J2 COMMENTAIRE
u conséquent pour qui cet objet a le plus de valeur «et rapporte davantage. Or,- c'est pour le paysan «que l'agriculture est sur-tout productive, pour le » paysan qui visite son champ le premier le matin, « et qui le quitte le dernier le soir. La sueur du cul- «tivateur est le meilleur engrais des terres. Il est « dans la nature de l'homme d'aimer la propriété, et «aussitôt que l'on permet a la classe agricole d'ac- « quérir elle en trouve les moyens de reste. Cette
non agricoles n auront de propriété foncière que comme jouissance de luxe, et la propriété foncière, divisée et subdivisée, sera presque uniquement dans les mains des classes laborieuses. La (grande propriété est à-peu-près le dernier anneau de la chaîne dont chaque siècle flétache et brise ies anneaux.
« Résister à cette révolution seroit inutile, s*en affliger est io« sensé. Une difficulté presque insoluble a existé chez tous les peuples anciens, et chez beaucoup de peuples modernes'; elle a tantôt retardé rétablissement, tantôt troublé la jouissance de la liberté. Cette difficulté, c'étoit le peu de lumières de la clause vouée au travail, et le peu d'Intérêt que cette classe, composée de prolétaires , prenoit au maintien de Tordre ; l'antiquité n'avoit trouvé de remède à ce fléau que ddns l'esclavage. Tous les philosophes de la Orèce déclaroient l'esclavage une condition inhérente et indispensable de Tétat social. IK'est^il pas trop heureux que la division des propriétés délivre de ce péril la société de nos jours, et qu'elle attache le grand nombre à. la stabilité des institutions par son intérêt? Les gens qui déplorent cette division sont précisément ceux qu'elle sauve, en ré* pandant des lumières, de Taisance, et du calme dans la portion du peuple la plus dangereuse, quand elle est ignorante, pauvre, et agitée^
« La propriété foncière elle-même y gagne en culture et en valeur. Vous voyez ce que dit de la Prusse un auteur prussien; contemplez ce qui a eu lieu eu France depuis la révolution; comparez notre agriculture et ses produils à Tagriculture et aux produits du siècle dernier ; méditez, enfin sur TefEet de la multiplicité des prolétaires en v^ngleterre» »
SUR l'ouvrage de filangieri. 73
« classe alors se marie de boime heure, parcequ'elle il n'a pas d'inquiétude sur sa subsistance ; elle sait «que son travail est sa richesse et que ses bras sont « ses capitaux. Le berceau ne. tarde pas à se placer «près du lit conjugal, et la population augmente u dans un tel pays presque aussi vite que sur le sol «encore vierge de l'Amérique septentrionale. Ses « cultivateurs achètent arpents par arpents : d'abord «fermiers, et ensuite propriétaires, ils supplantent « bientôt cette race d'agriculteurs, héritière et imita- « trice de la féodalité et de la noblesse, et qui a un « précepteur pour ses enfants, une femme-de-cham- «bre pour sf femme, un cocher pour ses chevaux, « un chasseur pour ses chiens, un maître-valet pour « ses ouvriers, et une femme-de-charge pour ses ser- « vantes. Chez le vrai paysan , le maître et la mai- « tresse de la maison remplissent toutes ces fonctions « en une seule et même personne.
« Il est indifférent à letat de savoir entre quelles « mains la terre se trouve, pourvu qu'elle soit con- « fiée à des mains actives et laborieuses ; que ces « mains laborieuses aient pour ancêtres des privi- « légiés est Une chose de peu d'importance. La pro* « priété et la liberté, voilà ce qu'il faut. Par-tout, où « ces deux cho$es existent, l'homme est actif et l'au griculture florissante, comme le prouvent les ma-« « rais de la Hollande. Là où ces choses n'existent pas y «l'agriculture tombe, et avec elle la population, « comme le démontre l'Espagne, où le^ quatre cin- «quièmcs du territoire étant entre les mains du «clergé et de la noblesse^ une population de vingt
« millions a été réduite à dix. La Prusse, qui a dans « ce moment onze millions d'habitants, doit en avoir « seize dans Tan i85o, par le seul effet de la nou- <c velle législation sur ragriculture et de la division i( des propriétés. »
Tandis qu un auteur prussien démontroit ces vérités au fond de FAUemagne , tous les bons esprits les reconnoissoient en France. Écoutons à cet égard un homme que nous nWons jamais réfuté qu'à regret, et que nous approuvons toujours avec joie. « La a plus forte garantie que puisse recevoir Tordre éta^ « bli, dit M. de Sismondi dans ses Nouveaux Prtn-* u cipes ctéconomie politique^ consisté dàhs une classe <c nombreuse de paysans propriétaires. Quelque avants tageuse que soit à la société la garantie de la pro- « priété, c'est une idée abstraite que conçoivent diffi- « cilement ceux pour lesquels elle semble ne garantir (c que des privations. Lorsque la propriété des terres «est enlevée aux cultivateurs, et celle des manuu factures aux ouvriers , tous ceux qui créent la rite chesse, et qui la voient sans cesse passer par leurs u mains, sont étrangers à toutes les jouissances. Ils «(forment de beaucoup la plus. nombreuse portion H de la nation ; ils se disent les plus utiles, et se sen-* « tent déshérités. Une jalousie constante les excite « contre les riches : à peine ose-t-on discuter devant tf eux les droits politiques, parcequ'on craint sans « cesse qu'ils ne passent de cette discussion à celle M des droits de propriété, et qu'ils ne demandent le « partage des biens et des terres.
« Une révolution dans un tel pays est effroyable ;
SUR L'OUtRAGÉ DE FILANGIERI. 7^
a rordré entier de la société estsubverti; le pouvoir « passe aux mains de la multitude qui a la forée phyn $ique, et cette mulntude qui a beaucoup souffert, <tque le besoin a retenue dans Tignoraiice, est hosi' tile pour toute espèce de loi,, pour toute espèce de tf distinction , pour toute espèce de propriété. Ija u France a éprouvé une révolution semblable , dans a un temps où la grande masse de la population étoit «étrangère à la propriété, et par conséquent aux a bienfaits de la civilisation. Mais cette révolution, u au milieu dVn déluge de maux, a laissé après elle <( plusieurs bienfaits ; et Tun des plus grands peut-: Hêtre, c'est la garantie qu'un fléau semblable ne « pourra plus revenir. La révolution a prodigieuse-^ » ment multiplié la classe dçs paysans propriétaires. « On compte aujourd'hui plus de trois millions de <( familles en France, qui sont mattresses absolues du a sol qtTelIes habitent ;ce- qui suppose plus de quinze^ « millions d'individus. Ainsi plus de la nK>itié de la « nation est intéressée pour son propre compte à la ^< garantie de tous les. droits. La multitude et la force «physique sont du même côté que l'ordre; et le (c gouvernement crouleroit, que la foule elle-même tt s'empresseroit d en rétablir un qui protégeât la su- M reté et la propriété. Telle est la grande cause de la «différence entre les révolutions de i8i3et i8i4, «et celle de 1789. »
Filangieri, frappé de ces inconvénients graves, a donc employé toute la force de sa dialectique , et appelé à son aide toutes les ressouixes de la déclamation, pour recommander la division des propriétés.
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Mais par une suite de Terreur qui lui est habituelle, il a cru que les lois pouvoieut porter remède au mal que les lois avoient cause. Il s^est livré à Tadmiration la moins réfléchie pour toutes les institutions par lesquelles les républiques ont voulu limiter Faccumulation des propriétés. Il n'y a pas jusqu'aux lois agraires dont il vante la sagesse; les lois agraires qui furent toujours des causes de convulsions populaires, et qui, remuant toutes les passions, agitant 'toutes les âmes, armant tous les bras, excitant les citoyens contre les citoyens, ne purent jamais, souillées qu'elles furent di^i sang de leurs plus illustres et de leurs plus généreux défenseurs, atteindre le but que le législateur s'étoit proposé, et maintenir durant un petit nombre d'années les bienfaits illusoires qu'on s'étoit promis de leur établissement.
Chez les modernes, l'appât de pareilles lois seroit peut-être encore un sujet de trouble ; mais elles n'auroient pas même pour résultat un bien-être momentané. Si quelques factieux peuvent encore invoquer leur nom pour exciter le désordre, d'honnêtes gens en réveroient en vain l'établissement; toutes les passions, tous les intérêts, même ceux de la masse, s'y opposent. Il ne suffiroit pas de donner un champ égal à tous pour que tous fussent heureux ; il faudroit encore leur faire perdre tous les souvenirs d'une civilisation raffinée. On auroit arraché aux riches leur fortune sans donner l'aisance aux pauvres: une sorte de mollesse s'est glissée dans les classes le^ plus misérables; d'autres travaux ont éloigné des travaux champêtres un grand nombre d'in-
SUR l'ouvrage DEFILANGIEIU. 77
dividus que J^appât d'une existence* médiocre ne pourroit jamais y ramener. Loin de chercher à gagner un tel sort au prix de son sang, le prolétaire recevrok plutôt le salaire de ses ennemis pour combattre ses défenseurs, et le^ Gracques périroient victimes de leur dévouement par les mains de leurs protégés aussi bien que sous les coups de leurs adversaires.
Filangieri tombe dans une autre erreur qu^il est peu nécessaire de réfuter, parceque aucune nation moderne ne sera tentée de s^y laisser entrain tr. Il approuve les Germains, chez lesquels la nation étoit le seul propriétaire perpétuel, de& portions de terre étant distribuées chaque année aux pères de famille. Si Ton ne sentoit pas le danger de détruire le plus grand mobile de nos travaux, le désir d'améliorer la possession acquise, on verroit du moins rimpossibilité d'éiablir un pareil système de nos jours , et nos réfutations, comme les arguments de Filangieri , deviendroient superflues.
Il n'en est pas ainsi d'une autre erreur, sinon plus grave en elle-même , du moins plus dangereuse dans ses effets, en ce qu'elle a eu la sanction d'une assemblée génér£[lement respectée, et d'un des plus grands orateurs des temps modernes, nous voulons parler de Fabolition du droit de tester.
Cette abolition fut dictée par des motifs de circonstance; et dans l'hypothèse même des circonstances pour lesquelles elle fut décrétée, elle ne pouvoit être que nuisible. Mais le législateur étoit dominé par la crainte d'une classe dont le joug avoit pesé
rëcemiiient sur toutes les têtes. Il vouloit empêcher sur-tout que les biens de cène classe se perpétuassent dans ses mains. L^abolition des droits injustes que nous avons signalés lui sembloit ne pouvoir remplir ce but, si on laissmt à l'orgueil aristocratique des pères le droit d'accumuler. par testament sur la tête d'un aîné , les biens dont la loi investissoit naguère cet aîné aux dépens de ses frères.
Tel est rinconvénient de toutes les révolutions. A leur naissance, certaines classes existent, mainteitues par Thabitude, mais que le premier orage politique doit détruire. Dérangées par les secousses révolutionnaires, ces cls^sses s'agitent, les individus qui les composent se trouvent en état d'hostilité réelle ou présumée contre les nouveaux gouvernants et les nouvelles formes de gouvernement. Mais sur« tout ces individus sont soupçonnés de vues hostiles par les auteurs des changements politiques, hommes souvent ardents, enthousiastes, pleins de haine pour les. entraves qui les ont long-temps arrêtés, certains du mal qu'ils ont éprouvé de la part de quelques classes, prêtant à chacun de leurs membres les idées de la classe entière, et leur attribuant d autant plus d'ardeur à reconquérir leurs privilèges qu'ils en ont mis eux-mêmes davantage à les détruire.
Ainsi dans ce moment de commotion où l'on veut poser des bases à une société nouvelle, et créer des institutions durables, l'animosité de la circonstance vient se mêler aux idées générales, les institutions sont dénaturées, et des hommes forts par eux-mêmes efforts de l'assentiment, du peuple dirigent contre
SUR l'ouvhage de FILANGIEKI. 79
les fantômes du *]^$sé la législation qui doit régler Favenir.
Malgré les meilleures intentioQS, un tel résultat est presque inévitable , et un tel résultat est pourtant un grand vice ; car il doit nécessairement exister une grande différence entre les institutions offertes à un peuple libre par des législateurs éclairés, et les barrières opposées par.un parti vainqueur à une faction vaincue ; on porte atteinte à la liberté de tous pour comprimer la malveillance de quelques uns. * Mieux vaudroît laisser le temps faire son effet : qu^est-il besoin de peines et de' menaces pour abolir un abus fondé sur des habitudes ou des préjugés? Le temps a créé cet abus, des lois Tout corroboré; détruisez ces lois, et laissez le temps reprendre son empire. Soyez sâr qu41 détruira son propre ouvrage, sUl n^est plus en harmonie avec les besoins du siècle .
Pour appliquer cette vérité à Tobjet dont nous nous occupons, si les habitudes passées, Tesprit de résistance, Torgueil et l'approbation d'un parti avoient influé quelque temps surries chefs de famille de la classe indirectement attaquée, que de causes naturelles auroient sappé leurs préjugés! que d'intérêts, que d'affections auroient combattu avec force contre uoe ténacité inutile ! L'intérêt présent, les besoins imprévus auroient souvent fait sacrifier les déterminations de l'orgueil, et amené le morcellement de la propriété; les affet;tions individuelles renaissant peuà*peu dans les cœurs endurcis par un ordre de chose désormais impossible auroient graduellement triom-
8o COMMENTAIRE
phé d'habitudes qu'aucune force e:(tërieure ne venoit plus soutenir:
Quand la disposition de la proprie'té est libre, elle tend au morcellement; les lois seules pourroient l'arrêter : souvent encore pourroient -elles l'essayer en vain.
La prodigalité bornant l'existence des individus à l'intérêt du moment, l'esprit d'entreprise laissant échapper la réalité pour l'espérance^ l'amour du gain effaçant les souvenirs, mille autres causes de même nature, doivent produire tôt ou tard la division des propriétés. Laissez-les agir : qu'est-il besoin de venir à leur aide? Dans notre siècle, l'aristocratie de la richesse a remplacé toute autre aristocratie; maîtresse des plus immenses fortunes, elle possède par cela seul la véritable source de la considération et de la puissance. Qui ne sent qu'un tel état de chose double la force des causes de morcellement que nous avons signalée^, les rend irrésistibles aussitôt que les lois ne les contrarient pas, et leur fait même surmonter tôt ou tard l'obstacle des lois quand elles essaient de les contrarier.
L'abolition du droit de tester présente en ellemême un triple inconvénient; elle est à^la-fois inutile, inefficace, et imnrorale.
Cette abolition est inutile. Est-il besoin de faire des lois pour que les pères ne livrent pas une partie de leurs enfants à la misère?
Les préjugés l'ont emporté sur le penchant de la nature, il est vrai ; mais ces préjugés étoient le fruit d'institutions vieillies. Corrigez cet ensemble i)izarre
SUR l'ouvrage de filangieri. 8i
et cruel : en détruisant la cause qui a fait naître une vanité contre nature, vous détruirez en même temps son déplorable effet ; quelques exceptions à Tordre général ne sauroient motiver des lois qui engagent la totalité des citoyens.
Cette interdiction est inefficace; car rien n'est plus facile que d'éluder une pareille loi, et nous ne connoissons point de mesures qui puissent empêcher un propriétaire de disposer de sa fortune. Des donations à des tiers ) des dettes simulées, peuvent-elles être prévenues et sur-*tout réprimées?
Enfin, cette interdiction est immorale; elle donne aux hommes Fintérét d'éluder la loi^ intérêt aussi corrupteur par son effet sur les hommes que fatal par rapport aux institutions.
En effet, lorsque vous donnez aux hommes l'intérêt d'éluder la loi , vous faites naître en eux l'habitude de la fraude ; de plus, vous détruisez le respect qu'ils portent à la généralité des lois, en leur prouvant Timpuissance de quelques unes d'entre elles: cette habitude de la fraude que vous leur faites ainsi contracter pour échapper à une seule vexation, leur devient familière ; ils la conservent dans toutes leurs relations, et le^ lois les plus justes et les plus bienfaisantes sont enfreintes , dès qu'ils ont franchi la barrière opposée à leurs intérêts par des institutions vexatoires.
Cette interdiction est encore immorale, en ce qu'elle encourage la délation que la fraude provoque. La délation se trouve transportée dans les familles. Les fils se croient autorisés à exercer sur ceux qui doi-
COMMEKTAIRE. — 2® partie. F
82 GOMM£NTAIJRE
vent être roJa^et de leur respect une InquiskiaD, tantôt clandestine , tantôt insolente. Le sanctuaire des affections domestiques «est se^uillë , et de peur d^uiM» inégalité passagère et peu dannereuise, cair la force des choses y apporte un remède , vous détruisez la seule inégalité salutaire que la namire ait sconsacre'e^ oelle qui place les pères au-dessus de leurs en£aknts.
Une Gonsid'ération nous frappe.
A Tépoque de notre civilisation excessive, les relations des pères et des enfants-ne sont déjà que trop difficiles.
IjCS uns'vivent dansle passé ^Tavenir est le domaine des autres. Ije présent n est pour eux qu^un terraîn neutre en quelque sorte, théâtre du grand combat, dans lequel les uns hâtent sans cesse de leurs effonsla chute de ce queies autres voudroieut retenir ; ^chaque jour enfin le torrent des affaires, des plaiûrs, «des espérances, entraîne la génération qui prend posr session de la vie loin de celle que la vie délaisse.
Cette lutte tourne toujours contre la vieiUesae. Le résultat est poui: elle Tisolement. Em portée. lom d'elle, la génération /i)ouvelle cherche à se cr<éer'Un ^veqir, rêve un état, une famille, une position, des plaisirs nouveaux; la vieillesse est. arrivée au but, ou elle Ta manqué ornais dans tous les cas elle ne peut plus jouir que de ce quelle a créé. L'avenirlui est fermé , et chaque instant lui démontre qull faut se hâter de profiter du préseoit. Ses désirs ne (peuvent tendre qu'à conserver, à rester stationnaire ; car désormais toute activité tournerait contre elle.
SUR l'ouvrage dp fi^angieri. ^3
' Aussi VétfX de m$i;^se fôt Vétat habkad ie la vieillesse. Toute peâne lui e^t grande; >la peste d^un moineiit de boudeur Jiui semble d^autant plus cruelle ^u>e ces moments sont plus xares çt plus courts, A ^ceite période de.soyfi eixistence^ TJiomme.ne peut plus sufi^porter la3oliMide;€ar rillusion &eiile TembeUit, et ri^UuaÎQn l^i est deyeaue étrangère. L'entauTtge, les soins de Tamitiéf et au 4éEaut de la réalité lapparence, tcw/t devient précieux ^pour des etTAS ^ue la uatur^ sévère ae plaît à dépouÛler Asl^ que^^tiMir.
' Saps doute, rien ne peut remplacer les sentiments désiptéressés , et il est tciste de penser que de tendres cousolations et des soins dictés par les sentiments les plus. délicats puissent dépendre de causes peu nobles^ Mais il ne faut pas nous faire illasion ; il é^t bon d^appeler l'intérêt au secours des aJËfections. Quelques heureuses exceptions, se rencontrent peut'^ê^re ; xnais , en bien comnsie en mal , une exception ne doit jamais jmotiver une loi^
Or, il res>te .l^ien peu de moyens^ dans Tétat actuel de nos mœurs , pour venir au secours ;de la puissance paternelle. Qn la reconnoît en principe ; noais elle n'est point, elle ne sauroit être. fondée. comme chez les anciens surde$ lois positites» Nos mœurs r^pousseSroient, bientôt les essais que Ton se permellroit en ce sens. Le droit de vie et de mort que les anciens accordoient aux pères nous révolteroit , et.ceux qu'on voudroit investir de ce terrible droit, effrayés comme ceux qu'il pourrpit atteindre, reculerpient devant une loi.faite dans leur intérêt^ mais dont l'usage se^^
roit impossible. Tout autre pouvoir despotique confié aux chefs de famille leur échapperoit également.
Laissez-leur donc le seul moyen qui leur reste de conserver quelque pouvoir dans leur famille. Si Tintérét peut encore être un frein, laissez-leur Tintërét comme moyen de récompense et de punition. Donnez-leur la disposition d'une portion de leur fortune, et que cette portion soit assez grande pour remplir lé but que nous indiquons.
Nous disons une portion ; car nous verrions avec peine établir Tabus contraire, la liberté illimitée et sans restriction du droit de tester. Cette liberté ouvriroit la porte à la séduction des vieillards, arracberoit souvent leur héritage de leurs mains contre leur vœu réel , et introduiroit des étrangers dans les familles aux dépens de Tintérét des légitimes héritiers. *
Chose remarquable ! on a détruit le droit de tester en haine du droit d'aînesse, et le droit d'aînesse est exactement l'opposé du droit de tester.
Le droit d'aînesse est une entrave ; le droit de tester est une liberté. Ainsi la passion fixant ses regards sur le but se trompe dans la route , et s'éloigne en croyant se rapprocher.
Enfin, nous avons pour nous l'expérience aussi bien que le raisonnement. Nous voyons de nos jours que le droit de tester ne renferme pas les dangers que ses adversaires [ont cru y découvrir. Les pères de famille ont la faculté de disposer d'une partie de leurs biens, très peu en abusent; la grande majorité n'en fait pas usage, ou n'en fait quun usage
SUR l'ouvrage de filangieri. 85
modère et légitime. Këgalitë des partages n^est pas détruite par cette faculté ; c'est que Fégalité des partages est dans le cœur de Thomme ; c'est qu'il n'y a pas besoin de lois pour que le penchant de la nature triomphe; c'est qu'enfin , lorsqu'un préjugé existe et semble étouffer le penchant naturel, il suffît de détruire l'institution dont ce préjugé tire son existence pour le voir disparoître.