‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 9 sur 57 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

De Finfluence que Filangieri attribue à la législatieu.

( Plan raisoBiië de toaYnçe. P. i5. )

Le plan raispimé que Filangieri a mis à la tête «le son livre n^ëtant autre chose qu^une a9aly^ abré- ^ée de Touvrage entier,' et toutes les idées que reuferme cette analyse se retrouvant par conséquent dans Touvratge même, j'ai cru devoir m'interdire ici toutes les observations de détail. Mais il en est utie qui se rapporte au système général de Técrivain, et qui, bien qu'indiquée dans les chapitres précé* dents, a besoin d'être reproduite et développée.

Filangieri, comme je l'ai dit ailleurs, est tombé dans une méprise commune à plusieurs philosopher bien intemionnés. De ce que l'autorité peut faire Jbeaucoup de mal , il en a conclu qu'elle pouvoit également faire beaucoup de bien. Il a vu, danà tel pays, les lois prêtant leur force h la superstition , et comprimant Tessor des facultés individuelles : il les a vues dans telle autre contrée , encourageant des «iodes d'éducation vicieux et absurdes; dans telle autre encore, imprimant au commerce, à l'industrie, aux spéculations de l'intérêt personnel, une direction iausse. U a <^u que des gouvernements qui marcheroi ent dans une route contraire seroient aussi favorables au bonheur et aux pmgrès de l'espèce hu^

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maine que les premiers lui étoient nuisibles. Eitf conséquence, il considère sans cesse, dans son ouvrage, le législateur comme un être à part, audessus du reste des hommes, nécessairement meilleur et plus éclairé qu'eux : et s'enthousiasmant pour ce fantôme créé par son imagination, il lui accorde sur les êtres soumis à ses ordres une autorité qu'il ne songe que par intervalles à contenir ou à limiter. C'est ainsi qu'il nous parle du ton différent que doit prendre la législation chez les différents peuplés en différents temps (pag* 5)J de la manière dont^en détruisant des erreurs funestes y elle doit soutenir dune main ce quelle abat de Pa:utre (pag. 6); des lois qui doivent sadapter à l'enfance des nations, suivre les mouvements de leur puberté, attendre leur maturité et prévenir leur décrépitude ( ibid. ) ; du soin que doit apporter le législateur à fixer les richesses dans (état et à les distribuer avec équité (p. ii)\de la protection qu il faut accorder à [agriculture sans négliger tes arts (pag. 12); des moyens de prévenir par les Icks [excès de [opulence qui entraîne à [excès de la misère (pag. i5 ); de ta distribution légale de [honneur et de [infamie y pour agir puissamment sur [opinion (pag. 18); des obstacles quil est désirable d opposer à [éducation domestique, trop indépen^ dahte de la législation, et qui ne doit être tolérée que chez un petit nombre de citoyens (pag. 21); de la direction à donner aux talents, du parti que le législa^ teurpeut tirer des passions et de la force productive dés vertus Çihid.).

De la sorte , dans cette partie de son système , Fir*

SUR l'ouvrage de filangieri. 37

langieri confère au législateur un empire presque ^sans bornes sur Texistence humaine , tandis qu'ailleurs il s'élève avec beaucoup de force contre les empiétements de Pautorité.

Cejtte contradiction lui est commune avec un ^and nombre d'écrivains que la liberté compte cependant parmi ^es plus zélés défenseurs.

Pour expliquer cette inconséquence , quelques dévelopipements me sont nécessaires, et j'ai besoin d'obtenir de mes lecteurs un peu d attention.

Tous ceux qui ont écrit sur les gouvernements les ont, sans le savoir, envisagés simultaném«nt sous deux points de vue, et les ont jpgés, souvent dans la même phrase, tantôt d'après ce qu'ils sont, tantôt d Câpres ce qu'ils voudroient qu'ils fussent. En jugeant les gouvernements d'après ce qu'ils sont, ces écrivains les ont traités fort sévèrement. Us ont expâsé à la haine et à l'indignation publique les vices, les erreurs, les faux calculs, les intentions malveillantes, l'ignorance obstinée, les passions envieuses des hommes revêtus de la puissance. Mais quand ils ont jugé les- gouvernements d'après ce qu'ils voudroient qu'ils fussent , ils se sont exprimés d'une manière to^te différente. Leur imagination leur a présenté les gouvernants comme des abstractions, elle en a fait des êtres d'une autre espèce que les gouvernés, et jouissant d'une supériorité incontestable en vertus, en sagesse, en lumières.

Ce double mouvement s'explique sans peine , lorsqu'une fois on l'a remarqué. Comme chacun désire que son opinion triomphe , nul ne renonce compté-

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