‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 125 sur 171 · DE L'OBSERVANCE DU CAREME · texte numérisé non relu

DE L'OBSERVANCE DU CAREME

pascale prévienne les temps et rejaillisse jusque sur les semaines d'attente. Notons qu'il s'agit de « la joie d'un désir spirituel » : l'estomac, lui aussi, a ses convoitises, mais ce n'est pas d'elles qu'il est ici question. Et cum spiritualis desiderii gaudio sandum Pascha exspedet : on entrevoit dans cette petite phrase toute la saveur qu'avait la sainte Pâque pour N. B. Père saint Benoît. Ainsi, deux fois en quelques lignes, la joie est mentionnée ; c'est qu'en effet le précepte de la joie oblige toujours. Même à ses heures les plus austères et jusque dans l'exercice de la pénitence, la vie monastique gardera donc l'aspect tranquille et l'abord facile que lui voulait saint Benoît : In qua insiituiione nihil asperum nihilque grave nos constituturos spemmus.

Hoc ipsum tamen, quod unusqiiisque offert, Abbati suo suggérât, et cum ejus fiat oratione et voluntate ; quia quod sine permissione patris spiritualis fit, praesumptioni deputabitur et vanae gloriae, non mercedi. Ergo cum voluntate Abbatis omnia agenda sunt.

La part surajoutée de mortification, encore qu'elle soit résolue spontanément, sera néanmoins soumise à l'Abbé, que N. B. Père appelle ici pater spiritualis. On ne saurait excéder lorsqu'il s'agit des vertus théologales ; on excède facilement lorsqu'il s'agit des vertus morales, lesquelles consistent dans une sage moyenne prise entre deux extrêmes, et dont l'objet immédiat est une chose bonne, non par elle-même ni pour eUemême, mais en vertu de sa relation avec une autre qui est bonne d'une façon absolue. La mortification n'est bonne que relativement : sinon, tous les fakirs indiens seraient parfaits !Elle est bonne parce qu'elle nous établit en santé morale et qu'elle diminue les exigences du corps ou de l'esprit propre ; — parce qu'elle nous fait expier et réparer le péché ; — et surtout parce qu'elle nous associe aux souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ; elle est bonne comme procédé et comme moyen, non comme fin. Or, il y a place, sur ce terrain, pour des erreurs doctrinales et pour des erreurs pratiques. On peut non seulement manquer de mesure, mais encore, par un renversement étrange des principes mêmes du christianisme, faire consister toute la vie surnaturelle dans l'œuvre de mort de la pénitence ; on peut s'exalter dans son audace, — tuer le bélier pour laisser vivre Isaac. L'attrait pour une mortification rigoureuse peut être affaire de tempérament, violence naturelle, raffinement maladif, ou bien n'être qu'une forme de la superbe. Et U s'en faut de beaucoup que l'ardeur à la mortification corporelle s'unisse toujours à

l'obéissance intérieure et à la mortification de l'esprit. H n'y a réellement d'avenir ni pour les mous, ni pour ceux qui sont extrêmement mortifiés, lorsque leur pénitence n'est pas accompagnée d'une trè^ grande docilité et soumission d'âme. L'unique procédé qui nous mette à l'abri des illu- Bions est indiqué par saint Benoît : confier à notre Abbé nos bons désirs et suivre en tout sa direction.

N. B. Père assigne un autre motif à ce recours au supérieur. Le moine ne s'appartient plus, l'exercice de son activité entière est déterminé par la Règle et par la volonté de l'Abbé (1). H ne faudrait pas, sous couleur de perfection et au moyen d'observances particulières, peut-être excellentes en soi, mais non autorisées, échapper tout un Carême à une sujétion absolue qui est la condition même de notre vie monastique! Des œuvres faites dans ces dispositions n'auraient aucun caractère surnaturel et méritoire. Ce qui se fait sans la permission du père spirituel, dit saint Benoît, sera porté au compte de la présomption et de la vaine gloire et non de ce qui mérite récompense (2). De nouveau, nous sommes mis en garde contre une tendance pharisienne : l'ostentation dans les bonnes œuvres : Noli tuba canere ante te, sicut hypocritae faciunt in synagogis et in vicis ut Tionorificentur ah hominibus... Amen dico vobis : receperunt merced':in s\mm (Matth., vi, 2). Dans nos petites mortifications, oublions toutes choses, sauf le regard et la joie de notre Père céleste. Saint Benoît parle non seulement de la permission de l'Abbé mais de sa prière. Nous pouvons compter toujours sur la prière de notre Abbé, et la nôtre doit être associée habituellement à la sienne.

Q) Sine (prtiepositi) volunlate nuUus fraler quidquam agai {Reg. II SS. Patrum, i). (2) Cf. S. Basil., Reg. œnir., lxxxix, clxxxi, clxxxiv. — Cass., Ind., V, xxiiu — Hjbften, L X, tract, vui, disq. VI4 — Udalr,, Consuet, Clun., 1. II, c. iii«

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