PROLOGUE i
Qui timentes Dominum, de bona observantia sua non se reddunt elatos, sed ipsa in se bona, non a se posse, sed a Domino fieri existimantes, operantem in se Dominum magnificant, illud cum Propheta dicentes : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. Sicut nec Paulus Apostolus de praedicatione sua sibi aliquid imputavit, dicens : Gratia Dei sum id quod sum. Et iterum ipse dicit : Qui gloriatur, in Domino glorietur.
Alors que notre texte du psaume xiv signifie : le juste « honore ceux qui craignent Dieu », saint Benoît lisait : Timentes autem Dominum magnificant, « ceux qui craignent Dieu lui rendent gloire », et cette leçon lui fournit le développement qui suit.
Nous devons réaliser le bien, nous devons repousser le mal, et lorsque nous avons fait l'un et l'autre, il nous faut encore, sous peine de tout compromettre, veiller à n'en pas concevoir d'orgueil. Les vrais serviteurs de Dieu, ceux qui redoutent la sévérité de ses jugements sur les superbes, s'appliquent à faire refluer vers lui ]a causalité et comme la responsabilité de leur vertu. Ils glorifient Dieu en reconnaissant que rien ne leur vient d'eux-mêmes : ni la pensée, ni la volonté du bien, ni son accomplissement. Sans doute c'est, indi visiblement, notre acte et le sien, et nos mérites sont réels ; mais l'intervention de Dieu a de tels caractères de priorité, d'efficacité, de souveraineté, que l'honneur de notre propre justice remonte jusqu'à lui : Sed ipsa in se bona, non a se posse, sed a Domino fieri existimantes, operantem in se Dominum magnificant (1). Le psaume cxiii proclame hautement cette doctrine ; de même, le grand travailleur que fut saint Paul ne s'attribua rien de ses succès apostoliques (I Cor., XV, 10), et il rappela que tout chrétien ne pouvait non plus se glorifier que dans le Seigneur (II Cor., x, 17). Nous avons déjà entendu N. B. Père exprimer sa pensée sur ces délicates questions de la grâce ; ici encore, c'est de la saine et exacte théologie.
Il y aurait danger à rechercher avec curiosité et à considérer sans cesse le bien qui est en nous, mais il faut savoir le reconnaître tranquillement. Un examen de conscience un peu sérieux n'est complet qu'à la condition d'être distribué en deux colonnes : celle du mal dont nous sommes seuls respoLsables, celle du bien qui est l'œuvre de Dieu
(1) Cf, Cass., Inst., XII, XVI. Conlat. III, xv,
en nous. Dieu aime à être remercié, et nous ne pouvons rendre grâces que d'un bienfait dont nous prenons conscience et que nous consentons à regarder.
Unde et Dominus in Evangelio ait : Qui audit verba mea haec, et facit ea, similabo eum viro sapienti qui aedificavit domum suam supra petram : venerunt flumina, flaverunt venti, et impegerunt in domum illam, et non cecidit : fundata enim erat supra petram.
Omettant quelques paroles du psaume (1), N. B. Père passe aussitôt à celles qui le terminent : Qui facit haec non movebitur in aeternum. Le juste ne tombera pas, il ne déchoira pas de son espérance ; il parviendra au temple de Dieu où il a désiré vivre. Mais, parce que cette conclusion était un peu brève, saint Benoît a jugé bon de la commenter par un texte emprunté au chapitre vu de saint Matthieu (24 sq.), où le Seigneur décrit la sécurité de celui qui écoute et accomplit sa parole : c'est un homme sage, il assoit l'édifice de sa perfection sur une base ferme et inébranlable. La Pierre, c'est donc encore le Christ : s'attacher à lui par la foi, l'aimer par-dessus toutes choses, nous fait partager sa solidité, sa stabilité éternelle.
Une maison ainsi bâtie peut résister à tous les assauts. Ils ne manquent pas dans une vie surnaturelle consciencieuse, dans une famille qui veut garder l'intégrité de sa foi monastique. Tout arrive, et de partout : la pluie, qui vient du ciel (2) ; les vents, qui sont de l'atmosphère ; les fleuves, les torrents, qui sont de la terre. Épreuves d'en haut, persécutions des puissances terrestres, vents qui transportent de l'autre côté des mers : une abbaye peut connaître tout cela : Et non cecidit : fundata enim erai supra petram.
Haec complens Dominus exspectat quotidie his suis sanctis monitis factis nos respondere debere. Ideo nobis propter emendationem malorum, hujus dies vitae ad inducias relaxantur, dicente Apostolo :
(1) S. Augustin (Enarr. in Ps. xiv, 4. P. L., XXXVI, 144) distingue, lui aussi, cette même portion du psaume, et dit qu'elle s'adresse aux débutants de la vie surnaturelle : Sicut illa superiora pertinent ad perfeclos, iia ea quae nunc dicturus est, pertinent ad inàpienies.
(2) Elle est mentionnée par l'Évangile, mais omise par saint Benoiti