bonheur; mais il ne s'étoit point suffisamment convaincu que ces obstacles ne seroient pas levés par d'autres mesures des gouvernements, mais par lab- «ence de toutes mesures positives; et en relevant avec justesse les inconvénients de ce qui existoit,ila sans cesse employé des expressions qui impAiquent une action directe. Ce vice de rédaction empêché l'ouvrage d'avoir un résultat décidé, et le lecteur d'arriver à ce résultat que tous les faits confirment. Ce résultat, c'est que les fonctions du gouvernement sont purement négatives. Il doit réprimer les désor*

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dres, écarter les obstacles, empêcher en un mot que le mal n^ait lieu. On peut ensuite s^en fier aux individus pour trouver le bien.

Je reviendrai sur chacun des objets qui sont sommairement indiqués ici , quand les chapitres de Filangieri my ramèneront successivement. J'ai dû seulement énoncer la vérité fondamentale : et Ton verra que Fexamen de chaque question particulière ne fera qu'entourer cette vérité de plus d'évidence.

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