‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 10 sur 171 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

comme la joie, n'est pas précisément une vertu, mais le fruit de la plus haute des vertus : la paix est la fille de la charité (1). Cherchez-la sur place, dit le Seigneur, comme un trésor caché ; poursuivez-la au besoin. Elle aura parfois l'air de fuir, ne vous découragez pas ; ne vous irritez pas de ses lenteurs, qui d'ailleurs ne sont peut-être que vos lenteurs à vous, n n'y a jamais motif de sortir de cette paix : ni événements, ni souffrances, ni fautes même ; car on ne corrige pas des erreurs avec du désordre, et le repentir n'est pas le trouble. L'Apôtre envisage la paix comme la clôture spirituelle qui maintient notre âme près de Dieu : Et pax Dei, quae exsuperat omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Christo Jesu (Philipp., iv, 7). Retenons qu'elle est tout à la fois la récompense, le fruit, l'indice et le facteur de notre vertu ; et chacun sait qu'elle est devenue la devise de la famille bénédictine.

Le psaume continue, mais son verset 16 est rappelé, sans être cité formellement. Dès que notre âme s'est ainsi tournée vers Dieu et pacifiée, le regard bienveillant du Seigneur se repose sur elle et son oreille est toujours penchée pour recueillir notre prière ; il se complaît dans cette beauté qu'a créée la lumière de ses yeux. C'est l'intimité désormais : Qui adhaeret Domino unus spiritus est (I Cor., vi, 17). La prière sera encore dans notre cœur, nous n'aurons pas encore ouvert les lèvres, que le Seigneur dira : je suis là, me voici.

Quid dulcius nobis hac voce Domini invitantis nos, fratres carissimi? Ecce pietate sua demonstrat nobis Dominus viam vitae. Succinctis ergo fide vel observantia bonorum actuum lumbis nostris, per ducatum Evangelii pergamus itinera ejus, ut mereamur eum qui nos vocavit, in regno suo videre.

N. B. Père laisse échapper une exclamation joyeuse. Voyez, mes frères bien-aimés ! Y a-t-il rien au monde qui soit plus caressant, plus doux, que cette invite du Seigneur, et formulée en de pareils termes? C'est Dieu lui-même qui, dans sa tendresse, nous appelle à la vie et nous en montre le chemin. Allons, partons en pèlerinage vers Dieu, marchons d'un pas alerte, la tunique retenue dans la ceinture, afin que ses plis flottants ne nous embarrassent pas et que nous gardions toute notre vigueur : Sint Imnbi vestri praecindi, et lucernae ardentes in manihus vestris (Luc, xii, 35). Notre ceinture, c'est la foi, et la foi pratique,

(1) Cf. S. Th., II' II", q. XXIX, De Pace.

c^est-à-dire l'observance et l'habitude des bonnes œuvres : Et etit jusiitia dngulum lumhorum ejiis, et fides einctorium renum ejus (Is., xi, 5). Conduits et guidés par les préceptes évangéliquea (1), frajichissona jusqu'au bout les étapes de ce divin voyage, afin de mériter de voir dans son royaume celui qui nous a appelés (2).

In cujus regni tabernaculo si voliimus habitare, nisi illuc bonis actibus currendo, minime pervenitur. Sed interrogemus cum Propheta Dominum, dicentes ei : Domine, quîs habitabit in tabernaculo tuo, aut guis requiescet in monte sancto tuo? Post banc interrogationem, fratres, audiamus Dominum respondentem» et ostendentem nobis yiam ipsius tabemaculi, ac dicentem : Qui ingreditur sine macula, et operatur justttiam; qui loquitur veritatem in corde sua; qui non egit dolum. in lingua sua; qui non fecit proximo suo malum, et opprobrium non accepit adversus proximum suum.

Alors vous voulez sincèrement marcher vers le sanctuaire de Dieu, notre roi, et y demeurer, avec lui, toute l'éternité? La société de Dieu, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de Notre-Dame, des anges et des saints vous plaît? Vows connaissez maintenant la fin, vous la voulez aussi; apprenez donc quels moyens y conduisent. « Il n'y a nulle chance de parvenir à ce royaume, si l'on n'y court par les bonnes œuvres. » Saint Benoît l'a dit déjà, mais il insiste et tient à mettre ce point en pleine lumière. Ce ne sont pas les privilèges qui nous sanctifient, et les grâces ne nous sauvent pas à elles seules. Il serait infiniment téméraire de se dire : « J'ai fait profession, je suis dans un milieu assainissant, je comprends bien les choses de la vie surnaturelle ; j'en parle à l'occasion avec abondance et clarté ; j'éprouve dans mes relations avec Dieu des tressaillements qui me montrent que je suis dans les voies élevées. Mon labeur a pris fiji ». Non, il faut des actes, il faut marcher sans cesse, il faut courir. Les actes sont les fils de notre vie, ils la traduisent, ils la développent ; la vie

(1) Au lieu de l'expression per ducatum Evangelii, dont la. signification semblait un peu vague, les plus anciens manuscrits (nous ne disons pas les meilleurs : cf. Introduction, p. m, iv) ont lu : et calceatis in praeparatione Evangelii pcuds pedibus, per- §amus..., réminiscence du chap. vi des Éphésiens (verset 16 ; remarquez qu'au verset 14 l'Apôtre recommande d'avoir les reins ceints : on a pu croire que saint Benoît citait largement ces deux versets).

(2) La meilleure leçon est peut-être : eum qui nos vocmit in regnum suum videre, citation de I Tuess., u, 12<

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