CHAPITRE XtlI
De la dëporiation.
M Quand l'eipérience de toute l'antiquiië, et »iir-lont les « exemples d'un grand nombre de colonies de la Grèce » ne « nous attesteroient pas que le rebm d'one nation pent dea venir une excellente société politique ; quand l'histoire de «nos temps modernes foe nous ofFriroient pas un pareil m spectacle , la raison seule nous f eroit sentir qu'il est pos- «sible de faire d'un malhonnête homme un homme de « bien , en l'éloignant du théâtre de ses crimes , de son in- «famie, .et de «a. condamnation. »
Liv. III, part> H, chap< IX, p. 63.
Il n^est personne qui^ en descendant au fond de don ame, et en reportant ses regards sur toute sa vie 5 n'ait trouvé que la plupart du temps ses fautes , irelles sur-tout qui , commises à Fentrëe d^nne carrière encore incertaine, influent de la manière la plus décisive sur tout l'avenir, n^ont eu d'origine que l'opposition qui existe entre la nature primitive de l'homme et les institutions que la société' lui a imposées. Ceci n^est point dit en blâme ou en haine de ces institutions. Il y en a qui sont nécessaires , et qui cependant ne sont pas gravées dans les cbeurs ni indiquées par l'instinct. Ce sont des conventions, devenues sacrées parceque le bon ordre repose sur «lies , mais néanmoins factices dans leur essence. ^
SÛR l'ouvrage de fidangieri. 229
êU rësulle que TinexpërieBce de k^ jeunesse est exposée souvent à franchir des barrières dont elle se doute à peme^ malgré les avertissements qu-on lui prodigue, avertissemenst qu^elle n'a guère, au milieu, des impressions qui rébrajaleatet des passions ^ ^i Tentialnent, le loisir di'écouter;' elle pèche tantôt * par ignorance y tantôt par impétuosité. Alors-, excu* sable aux yeux de- la justice morale , elle n'en est pas ^ moins. coupable devant les lois positives, ou, si elle ne va pas jusqu'à provoquer leur sévérité, elle est poursuivie par celle de ro|ûnioA quijuge avec dis^ traction et flétrit sans, examen.'
Delà résulte», entre ceux qu atteint cette triste^ destinée at la société, une- opposition, une hostilité, qui s'aQcroît.pasr le sentiment même qu'elle produite Ses formes varient; mai&on la^retrouveidans des in< dividus de toutes les classes.
Pour les, individus des. rangsinft^rieur», qu'on ne daiguie pas même' insttuire des lois: qui les régissent,. et. qui ne connoissent ces lois que lorsqu'elles les frappent^ cette opposition, cette hostilité de-^ viennent la source de beaucoup dé crimes. €es crimes punis avec une rigueur qu'accompagiie tou* jours plus.ou^moins d'infamie, creusent aussitôt dér-^ rière le eriiBineLun àbyme qui rend imipos^bie tout retour à la vertu, toute vie^ paisible, toute existence innocente et inoffensive. La conviction que tout est irréparable est un obstacle à toute tentative de réparation ; et de la sorte ^ il arrive fréquemment qu'une seule faute pi:éciplte un individu^ quiétoit ^estin^
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à un meilleur sort, dans une série de délits tou* jours plus graves.
Arracher à cet état déplorable ceux que Fignorance, un instant de passion, les angoisses du be<> soin , y ont jetés malgré eux, est le plus grand bien*fait' que la société, qui n'est peut-être pas à leur égard tout-à-fait sans reproche, puisse leur conférer. En les^ arrachant à la pression dHnstitutions désobéies et de relations à jamais viciées, on leur rendroit un calme., une sécurité, une espèce d'innocence anticipée qui rétabliroit dans leur être moral l'ordre et l'harmonie. Je le dis avec une conviction profonde : si Ton pouvoit par miracle replacer un homme qui vient de se souiller d'un crime , au moment qui a précédé cet acte funeste, à peine en est -il un sur mille qui persistât à le commettre.
La déportation ou la colonisation ont cet avantage. C'est pour ainsi dire une nouvelle naissance , une ère nouvelle, où l'homme affranchi d^importuns souvenirs a de nouveau le choix du bien ou du mal ; l'expérience a prouvé combien cette régénération est salutaire. ?i'a-t-on pas vu, dans la colonie de Botany-Bay, des criminels couverts d'opprobre en Europe, recommencer la vie sociale, et ne se croyant plus en guerre avec la société en devenir des membres utiles.
Tout ce que dit Filangieri sur ce point est donc parfaitement juste; mais il auroit dû ajouter que, pour que lés bienfaits de la colonisation soient ce
SUR l'ouvrage de filangieri. a3i
qu'ils peuvent être, il faut que d'un côte les criminels, rentrés dans Tcftat d'innocence, oublient leur honte et leurs dëlits antérieurs, et que de l'autre la société, autant que le tolère la sûreté publique, couvre du même oubli ce triste passé. Sans doute , des précautions sont permises contre des hommes dont on n'est pas sûr ; mais moins ces précautions seront vexatoires, plus l'amélioration sera facile et rapide. La première^, condition, pour que Thomme se relève d'une dégradation qui ne serviroit qu'à le corrompre de plus en plus, c'est qu'il réapprenne à s^estimer. Or, pour s'y encourager, commencez par lui mon- , trer la possibilité qu'il regagne votre estime. Si dans le nouvel hémisphère où vous Pavez transporté, vous le persécutez du spectre de vos défiances et de votre réprobation , il se lassera bientôt de marcher dans la bonne route, et il deviendra de nouveau coupable aujourd'hui , parceque vous lui aurez trop laissé apercevoir que vous vous rappelez quil fut coupable autrefois.
Les gouvernements européens s'écartent trop souvent de cette maxime. L'arbitraire exercé sur les déportés, les mépris qu'on leur prodigue, les entraves inutiles qui les vexent, les châtiments humiliants qu'on leur inflige, la conviction qu on leur montre qu'on les croit capables de tout ce dont le hasard les fait soupçonner, sont des commémorations d'infamie que la prudence autant que l'humanité devroient interdire.
Vous avez rendu à ces malheureux un nouveau
232 COMMENTAIRE SUR L'oITVR. DE FILAN6IERI.
ciel, une nouvelle terre; laissez-les contempler ce ciel 9 cultiver cette terre , en leur montrant que Tocéan qui les sëpare de leur ancienne patrie les sépare aussi de leurs fautes, et que c^est vraiment un avenir nouveau qui se présente à eux.