‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 127 sur 171 · DE LA CÉLÉBRATION NON CONVENTUELLE DE L'OFFICE · texte numérisé non relu

DE LA CÉLÉBRATION NON CONVENTUELLE DE L'OFFICE

celui-ci. Lorsque le moment de réciter l'Heure liturgique paraissait arrivé, on descendait de sa monture (les longues courses se faisaient rarement à pied), on quittait ses gants de voyage, on se découvrait la tête, on priait de la même façon et dans la même posture qu'on l'eût fait au chœur ; l'Heure ainsi commencée, on remontait à cheval et la psalmodie se poursuivait. Quand les chemins étaient trop boueux, qu'on était sous la pluie et la neige, il y avait dispense de la génuflexion qui précède l'office, et on récitait à la place le Miserere : telle était du moins la coutume clunisienne, rappelée par Pierre le Vénérable à saint Bernard (1). N. B. Père suggérait cette discrétion lorsqu'il écrivait : Sed ut possunt, agant ibi (2). Ces mots laissaient une marge à l'interprétation des supérieurs et des moines : on célébrera l'Œuvre de Dieu du mieux que l'on pourra. S'il eût fallu réciter l'office tout comme au chœur et dans son entier, on aurait dû emporter avec soi les gros livres manuscrits. Les bréviaires étaient, et pour longtemps encore, inconnus. Avant leur apparition, cependant, on constate l'usage de manuscrits contenant certaines portions de l'office et un choix de prières et de lectures pour les voyageurs (3). Saint Benoît ne pouvait donc pas préciser davantage. Ce qu'il veut, c'est que les moines fassent leur possible. Et servitutis pensum non negligant reddere : c'est une dette de justice et une obligation sacrée (4).

Dans les mots : Non eos praetereant Horae constitutae, certains commentateurs voient le précepte de réciter chaque Heure en son temps. Il n'eût jamais paru possible à saint Benoît qu'on psalmodiât les Laudes, par exemple, au coucher du soleil ou même de nuit. Nous pourrions rappeler aussi qu'il est des endroits moins favorables à la récitation décente et pieuse de nos Heures ; enfin que, sauf les cas prévus par la théologie morale, nul aujourd'hui n'a le loisir de réduire la liturgie et de l'accommoder aux nécessités du voyage.

(1) Epist., 1. 1, Ep. XXVIII. P. L., CLXXXIX, 132.

(2) Il faudrait l^e : agarU sibi i ils diront l'office en particulier,

(3) Cf. Calmet, Comment, sur le chap. l.

(4) Sur l'ancienneté et l'universalité de cette récitation obligatoire pour les clercs comme pour les moines, cf, MABiLLON,Z)e Liturgia gallicana : Disquisitio de cursu gallicanOt VI, p. 426-439.

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