‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 41 sur 57 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du dpoit d'accuser confié aux mercenaires^' quand il s'agit de crimes

con^mis contre la société.

«Dam je nombre «les .penenaët qui^miem ^ivéfes de eetie « liberté (de celle d'accuser) , on comptoir ane classe d'hom- ■ mes qui heureusement n'existe plus aujoardliui; c^ëtoieut « les «sdbv*e«. Noas avons à la Irërité une datoe cf ittdlTfdus « q|ii a tons les vices de la servitude , quoiqu'elle jouisse des « droits de citoyen , qai vend pour un temps indéterminé sii « (iberté personnelle , en oouservaût ta liberté dvUe ^ et qui , M par conséquent , n'est pas di|;ne de la confiance de la loi , • quoiqu'elle ait droit à sa protection : cette classe est celli^ m de nos serviteart mcKienaires. Ils devroiem être privés du «droit d'accuser» excepté dans le cas d'une offense person- « nelle , on de crimes commis contre la société. »

Liv. m, chap. IV, p. 3$B.

L erreur dans làquélté Filanmeri tombe au commencement de ce chapitre est malheuretisemeot presque universelle. Tous les ëcrîvains politiques ont admis à-Ia^fois deux propositions que le plus simple bon sens démontre inconciliables. L^une, qu*on devoit dans tontes les causes ordinaires et habituelles priver du droit d accuser, et souvent nlêrtie de témoignage, une classe d'hommes q^ue son abjection volontaire entouré de mépris; l'autre, qu on pourroît admettre ces mêmes hommes comme accusateurs ou témoins, quand il s'agiroit du crime lé plus facile à imputer et le plus rigoureusement puni.

Cette contradiction singulière prend son origine

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dans une opinion qui, si elle ëtoit fondée, ne prouveroit guère, il fout l'avouer, en faveur de Tordre social établi chez.toutes les nations modernes. Cette opinion, c'est que la société est menacée sans cesse par des hommes qui n'aspirent qu'à ta bouleverser et à la détruire.

Heureusement, rien n'est moius jmte, rien n'est plus exagéré qne cette supposition. L'espèce humaine est naturellement portée à l'ordre. Ses inclinatiom, ses intérêts, ses habitudes se groupent autour de ce qui existe. Quand un abus a duré long-femps, il prerd aux yeux de ceux qui en soufFrent, presque autant quaux yeux de ceux qui en jouissent, l'apparence d'un abus. La raison en est simple. Chaque génération et chaque individu de chaque génération entrent dans les institutions existantes comme dans un édifice où il est important de se loger; et quelque déplorable que soient certaines parties de cet édifice , quelque noirs et malsains que soient les- cachots qu'habite une grande portion de ceux qu'il renr ferme, on s'y abrite, on s'y arrange, on s'y accour tume.

Que de siècles se sont écoulés sous les gouvernements les plus abusifs, sans que ces gouvernements, eussent à se plaindre d'une seule tentative de renversement! Et si l'on examinoit avec attention les tentatives de renversement qui ont interrompu cette série de résignation, on verroit que, la plupart du temps, ce sont les gouvernements qui ont donné le signal.

Sans doute, quand ce signal est donné. Les se-

SUR l'ouvkage de filangieri. tSg

cûus8es sont fortes , les calamités quelquefois effroyables ; mais ce sont des exceptions à Tordre habituel , et ce n'est pas pour des exceptions qu'il faut faire des lois. ^

Considérons donc, sous ce point de vue, Tassen-^ timent que Filangieri accorde à l'admission , comme accusateurs, dans le cas de crinres commis contre la société, d'hommes qu'il déclare lui-même souillés de tous les vices de la servitude.

Certainement, de toutes les -classes de la société, celle de ces mercenaires qui soumettent leur liberté personnelle aux fantaisies d'un maître, est la moins intéressée au maintien de l'ordre établi. Cet ordre est tout entier dirigé contre eux : il pèse sur eux plus que sur aucune autre classe. Le paysan a son champ, le fermier qui vit sur le champ d'un autre est garanti par les lois dans la possession plus ou moins durable qu'une convention lui a assurée; l'artisan a son industrie, le journalier même ses bras. Les serviteurs mercenaires n'ont à faire valoir que leur docilité à servir ou à devancer les caprices, leur patience à supporter l'insolence d'un maître. On a remarqué souvent, et avec raison, que plus l'homme avoit à faire avec les choses , plus son caractère moral s'amélioroit ; tandis que, lorsqu'il avoit à faire principalement avec ses semblables, son caractère éprouvoit une détérioration sensible* C'est que, dans les relations avec les choses, tous les vii^s deviennent inutiles. La ruse, le calcul, la bassesse, ne sauroient être des éléments de succès ; l'agriculteur n'a qu'un moyen, de rendre la terre productive, c'est de la labourer;

igo COMMENTAIRE

le courtisaa eu a mille d'obtenir la faveur du prîace, et presque tous som fondés suriacorruption., la présupposeut ou la produisent. Le^ dom.estiq{ues sont eu petit les courtisans de ceux qui les paient^ 9t comme leur profession n'est pas entourée de Féclat qui relève les courtisans à leurs propres yeux, ce qui est toujours une chose salutaire à la morale, la classe condamnée à la domesticité devient de toutes la plus abjecte.

' Ajoutez à cela qu'elle est aussi la plus, irritée contre l'inégalité sociale qui cause, son; abjection , eu contact perpétuel avec des supérieurs qui là froissent et l'humilient à chaque minute de la journée; ce qui peut rester de bon dans son ame se tourné en haine. Le spectacle dea vices dans la confidence desquels les mettent la nécessité ou l'indiscrétion , l'obligation d'en être l'instrument, la pensée qu^on lui sait biea plus de gré ^e son zélé en ce genre que de toute& les vertus qu'elle pourroit déployer, toutes les réflexions que ces déplorables relations doivent lui suggérer, iBêlentàla'haiaelomépris.

Filangieri le àent ; car, comme je l'ai dit fi.us haut , dans les causes ordinaires, il repousse le témoigni^e de ces mercenaires; mais quand il s'agit de ce quai, appelle des crimes politiques , il accueille non seu^ lement leur témoignage, mais il provoque leur délation. Tout-à-l'heure ils n'étoient pas admissibles à dire ce dont la notoriété publique constàtoit qu'ils avoientconnoissance , et maintenant ils son;t appelés à se porter dénonciateurs ou accosatéura, c'esir^èrdire à raconter ce qu'ils peiivent avoir aussi bien

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inventé que découvert : c^est ainsi que le prestige du mot de sûreté publique aveugle les meilleurs esprits ; ils autorisent les hommes pervers à s^en em-» parer. Qu^on se rappelle ce qu'étpient les «esclaves et les affranchis à Rome admis à dénoncer et à accuser leurs maîtres ; qu^oi;i songe à ce que la même classe, à quelques honorables exceptions près, a été durant la révolution. C'est déjà un tort dans la société que de dégrader de certaines classes; mais quand elle les a dégradées, elle doit les désarmer: et c'est bien le moins, quand on fait du mal, que de prendre des précautions contre le mal qu'on fait.

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