‹ Commentaire sur l'ouvrage de FilangieriChapitre 47 sur 57 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des travaux publics.

«La coodamnation aux travaux publics est une peine qtti « procure à la société deux sortes d'avantages. EUe offre • Texemple des maux attachés au crime , et elle feit tourner « au profit de la société les occupations de celui qui Ta « ofifeosée. »

Liv. m , part. II, cliap. IX ,p. 58.

En combattant Topinion de Filangieri, relativement aux travaux publics, je ne me déguise pas que je me mets en opposition avec les idées les plus accréditées par beaucoup dVcrivains amis de Thumanité. Cependant des objections graves s^éléveiit selon moi, et contre le principe sur lequel ces idées reposent, et contré leur application pratique.

Quel est le droit de la société sur les individus qui violent ses lois, et jettent dans son intérieur le trouble et le désordre? Celui de les mettre hors d'état de nuire. Ce droit peut sVtendre, comme on Ta vu plus haut, jusqu^à la privation de la vie. Mais de ce que j'ai le droit, dans ma défense' légitime, de tuer un homme, ai-je celui dé l'obliger au travail, c'est-àdire, de le réduiife à la condition [d'esclave? Une maxime qui me pemble incontestable, et sans laquelle l'esclavaga aboli par la religion et le progrès des lumières sertit chaque jour à la veille de renaître, c'est que Fhomme ne peut aliéner sa personne

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et ses facultés que pour un temps limité, et par un acte de sa volonté propre. Si Tusiage quil en fait est nuisible, ôtez-lui en Pusage; si le mal dont il est Fauteur est tel que la sûreté publique exige qu^il en soit privé pour jamais, condamnez-le à la mort. Mais tourner ses façqlté^ à votre profit, vous servir de lui comme d'une béte de somme , c^est revenir aux époques les plus grossières, c^est consacrer la servitude, c'est dégrader la condition humaine.

Et qu'on ne $e laisse pa« tromper par de fausses apparences de philantropie : ou le travail imposé aux condamnés est différent de celui que la nécessité impose aux classes innocentes et laborieuses de la société , ou il n'en diffère ni par son excès ni par sa nature.

Dans le premier cas , c'est la mort plus lente et plus douloureuse. On voit , et on voyoit sur-tout sous Joseph II, deâ prisonniers demi -nus, le corps à moitié dans leau , traînant avec effort des vaisseaux sur le Danube. Certes, le malheureux périssant sur l'échafaud subissoit des souffrances moins affreuses et moins prolongées.

Dans le cas opposé, le travail modéré, transformé en châtiment, est à mon avis d'un dangereux exemple. L'organisation de nos sociétés actuelles oblige une classe assez nombreuse à des travaux souvent au-delà des forces humaines. Il y a quelque imprudence à lui montrer la position dans laquelle, sons avoir commis de faute ou même de crime, elle se trouve placée , comnae la punition des désordres les plus honteux ou des actions les plus coupable$<>

SUR l'ouvrage de FILANGIERI. «7 Dans plusieurs contrées d^AlIemagne et de Suisse, les condamnés aux travaux publics sont traités avec douceur^ leur subsistance est assurée; on les soigne dans leurs maladies. Ils sont physiquement plus heureux que le pauvre ; et bientôt surmontant le seul mal véritable de leur situation, la honte qui les entoure , ne travaillant pas plus ou travaillant moins qu^ils ne le faisoient en liberté, on les voit à-la-fois contents et dégradés , avilis et satisfaits, sans inquiétude sur Favenir , et se consolant par cette sécurité de Fopprobre du présent. Un pareil spectacle ne doit-il pas corrompre la classe laborieuse dont Pinnocence ne lui sert qu^à rendre son existence non moins pénible et plus incertaine ?

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