i aOMMENTAIRIE
Ce nVst pas seulement à une contineace contre Bftture, aux douleurs, aux maladies même que cette continence produit tout aussi bien que Texcès con-^ traire; ce nW pas seulement, dis-je, à ces maux que nous condamnons la portion laborieuse et malheureuse de notre espèce, c'est à un malheur plus durable, plus amer, et qui attend cette portion cruellement traitée précisément à la fin de sa -triste car* rière.
Car j^admets toutes les suppositions nécessaires pour rendre possible lUtopie de Fauteur anglois. Les ouvriers s^abstiendront dans leur jeunesse et du mariage et des plaisirs illégitimes- qui consolent au*jourd^hui les célibataires. La majorité de Vespéce humaine remportera journellement sur ses sens une victoire que les saints les plus austères du christia-* nisme regardent comme la plus difficile ^ une victoire pour laquelle le salut éternel ne sembloit pas à Téglise primitive une récompense trop élevée : la jeunesse de nos jours déploiera au milieu des ten«* tations nne impassibilité que les solitaires de laThé*^ baïde atteignoientàpeine par des macérations , des jeûnes, et des pénitences qui nous font frémir. Le jeune cultivateur. Partisan, parvenu à Tâge ou Uimage d^une femme fait bouillonner le sang, demeurera en présence d» la séduction aussi calme que saint Siméon Stylite au haut de sa colonne ; j'accorde plus encore, il ne se jettera pour se dédommager dans anouie autre jouissance dispendieuse. Il vivra chaste^ sans s'étourdir par le vin ^ sans se distraire par Yst^ musement, sans se permettre de détourner pour se
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pit>curer un momeat de relâche la moiiidfe par-* celle de ses économies. Est-il bien certain que ses efforts le condmront au but *quHl espère? On conviendra que la chose u'eBt pas assurée. L^ouvrier» malgré son stoïcisme pratique, pMit arriver à la vieiK lesse sans que ses économies se soient jamais t^oiivées suffisantes pour Tautcnriser à se marier. Dans queHe position senK-*il alors? Isolé, sans secours, sans famille , sans affections, sans un bras qui le soun tienne s'il est infirme , ofi qui le guide s'il est 4veu^ gle, il aura consumé sa vie dans des abstinence» douloureuses, pour se trouver au terme de sa carrière dans un déplorable abandon. J'aime bien Téconomie politique ; j'applaudis aux calculs qui noua éclairent sur les résultats et sur les chances de notre triste et douteuse destinée : mais je voudrois qu'on n'oubliât pas que l'homme n'est pas uniquement unsigne arithmétique, et qu'il y a du sang dans sea veines et un bes<Hn d'attachemeqt dans son cœur. Les mariages des pauvres ont beaucoup d'incon^ vénienta matériels sans doute; mais n'est*- ce rieo que d'ouvrir à ces êtres, dépouHléa de tout, des tré-> sors d'affection qui remplacent pottr eux ks trésors de la fortune , que nous avons tellement peur qu'ils ne nous enlèvent? Malgré tous les inconvé*aients de la multiplication des enfants dont la sub«i sistanee est incertaine , c'est 6ur-*tout.pour le pauvre que le mariage est désirable et indispensable ; le ridie pourroit s'en passer. Il a toujours de, quoi faire qu'on singe auprès de lui l'affection conjugale , fraternelle on filiale. Il tst sur de pouvoir s'entourer de l'appa-
rence de toutes les affections; et telle est la' misère de notre natare, que je dirai presque que la fortune donne aux affections qu'elle commande une espèce de réalité. Il y a^ autour des grands et des riches une atmosphère d'attendrissement qui n'est pas toujours entièrement factice. Mais le pauvre, où trouvera*t-il ces soins, ces secours, ceftte sympathie? Il ne sauroit les acheter comme nous , pbur se faire ensuite comme nous illusion sur leur source, leur profondeur, et leur étendue. Le mariage seul lui donne un être qui s'identifie avec lui , qui supporte avec lui les fardeaux que notre ordre social jette sur lui sans miséricorde, qui travaille avec lui, souffre avec lui, mendie avec lui:
Tout le monde copnoît la réponse de cet aveugle à qui Ton reprochoit de nourrir son chien. Et qui m'aimerai? dit-il. Ce peu de mots me paroît une réfutation éloquente du système froid et compassé qui, pour la plus grande commodité des classes niches, veut priver les classes pauvres, non seulement de la plus vive des jouissances physiques, mais de toutes les consolations qui résultent du lien conjugal et de la paternité.
On diroit qu'aujourd'hui nous en sommes venus à ce point que la naissance d'un enfant qui n'a pas sa subsistance assurée nous alarme comme lapprôche d'un voleur prêt à nous prendre ce que nous avons. G est aussi pousser trop loin, je le pense, les privilèges dé la propriété.
En disant tout ceci, je ne repousse que les conséquences quon a tirées d'un principe vrai. J'adopte
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tout ce qu on allègue contre les encouragements donnes à la population. Ces encouragements directs entraînent nécessairement, comme dit M. Malthus, un accroissement de mortalité ; aussi n^encpuragez pas le mariage par des moyens factices : ne l'imposez pas comme un devoir , mais ne le proscrivez pas comme un crime. Puisque vous croyez, ce que je crois aussi, que la Providence a fait de cette terre un monde d'épreuves^ permettez que ces épreuves portent en partie sur la classe favorisée par le sort. Ne choisissez pas toujours le pauvre pour lui prescrire des privations; si la classe pauvre multiplie, que la classe aisée se serre et se gène. Il faut, de votre aveu, plusieurs siècles pour que la population devienne telle , qu'avec la culture de tout notre globe mis soigneusement en valeur, là où il est susceptible de produire, la subsistance soit insuffisante. Alors comme alors. En attendant laissez aller les choses. La nature par ses rigueurs, l'intérêt personnel par ses calculs , mettront des bornes à la population , et la bienfaisance la soulagera , sur-tout si vous n'érigez pas aussi en délit la bienfaisance.
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