‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 21 sur 57 · COMMEISTAIHE · texte numérisé non relu

COMMEISTAIHE

comme en politique , comme en religion , comme en toutes choses, d'un extrême danger.

J'ai essayé de prouver dans mon Essai sur [esprit de conquête, que IVtat du genre humain dans l'antiquité étoit tellement différent de ce qu'il est de nos jours, que rien de ce qui est applicable à l'un de ces états nW admissible dans l'autre.

Pour né pas sortir de mon sujet, je passerai rapidement en revue les citations de Filangieri.

Je laisse de c6té les Hébreux, nation à part, dont la population est un article de foi plutôt qu'une donnée statistique.

Quant aux Perses, nous ne savons rien de positif sur la population dé ce vaste empire. Il est vraisemblable que les historiens grecs, pour rehausser les victoires de leurs concitoyeiis, ont exagéré le nombre des soldats que Xerxès et Darius trainoient à leur suite; mais en accordant aux récits *de ces historiens une confiance plus que raisonnable, il seroit encore très hasardé de conclure du nombre de ses combattants à celui des habitants de la Perse.

L'invasion de la Grèce ne fut point l'effet d'nne population surabondante comme celle de l'empire romain par les peuples du Nord. Ce fut Fœuvre d\in despote irrité qui versa sur le petit pays qu'il vouloit dévaster ses esclaves et ses nomades, sans proportion, sans règle et sanis mesure ; et ce qui prouve que cette invasion tï'avoit pour cause ni un besoin ni un penchant naturel, c'est que deux victoires à de» époques assez rapprochées firent justice de cette e6t^'éprisé, tellement que rien de pareil ne se re-

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nouvela dans la suite. Les rois de Perse corrigés attendirent qu^Alexandre vînt les attaquer et les détruire.

Si nous réfléchissons que Pempire des Perses se composoit en grande partie de pâturages , où des tribus vagabondes vivoient avec leurs troupeaux , nous reconnoîtrons que cet empire devoit être beaucoup moins peuplé que si ses habitants se fussent adonnés exclusivement à Tagriculture et à Tindustrie. Citer comme exemple, dans un chapitre sur la population,un peuple dont une moitié se consacroit à la vie pastorale ou au pillage, est une idée malheureuse.

Tous les préceptes religieux ne changent' rien à la nature des choses ; et les dogmes du Sadder que Filangieri vante ne pouvoient faire, ni que des hordes de pasteurs et de brigands trouvassent des moyens de subsistance suffisants pour favoriser la population , ni que la population s^accrût au-delà des moyens de subsistance.

Mais on voit que le publiciste italien n^avoit été frappé que d'une seule pensée. Il avoit trouvé dans les extraits dix Zendavesta des exhortations à la multiplication de l'espèce ; et sans examiner leurs effets réels , il s'étoit mis en admiration du moyen en luimême.

Cela même étoit ui^e grande erreur. En supposant que dans la Bactriane, çù probablement le Zendavesta fut compilé, les exhortations religieuses eussent produit le résultat qui étoit dans Fintention du législateur; transporter ce moyen d^ac^ion dans nos

temps modernes, industrieux, éclairés, seroit une tentative chimérique.

Je suis loin de penser que les progrès des lumières enlèvent à la religion toute espèce dïnfluence ; mais alors rinâuence de la religion n est plus une influence directe qu'on pourroit appeler législative. Elle adoucit les mœurs, elle élève l'ame, elle donne à Fensemble de la vie humaine une tendance plus pure et plus morale ; mais elle ne sauroit se mettre en lutte contre la puissance de Tintérét ni contre l'évidence du calcul. L'Efvangile auroit beau recommander le mariage avec autant et plus d'instance que le Zendavesta, il n'y auroit pas un mariage de plus chez un peuple arrivé à l'état de raffinement dans lequel nous sommes, et la raison en est simple.

Cet état de raffinement fait que le mariage est pour celui qui le contracte, sans avoir assuré les moyens de subsistance des enfants qu'il s'expose à procréer, le plus grand des fléaux; et comme les règlements qui protègent la propriété , condamne-^roient la famille à laquelle cet imprudent auroit donné naissance à une misère sans remède, les préceptes religieux, eit contradiction avec cet état de choses, seroient certainement enfreints ou éludés.

Si le pauvre brave ce danger, et peuple sans mesure, c'est qu'un penchant irrésistible, impérieux, qui veut se satisfaire à tout prix, l'aveugle et l'entraîne. Un précepte religieux qui transformeroit le plaisir en devoir, et presqu'en pénitence, auroit plutôt l'effet opposé; parceque ce précepte laissant la société telle qu'elle est pourroit, en d'autres termes,

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se traduire ainsi : Mettez au monde le plus d^enfants qull vous sera possible, pour que la faim que vous ne pourrez satisfaire, les maladies que vous ne pourrez soigner , vous en enlèvent la plus grande partie en bas âge; et pour que les autres, luttant contre les privations et le dénuement, et cëdant enfin à la tentation du crime, remplissent les prisons et meurent sur IVchafaud.

Quand Filangieri passe de la Perse aux républiques de la Grèce et de Rome, il marche sur un terrain plus solide. Il trouve des institutions fixes , des lois ëcri|es, des peines et des récompenses établies ; il les ënum.ère avec complaisance; il les loue avec effusion de cœur. Mais ces énumérations et ces éloges se terminent par une conclusion assez singulière: c^est que toutes les fois que les circonstances, les vices des gouvernements, la corruption des mœurs privées, en un mot , des obstacles quelconques se sont opposés à la population, les institutions, les lois, Fespoir des récompenses, la crainte des peines, tout a été inutile. N'auroit-il pas dû aussi en conclure que, lorsque de pareils obstacles n^existent pas, Tintervention des lois devient superflue? Laissez Fhom. me à lui-même, au moins dans ce qui dépend dW {Penchant naturel qu^il vous est difficile de restrein«dre, et qu'il vous seroit impossible d^ordonner. L'absence des vexations, la division plus égale des propriétés, et par là nriéme Faugmentation des moyens de subsistance ; voilà les vrais encouragements à Ja population , et non pas les discours d^un vieux tyran, comme Auguste , voulant repeupler, pour sa

commodité, Tempire qu^ii avoit dévasté, pour fonder sa puissance ; et s'élevant dans des harangues d'apparat contre la corruption , base de son régne , et sans laquelle ce régne n'auroit pu ni s'établir ni se prolonger.

Je dis tout ceci dans Thypothèse vulgaire que le plus haut degré de population soit toujours désirable: j'examinerai cette question tout-à-1'hcure. En attendant j'ai cru devoir réfuter cette niaise admiration pour des lois inefficaces même de leur temps, et qui seroient aujourd'hui bien plus intolérables ; admiration dont Filangieri n'est assurément pas le seul coupable , puisque les écrivains les plus distingués du dix-huitième siècle lui en avoient à l'envi donné l'exemple..

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