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la justice, et durant dix autres aïinées l'espace qui sépare Lisbonne de Moscou et Hambourg de Naples est derechef inondé de sang. Sont-ce là des preuves bien satisfaisantes de l'empire de la raison ?
Il y a néanmoins, dans lassertion de Filangieri, un fonds de vérité qu'il défigure par des compliments bien intentionnés ^ mais peu mérités par la puissance.
Ainsi que je l'ai observé précédemment (ch. Il), le système guerrier est en contradiction avec Tétat actuel de l'espèce humaine. L'époque du commerce est arrivée; et plus la tendance commerciale domine, plus la tendance guerrière doit s'affoiblir.
La guerre et le comnjerce ne sont que deux moyens différents d'arriver au même but, celui de posséder ce que l'on désire; Le commerce n'est autre chose qu'un hommage rendu à la force du possesseur par iVspirant à la possession. C'est une tenta*tive pour obtenir de gré à gré ce que l'on n'espère plus conquérir parla violence. Un homme qui seroit toujours le plus fort n'auroit jamais l'idée du commerce. C'est l'expérience qui, en lui prouvant que la guerre , c'est-à-dire l'emploi de sa force contre la force d'autrui , est exposée à diverses résistances et à divers échecs , le porte à recourir au commerce , c'est-à-dire à tin moyen plus doux et plus sûr d'engager l'intérêt des autres à consentir à ce qui convient à son intérêt.
La guerre est donc antérieure au commerce : lune est l'impulsion d'un désir sans expérience, l'autre le calcul d'un désir éclairé. Le commerce doit donc
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remplacer la guerre; mais en la remplaçant il la décrédite^ et la rend odieuse aux nations.
C'est ce qu'on remarque de toos jours.
Le but unique des nations modernes , c'est le repos, avec le repos raî^ance, et comme source de l'aisance, l'industrie. La guerre est chaque jour un moyen plus inefficace d'atteindre ce but. Ses chances n'offreût plus ^ hi aux individus ni aux peuples , des bénéfices qui égalent les résultats du travail paisible et des échanges réguliers. Chez les anciens une guerre heureuse ajoutoit, en esclaves, en tributs, en terres partagées , à la richesse publique et particulière des vainqueurs ; chez hes modernes une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu'elle ne rapporté.
La situation des peuples moderttfes les empêche donc d'être belliqueux par intérêt ; et des raisons de détail , mais toujours titées des progrès de l'espèce humaine , et par consétjuent de la différence des époques , vienUelit se joindre aUx causes générales, pour empéchet- aussi ki nations de tios jours d'être guerrières par'ihclihation.
La nouvelle manière de combattre , le (changement des armés > l'artillerie, ont dépouillé la vie militaire de ce qu elle avoit de plus attrayant, il n'y a plus de lutte contre le péril : il n'y a que de la fatalité. Le cburagè doit s'empreindre die résignation 0U se composer d'insouciance. Oh ne goûte pliig cette jouissance de volonté, d'action, de développement des forces physiques et des facultés morales , qui faisoit aimer aux héros anciens , aux chevaliers
du moyen âge , les combats corps à corps. La guerre a donc perdu son charme comme son utilité.
Il en résulte qu'un gouvernement qui parleroit aujourd'hui de la gloire militaire, et par conséquent de la guerre comme but, méconnoîtroit l'esprit des nations et celui de l'époque. Le fils de Philippe n'oseroit plus proposer à ses sujets l'envahissement de l'univers, et le discours de Pyrrhus à Cynéas sembleroit le comble de l'insolence ou de la folie (i). . Les gouvernements j qui reconnoissent les vérités le plus tard qu'ils peuvent, mais qui, malgré tous leurs efforts , ne sauroient s'en préserver éternellement, ont remarqué le changement qui s'est opéré dans la dispositron des peuples. Ils lui rendent hommage dans leurs actes publics et dans leurs discours ; ils évitent d'avouer ouvertement l'amour des conquêtes, et ce n'est jamais qu'en soupirant qu'ils pren* nent les armes. Sous ce rapport , ainsi que Filangieri l'observe, la raison s'est fait jour jusqu'aux trônes : mais en forçant le pouvoir à varier son langage, at-elle , comme le philosophe italien se plaît à J espérer, éclairé l'esprit ou converti le co^txv de ceux que le hasard a investis de l'autorité ?
J'ai le regret de ne pas le croire ; car je ne vois point dans leur conduite plus d'amour de la paix : j'aperçois seulement plus d'hypocrisie.
Quand Frédéric attaquoit l'Autriche pour s'emparcr de la Silésie, il ne vouloit, disoit-il, que faire
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(i) De l'Esprit de conquête , chap. I.
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valoir d^anciens droits pour donner à son royaume une étendue convenable ; quand l'Angleterre s'épuir soit d'hommes et de trésors pour subjuguer l'Ame rique , elle n'aspiroit qu'à ramener sous les lois protectrices de la métropole des enfants égarés ; quand elle porte la dévastation dans l'Inde , elle n'entend que veiller aux intérêts et assurer la prospérité de son commerce; quand trois puissances coalisées morceloient la Pologne , elles n'avoient en vue que de rendre aux Polonois agités la tranquillité que troubloient leurs luttes intestines ; quand ces mêmes puissances envahissoient la France devenue libre , c'étoient les trônes ébranlés qu'elles se proposoient de consolider ; quand aujourd'hui elles écrasent l'Italie et menacent l'Espagne, c est l'ordre social qui réclame leur intervention. Dans tout cela, le mot de conquêtes n est pas prononcé. Mais le sang des peuples en est-il moins prêt à couler? Que leur importe sous quel prétexte on le verse! Le prétexte même n'est au fond qu'une dérision de plus.
Il ne faut donc point, comme le trop confiant Filangieri nous y invite , nous en remettre à l'influence de la raison sur les trônes et à la sagesse des princes , pour préserver le monde du fléau des guerres injustes ou inutiles» Il faut que la sagesse des nations s en mêle. J^ai dit dans le chap. II de quelle manière elle doit s'en mêler.
26 GOMMENTAIRf:
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