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ment que oette base est ébranlée , ces institutions doivent chanceler. En conclura-t-on qu'il faut raffermir Taristocratie ? on l'essaieroit en vain. On ne remonte pas le torrent ; il faut le suivre en dirigeant le navire àt manière à n'être pas brisé contre les écueils. Il faut que PAngleterre conserve ce qui est bon dans son organisation actuelle , une représentation nationale, la liberté dés discussions, celle de la presse, les garantiesjudiciaires. Il faut qu'elle re* nonce à sa concentration des propriétés qui crée des millions de prolétaires , et à son aristocratie qui n'a plus de clientèle , ni par conséquent d'utilité.
P. S. Pendant l'impression de cet ouvrage , plusieurs faits se sont réunis pour corroborer mes assertions.
Des associations agricoles, composées de riches propriétaires, ont pris, sur divers points du royaume , des résolutions qui , toutes , sous des formes différentes, et d'une manière plus ou moins directe, aboutissent à une proposition de banqueroute.
Parmi ces résolutions, celles de l'association agricole du comté de Worcester, présidée par sir Thomas Winnington, méritent une attention sérieuse.
Il a été résolu unanimement dans cette assemblée :
i** Que la détresse de l'agriculture et la souffrance des intérêts agricoles ont été pleinement prouvés;
1^ Que le comité de la chambre des communes s'oppose à tout remède efficace, en posant pour principe que la cause de cette détresse a été l'éléva-
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tion des prix occasionée par le cours forcé du pa* pier^monnoie , et en supposant qu'aujourd^hui ces prix redescendront naturellement au niveau que ce concours du papier-monnoie avoit dérangé ;
3° Que Fopinion de Tassociation est que les prix de tous les objets, production, travail et rentes, ont doublé depuis Fexistence du papier-monnoie ; que 1 accroissement des taxes est fondé sur ces prix doubles, et que la masse de la dette nationale et des dettes et obligations particulières a été contractée d'après le doublement de ces prix ;
4^ Que l'association ne sauroit comprendre comment il seroit compatible avec la bonne foi que les prix de la production et du travail , c'est-à-dire les revenus du propriétaire foncier et du cultivateur, fussent réduits au taux antérieur à l'introduction du papier-monnoie forcé , tandis que les intérêts de la dette et le salaire des places et des sinécures , c'està-dire les revenus du créancier de l'état et des salariés du gouvernement, seroient exempts de celte réduction.
Si l'on traduit ces résolutions en style vulgaire, on trouvera qu'elles signifient que le rétablissement des paiements en numéraire faisant baisser le prix des denrées , et par conséquent le revenu de ceut qui les produisent et les vendent, il faut, en bonne justice , faire baisser, suivant une égale proportion , Tinté rêt des fonds publics et les salaires des fonctionnaires.
Quant à la réduction des salaires , c'est utae mesure évidemment juste. Personne n'étant forcé d'ac-
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cepter des fonctions ç^lariées, nul na droit de se plaindre de la modicité de leur rétribution , puisque chacun est libre de les refuser.
Mais la réduction de la dette ou des intérêts de cette dette est une question d'un tout autre genre. Ce n'est point à démontrer l'iniquité d'une telle violation de la foi jurée que je m'arrêterai ; je n'insisterai pas même sur ce qu'elle auroit d'impolitique. Tout homme qui n'est pas^ étranger aux premières notions du crédit public sait qu'il y a des atteintes dont il ne sauroit se relever ; ou du moins il ne s'en relève que lorsqu'un bouleversement complet ayant frappé de mort le gouvernement coupable de ces atteintes, un gouvernement nouveau se présente et semble offrir plus de garanties. Ainsi, après la chute du directoire, qui avoitfait banqueroute en 1797, le crédit de la France a pu renaître sous Bonaparte, qui avoit renversé le directoire, parcequ'il n'étoit pas responsable des infidélités directoriales, et qu ou pouvoit lui attribuer l'intention de réparer les fautes d'un gouvernement dont il étoit à-la-fois l'héritier et le vainqueur. Mais le gouvernement anglois, manquant à ses engagements, ne regagneroit jamais la confiance. Il faudroit d'autres hommes, d'autres choses, d'autres institutions, d'autres formes^ il fau*^ droit, en un mot, une révolution. Si cette révolution ne s'opéroit pas, que seroit en Europe le gouvernement anglois privé de crédit ? Sa population ne lui permet point d'intervenir par lui-même dans les querelles continentales : il n y figure que par. ses alliés. Or il n'a d'alliés que ceux qu'il soudoie \ il nç
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ks soudoie que par des emprunts. La source des emprunts tarie, que deviendroit-il? L'Angleterre nWcuperoit pas alors une place plus importante que la Sardaigne dans la politique européenne.
Je ne dis rien du bouleversement intérieur qu'entraîneroit la réduction de la dette. Un mot échappé aux auteurs des résolutions que je viens de transcrire rindique suffisamment. Les dettes et obligations particulières, disent-ils, ont, aussi bien que la dette nationale, été contractées d'après le doublement du prix des denrées et du travail. Ils n'ajoutent point, il est vrai, que les dettes particulières devroient être réduites comme la dette publique ; mais ' la conséquence découle de leurs principes. L'injustice a sa logique , aussi, péremptoire que la logique de la loyauté; et ceux qui veulent aujourd'hui -dépouiller les créanciers de l'état pour dimii^uer les taxes qui servent à les payer, appliqueront d'autant plus volontiers la régie qu'ils invoquent à leurs propres créanciers , qu'ils seront fondés dans l'application*
Sans doute, entre les résolutions de quelques associations de province et les déterminations du parletnent , dominé par des ministres qui connoissent assez bien leur position , l'intervalle est considérable : toutefois remarquez le progrès des; idées depuis quatre ans.
. En 181 7, une pétition reposant sur. la doctrine adoptée maintenant par l'association agricole de Wbrcester, fut signée en plein air par quatre mille individus de classes très inférieures: personne n'y fit
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la moindre attention. En i8i8, une autre pétition dans le même sens fut adressée à la chambre des communes : on en écarta la lecture, en disant qu'elle étoit beaucoup trop longue. En 1819, un ministre traita toute demande de réduction de la dette de projet coupable et de crime de haute trahison. En
1820, on mit en accusation des réformateurs, pour avoir dit que les créanciers de Tétat étoient des créatures rapaces (rapacious créatures): voilà pour la résistance. Voici pour les progrès : dans la dernière session, M. Littleton, grand propriétaire, a dit que ces mêmes créanciers de Fétat étoient des monstres dévorants {monsters of consumption) ; et pour cette expression , plus forte que celle de créatures rapaces , il n'a pas même été rappelé à l'ordre. Enfin , en
1821 , voilà que le même langage est tenu, non par des réformateurs ou par un homme isolé imbu de leurs doctrines, mais par des possesseurs de vastes propriétés territoriales , par des hommes en grand nombre et faisant partie des classes les plus élevées.
Que si maintenant on me demande ce qu'il y auroit à faire pour ne pas se briser contre Fécueil vers lequel on est poussé par une force presque irrésistible , je répondrai que j'aperçois les causes, que je prévois les effets, mais que, lorsque les remèdes sont de nature à blesser tous les intérêts actifs , et à rencontrer des obstacles dans toutes les forces organisées, il y auroit une présomption inexcusable à les indiquer. Je dirai cependant que rx4ngleterre étant ébranlée jusque dans ses bases, changer ses bases. par de violentes et subites innovations seroit hasardeux.
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Qu'elle emploie les débris de ses ressources artificielles, pendant qu elles lui restent encore , à gagner du temps, et qu'elle se crée, durant ce temps, des ressources moins factices: qu'elle soulage le pauvre en abolissant ses lois prohibitives ; Tindustrie libre lui vaudra mieux que des taxes qui perpétuent sa misère , en la secourant au jour le jour : qu^elle permette à Taisance de naître d'elle-même, en n'interdisant plus la division des propriétés: qu'elle renonce à sa concentration aristocratique des richesses comme du pouvoir. Peut-être de la sorte, avant le terme inévitable de sa vie artificielle, parviendrat-elle à se procurer les germes d'une vie politique plus en harmonie avec la tendance impérieuse et invincible des sociétés européennes. Je dis peut-être ; car je ne sais s'il n'est pas trop tard.