‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 11 sur 171 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

n'existe que pour eux r l'acte est le terme dernier de toute vigueur vivante. Rappelons-nous l'histoire évangélique du figuier, à qui les feuille pourtant ne manquaient pas, mais qui fut maudit et sécha sur place, parce que les fruits, c'est-à-dire les actes, faisaient défaut. Mais enfin, ne dit-on pas souvent que notre sanctification ne vient pas de nous et qu'il faut « se laisser faire »? Entendons-uous : il y a dœ œuvres préliminaires et de déblaiement, des œuvres de construction, des œuvres d'achèvement ; l'action de Dieu s'exerce en toutes, spécialement dans les dernières, mais nous ne sommes jamais dispensa d'agir, et les deux premiers moments demeurent bien à nous.

Que si nous avons besoin d'un supplément d'information, adressonsnous plutôt au Seigneur lui-même, et posons-lui avec le Prophète la question par où débute le psaume xiv. Pour nous autrDs chrétiens, il s'agit de la Jérusalem nouvelle et du vrai temple de Dieu : Ecce tahernor cidum Dei mm hominibus, et hdbitabit mm eis (Apoc, xxi, 3). Dieu nous répond dans le même psaume et nous trace le chemin de son sanctuaire. Saint Benoît se borne à citer les versets 2 et 3, dont le sens est tort clair. Tout est enveloppé dans cette énumération rapide : les intentions, les paroles, l'accomplissement des desseins, les œuvres intérieures et les œuvres extérieures, une triple disposition de pureté, de droiture et de justice.

Qui malignum diaboîum aliqua suadentem sibi, cum ipsa saasiono sua a conspectibus cordis sui respuens, deJuxit ad nihilum, et parvulos cogitatus ejus tenuit, et allisit ad Gliristum,

N. B. Père paraphrase désormais largement la suite du psaume, et d'abord la première partie du verset 4 : Ad nihilum dedudus est in cottr spectu ejus maUgnuAi. Le sens littéral est relatif à l'attitude que prend en face de l'impie et en face du juste celui qui veut aller vers Dieu : il ne fait nul cas de l'un et réserve son estime pour le juste : Timentes autem Dominum glorificat. Mais saint Benoît a entendu le passage de l'attitude que prend celui qui cherche Dieu en face du mauvais, en face du diable (1), et toute sa doctrine est d'une grande sagesse.

(1) Cassiodore, dans son Eocposition sur ce psaume (P. L., LXX, 110), donne au verset 8 exactement le même sens que saint Benoît. Plus loin, après avoir parlé de l'homme courageux qui mundi vitia cum suo auctore proslravit, il ajoute ces mots qui rappellent encore un autre passage de la fin du Prologue : Sed precemur jugiter omnipotentiam ejus, ut qui talia fer nosmetipsos implere non possumus quae jussa sunt, ejus ditati munere fadamus {iUd., 111). Nous signalons simplement le rapprochement à ceux qu'intéresse la question des rapports de Cassiodore avec satut Benoît*

H est naturel et prudent d'examiner sévèrement, de regarder bien en face les dispositions, les émotions, les affections qui se succèdent en nous et de les interroger : qui êtes-vous? d'oii venez-vous? que venez-vous faire chez moi? quelles sont les conséquences dernières auxquelles vous m'entraînerez? Un homme avisé n'ouvre pas sa porte à tout venant; on ne laisse pas le premier venu s'asseoir au foyer de la famille. Reconnaître l'inspirateur réel de certaines tendances perfides et sournoises, l'auteur de certaines poussées secrètes est une sûre garantie.

Une fois reconnue la suggestion diabolique, une fois démasqué celui qui suggère, saint Benoît veut que, tout aussitôt et résolument, « nous repoussions l'une et l'autre loin des regards de notre cœur, et que nous n'en fassions nul cas ». Les formes de la tentation sont variées. Ce n'est jamais qu'avec humilité et en s'appuyant sur Dieu qu'il faut la repousser, mais il reste que souvent, pour la faire disparaître, le mieux est de négliger, de mépriser. Il y a des tentations sottes, des surprises, quelquefois de simples hantises physiologiques : passons outre. C'est le cas d'appliquer le précepte : Neminem per viam salutaveritis. Non seulement il ne faut pas se troubler, mais il ne faut même pas se raidir, ni se congestionner dans un effort inutile, ni combattre, ni protester convulsivement, ni rien changer dans notre vie.

Et pourtant, il est des cas où N. B. Père réclame de nous une tactique un peu différente. C'est lorsque la tentation est violente, ou qu'elle dure ; c'est surtout lorsqu'il s'agit de ce qui est notre tentation personnelle, domestique, habituelle, en affinité avec notre nature ; elle a été la tentation de notre enfance, elle nous a suivi comme une menace et comme un ange maudit, elle a grandi et vieilli avec nous, nous la retrouvons toujours vivace. Si nous ne voulons pas infailliblement succomber, il faut ramasser ce que nous avons d'énergie et de délicatesse, saisir avec vigueur, presque sans réflexion, par un acte spontané, ces rejetons d'enfer, ces fils de Babylone, et les broyer aussitôt contre la Pierre qui est le Christ (I Cor., X, 4) : c'est-à-dire s'armer de la foi, de la charité, de la prière, pousser un appel vers le Seigneur et porter notre âme dans la région de la paix. Saint Benoît cite, dans un sens allégorique et à la suite de plusieurs Pères (1), le dernier verset du psaume cxxxvi : Beatus gui tenebii, et allidet parvulos iitos ad petram.

(1) Origène, Contra Celsum, l VII, 22. P. G., XI, 1463, S. HiLAiFE, Tracl. in Ps. cxxxvi, 14. P. L., IX, 784, S. Ambroise, De poenU., II, 106. P. L., XVI, 623.

S. Jérôme, Epist. XXII, 6. P. L., XXII, 398. Commentarwlum in Ps, cxxxvi, apud Anecdota Maredsolana, vol. III, P. I,p. 94. S. Augustin, Enarr. in Ps. cxxxvi, 21, P. L., XXXVII, 1773-1774, Cassien, InsL, VI, xni.

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