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QUELLES DOIVENT ÊTRE LES HEURES DES REPAS POUR LES FRÈRES

QUIBUS HORIS OPORTEAT REFICERE FRATRES. A

sancto Pascha usque ad Pentecosten ad sextam reficiant fratres, et ad seram coenent.

Saint Benoît distingue pour l'année quatre époques relativement à l'heure des repas. Depuis la sainte Pâque jusqu'à la Pentecôte, il n'y a point de jeûne, et ceci est conforme à l'ancienne discipline de l'Église. Encore que saint Benoît n'en dise rien, il est sûr que les moines ne jeûnaient pas non plus le dimanche. On comptait deux repas : l'un au milieu du jour, à la sixième heure ; l'autre le soir, c'est-à-dire avant le coucher du soleil, et cette heure variait naturellement selon les saisons. Alors que chez les Grecs et les Romains le dîner de midi était communément un peu sommaire, il était au contraire chez les moines le repas principal

A Pentecoste autem, tota aestate, si labores agrorum non habent monachi, aut nimietas aestatis non perturbât, quarta et sexta feria jejunent usque ad nonam : reliquis vero diebus ad sextam prandeant. Quae prandii sexta, si opéra in agris habuerint, aut aestatis fervor nimius fuerit, continuanda erit, et in Abbatis sit providentia. Et sic omnia temperet atque disponat, qualiter et animae salventur, et quod faciunt fratres, absque ulla murmuratione faciant.

A partir de la Pentecôte et pendant tout l'été, c'est le même régime que pour le temps Pascal, avec cette différence que le mercredi et le vendredi sont jours de jeûne régulier. Ces fériés quatrième et sixième étaient

aussi pour tous les chrétiens des premiers siècles des jours de pénitence (1). Mais, afin de distinguer le jeûne des mercredis et vendredis de celui du Carême, saint Benoît anticipe l'heure du repas unique : il se prend à none, c'est-à-dire vers trois heures de l'après-midi. C'est aussi à none que, dans certains Ueux, l'on rompait le jeûne, non seulement pendant cette période de l'année, mais même en Carême (2). Les autres jours, dit saint Benoît, on mangera à sexte. Comme il ne parle pas du souper et que des documents anciens, tels que la Règle de saint Fructueux et la Règle du Maître, l'excluent formellement, quelques commentateurs doutent qu'il y eût en été, au Mont-Cassin, un prandium et une coeria (3). Mais l'usage de tout l'Ordre est d'accorder deux repas tous les jours qui ne sont pas de jeûne.

N. B. Père permet un adoucissement du régime d'été dans le cas de travaux extraordinaires ou de chaleurs excessives. Les heures, en cette saison, étaient plus longues, et il eut été souvent fort pénible d'attendre jusqu'à none pour se restaurer, Quae prandii sexta continuanda erit : on continuera l'usage du repas pris à sexte, c'est-à-dire que toute la semaine, y compris le mercredi et le vendredi, le dîner aura lieu à sexte. Probablement, il y avait aussi souper le soir ; c'était la suppression pure et simple du jeûne. L'appréciation de ce qu'il convient de faire est remise au jugement paternel, à la prévoyance de l'Abbé. Et qu'ainsi, ajoute saint Benoît, il ménage et dispose toutes choses de telle manière que les âmes se sauvent et que le travail des frères s'accomplisse sans murmure. C'est toujours le même souci du tempérament, de la mesure ; toujours la même crainte du murmure et des protestations, même purement secrètes. Il vaut mieux dispenser du jeûne que d'exposer les frères au découragement et à la tristesse.

Ab Idibus autem Septembris usque ad caput Quadragesimae, ad nonam semper reficiant fratres.

La troisième période, celle que nous appelons le Carême monastique, va depuis les ides fermées de septembre, depuis les calendes ouvertes

(1) Cf. S. Epiph., Adv. Haereses, 1. III, t. II : Exposilio fidei, xxii. P, G., XLII 826-828.

(2) Cf. SocRAT., Hist. eccles., 1. V, c. xxn. P. G., LXVII, 626-646. — Cass., Conlat. II, XXVI ; XXI, xxiii.

(3) S. Jérôme écrit, dans sa Préface à la Règle de S. Pacôme (6) : Bis in heldomada, quarta et sexta Sablati ab omnihus jejunatur, excepta tempore Paschae et Pentecostes. Aliis diebus comedunt qui volunt post meridiem; et in coena similiter mensa ponitur, propier laborantes, senes, et puer os, aestusgue gravissimos. Sunt qui seamdo parum comedunt; alii qui prandii, sive coenae uno tantum cibo œntenti sunt, Cf» Laoeuze, Étude sur le cénobitisme pakhomien, p. 298-299,

d'octobre, c'est-à-dire depuis le 14 septembre jusqu'au Carême ecclésiastique. Alors le repas est à none. Rien ne prouve qu'il y eût coUation les jours de jeûne. Mais rappelons-nous que la quantité de nourriture était probablement la même en tout temps ; que, les jours de jeûne, on servait en une fois ce qu'on servait les autres jours en deux ; l'heure de cet unique repas était simplement plus ou moins retardée.

In Quadragesima vero usque ad Pascha, ad vesperam reficiant. Ipsa tainen Vespera sic agatur, ut lumine lucernae non indigeant reficientes, sed luce adhuc diei omnia consummentur. Sed et omni tempore, sive coenae, sive refectionis hora sic temporetur, ut cum luce fiant omnia.

Depuis le début du Carême (mercredi des cendres ou premier dimanche) (1) jusqu'à Pâques, on mangera seulement à l'heure de vêpres, après l'office. Pendant de longs siècles ce fut aussi l'usage le plus commun des clercs et des fidèles.

N. B. Père veut que le repas de Carême se prenne avant le coucher du soleil ; cette anticipation sera un petit soulagement pour les frères. On placera donc l'office de Vêpres à une heure qui permette aux moines de terminer leur repas à la clarté du jour et sans avoir besoin de lumière. Ainsi, le lecteur pourra lire sans chandelle, et sm'tout les frères seront moins tentés de se dissiper pendant le repas : les petits colloques eussent été faciles dans un réfectoire assez mal éclairé. Et saint Benoît généralise cette mesure : toute l'année, l'heure du souper ou l'heure de l'unique réfection seront calculées de telle sorte que tout s'accomplisse à la lueur du jour qui finit. Mais, peut-on objecter, en hiver, le souper sera bien près du dîner? A cette difficulté D. Calmet répond : « 1° Que saint Benoît a parlé selon le climat d'ItaUe où il écrivait et où les jours pendant l'hyver sont plus longs qu'en France, en Allemagne et dans le Nord. 2° Qu'il n'est nullement certain qu'il ait accordé le souper à ses religieux depuis l'Exaltation de la sainte Croix jusqu'à Pâques, aux jours qu'on mangeait à l'heure de Sexte, non plus qu'aux jours où l'on ne mangeait qu'à l'heure de None... 3° Supposé qu'il l'accordât, c'était plutôt un léger goûter qu'un souper... »

(1) Cf« Dkiionn, d'Archéolt chrct, et de Liiurg.f art* CaptU Jefuniù

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