DES PRÊTRES QUI VOUDRAIENT SE FIXER DANS LE MONASTÈRE
pôle des cloîtres, qu'il nous suffise de rappeler ici l'exemple du saint curé d'Ars. Nous n'instituerons pas davantage la comparaison fameuse, et souvent mal comprise, entre l'état de perfection acquise, celui des évêques, — et l'état de perfection à acquérir, celui des religieux. Nous ne songeons pas plus à établir des parallèles entre les personnes. Nous parlons doctrine. Or il est certain que la vie religieuse est la vie parfaite organisée, assurée par la pratique des conseils et des vœux, et que le prêtre lui-même j entre sans déchoir. H est incontestable aussi que l'Église est soucieuse de maintenir et de sauvegarder le droit sacré qu'ont tous ses clercs d'entrer, dès qu'ils le veulent, dans un Ordre actif ou contemplatif. Les évêques, à raison du lien spirituel qui les attache à leur église, ont besoin, pour se faire religieux, de la permission du Souverain Pontife. Quant aux clercs dans les ordres sacrés, ils doivent s'adresser filialement à leur Ordinaire et se concerter avec lui, afin que les âmes ne restent pas en souffrance et sans pasteur (1). Même lorsqu'il y a pénurie de prêtres, les évêques ont trop d'esprit surnaturel et trop le sens de la communion des saints pour ne pas favoriser les vocations reUgieuses.
S'il est toujours permis à un clerc, à celui qui est déjà ad dericatum conversus, selon l'expression d'anciens conciles, de solliciter son admission dans le monastère pour une « conversion » nouvelle et plus complète : il est loisible aussi au monastère de s'abstenir de tout empressement et de toute hâte à l'accueillir : Non quidem et dtius assentiatur. H faut donc se garder de prendre les devants, et ne céder qu'à de longues et pressantes instances : jS"* omnino perstiterit in hae petitione. Sans se laisser éblouir par l'honneur ou le profit qu'une telle démarche apporte au monastère, il est sage d'éprouver cette vocation tout comme les autres, — plus que les autres, disait HUdemar. Et le même commentateur ajoute, avec Paul Diacre, qu'on faisait passer le prêtre par les mêmes stades qu'un laïc, y compris l'humiliant séjour devant la porte. Mais il est permis de croire que N. B. Père, si attentif à honorer le prêtre, n'entendait pas le soumettre aux vexations et aux injures qui précédaient ordinairement l'entrée (2).
n est facile de justifier, aujourd'hui encore, les appréhensions de la sainte Règle. Dans un grand séminaire, en vue des fonctions et des devoirs de la vie sacerdotale, ce que l'on inculque très habituellement, c'est l'incomparable dignité du sacerdoce. Le prêtre soutient
(1) Voir le canon 542 du Code.
(2) Cum auiem clericus aliquis ad virum sandum ui monachis adscribereiur accedelai, orddm quidem ejus deferelatur revereniia, quemadmodum divina nolis lex praescriUt; quantum vero ad ohservaniiam canonis fratres oUigantis aUinet, praestalat illam taiis aeque ac ceieri (Vita S. Pachomii, c. m. Acta SS., Maii t. III, p. 303),
une relation spéciale avec la maternité virginale de Notre-Dame ; le fait d'avoir sur la pei sonne du Seigneur autorité et juridiction l'élève audessus des rois et même des anges... C'est exact. Mais nous savons bien aussi que, lorsqu'une dignité surnaturelle nous est conférée, nous avons une singulière facilité à nous établir, non dans l'élément responsabilité et obligation, mais dans l'élément grandeur et privilège. Les religieuses ne manquent jamais de paroles pour se proclamer les épouses de Jésus- Clnist : il serait téméraiie de dire qu'elles font toujours la volonté de leur Époux. Une conscience trop exclusive de notre dignité personnelle incline peu à une vie dont la caractéristique est l'humilité et l'obéissance.
Et puis, le prêtre, surtout s'il est un peu âgé, arrive avec une âme toute formée, un caractère nettement dessiné, des habitudes mentales, parfois même un système. Il est difficile, dans ces conditions, qu'il soit largement et tranquillement hospitalier à des idées et à des pratiques qui lui sont peu familières et lui paraîtront inopportunes, peut-être inexactes. Une tendance bien humaine le portera aux critiques ; et il semblera, étant donnée son expérience, n'être entré que pour corriger ses frères et pour réformer l'abbaye. La condition du prêtre séculier est de se tenir à distance du monde et dans une attitude de défense : mais la plus lourde faute que l'on puisse commettre dans la vie monastique est de se garder. Quiconque a le dessein de devenir moine doit consentir à cette complète réédition de soi-même qui réclame l'effacement de la volonté propre. Un long exercice de l'autorité, même très légitime, même surnaturelle, a peut-être fait du prêtre, et à son insu, l'homme qui commande et qui dirige ; ou bien l'habitude d'une vie facile, sans gêne, intellectuellement désœuvrée, a peut-être amolli le caractère. Et pourtant, il faut, pour réussir, qu'un côté de notre cœur soit demeuré naïf, simple, affectueux ; il faut retrouver une part de jeunesse et de vaillance joyeuse.
Mais enfin, si le candidat n'est pas de la trempe de ceux que nous venons de décrire, ou si du moins sa bonne volonté est telle qu'il y ait chance de réussite, U n'est pas imprudent de le recevoir. Toutefois saint Benoît ne mentionne pas cet accueil, mais fait remarquer aussitôt que le prêtre doit bien savoir, en entrant, qu'il sera tenu à garder toute la discipline de la Règle, sans qu'on la relâche aucunement en sa faveur ; il devra méditer la parole évangélique : « Mon ami, pourquoi êtes-vous venu ici? » N'est-ce pas pour vous sanctifier et pour obéir? Sans doute nous lisons ces paroles en saint Matthieu (xxvi, 50), et elles ont été adressées par le Seigneur à Judas ; mais on peut croire que sous la plume de N. B. Père le rapprochement et la citation sont purement matériels. Une formule équivalente était employée par les Pères du désert lorsqu'ils voulaient se rappeler à eux-mêmes la réahté de leur vocation : Propter quid