‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 17 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Objet de cette seconde partie.

Giss't avec un mélange de contentement et de regrets que je quitte le champ de la politique.

D^une part, il est possible qu^en me prescrivant un silence complet sur ce qui regarde les questions les plus élevées de Inorganisation sociale, je renonce à développer quelque idée utile , qui auroit à une époque quelconque trouvé son application : car le triomphe des idées utiles n^est jamais qu'une question de date; mais le retard est fâcheux parfois pour les individus et même les générations contempo-^ raines.

D'un autre côté , depuis que les hommes d'état de l'Europe ont adopté pour maxime que toute amé-r lipration doit venir du pouvoir, seul, être accordée exclusivement par lui, et n'être accordée que lorsque

COMMENTAIRE. -^ x" partie. A

les peuples n'ont fait aucune tentative pour imposer des conditions ou tracer des limites à Tautorité, personne, ce me semble, ne doit intervenir dans ce qui touche au gouvernement; personne ne le peut sans affronter des périls inutiles, et, ce qui est plus grave, sans appeler sur sa tête une responsabilité morale qui me paroît un trop lourd fardeau.

En effet, n'est-il pas incontestable qu en démontrant l'existence d'un abus, la nécessité d une réforme, on s'expose à en faire naître le désir dans l'esprit d'une multitude qui souffre de cet abus ou qui gagneroit à cette réforme? et qui peut prévoir le résultat d'un désir né de la conviction et devenu plus ardent par les obstacles mêmes? Mais si ce desir entraîne les nations à des réclamations trop hardies, ou à des actes irréguliers, il s'ensuivra qu'elles seront privées pour un temps beaucoup plus long des biens qu'elles sollicitent. C'est à ce triste résultat que je ne veux contribuer d aucune manière.

Je ne m'exagère point l'influence qu'exercent les écrivains,: je ne la crois point aussi étendue que les gouvernements la supposent; mais cette influence existe pourtant. C'est à elle qu'on a dû l'abolition des rigueurs religieuses, la suppression des entraves du commerce, l'interdiction de la traite des noirs, et beaucoup d'améliorations de divers genres.

Dans tout autre temps cette conviction eût ajouté au courage, elle arrête maintenant la conscience. Il est établi que d'en-haut seulement doit venir la lumière. Les vœux que celle qui viéndroit d'en-bas suggéreroit aux peuples seroient' une raison pour

SUR l'ouvrage de FILANGIERI. 3

qne raccompiissement de ces vœux fût indéfiniment ajourne, pour peu que leur manifestation fût imprudente.

Je me tairai donc sur la politique. Le pouvoir a réclamé pour lui seul la totalité de nos destinées.

Ces réflexions, il est vrai, s^appliqueroient peutêtre, si on les prenoit dans toute leur rigueur, aux objets qui m'occuperont dans cette seconde partie, aussi bien qu'à ceux que je crois devoir mHnterdire. Il me sera difficile de relever une erreur même financière ou commerciale , sans avoir Pair de donner uh conseil, d^indiquer un redresseinent. Toutefois ces sujets tiennent de moins près à ceux qui causent de Pombrage, et j'espère pouvoir, avec des précautions convenables, parler sans péril de la population, du commerce, et des impôts.

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