‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 152 sur 171 · DES FRÈRES QUI VONT EN VOYAGE SS · texte numérisé non relu

DES FRÈRES QUI VONT EN VOYAGE SS

monastique ne devrait jamais solliciter de lui-même et moins encore réclamer avec instances la faveur, quelquefois périodique, de retourner dans son pays ou de passer quelques semaines à l'ombre d'une riche bibliothèque. MaIs il n'est que filial d'exposer à l'Abbé certaines situations embarrassantes : sa prudence décidera.

D'ordinaire, l'Abbé donne au partant un ou plusieurs compagnons : e'est la meilleure des sauvegardes, et ainsi la vie de communauté n'est pas complètement abandonnée. Encore que saint Benoît ne dise rien de cet usage (le pluriel fratres y fait peut-être allusion), il est probable qu'il existait chez lui, comme il existait chez les Pères d'Orient (1), Le concile d'Aix-la-Chapelle de 817 prescrivit que le moine en voyage eût toujours un compagnon.

Avant de sortir, les frères se reconmiandent aux prières de tous et de l'Abbé. Quelques commentateurs (Bernard du Cassin, Boherius) regardent ici la particule vél comme disjonctive : Saint Benoît, disent-ils, prévoit le cas où il faudra q itter le monastère sans pouvoir se présenter devant la conmiunauté réunie, ei; alors la prière et la bénédiction de l'Abbé Bufl&ront (2). C'est à l'oratoire que ceux qui partent viennwit, en temps opportun, solliciter les prières du couvent (3).

Ainsi munis et fortifiés, les voyageurs s'en vont. Comme nous le disions au chapitre L, ils gardent tout ce qu'ils peuvent des observances monastiques. Surtout ils sont fidèles à l'office divin, à la lecture (4). La communauté, de son côté, ne manque jamais, à la fin de chaque Heure, d'avoir un souvenir pour les frères absents. Plusieurs conmientateurs pensent que saint Benoît parle seulement de la prière finale de tout l'office, c'est-à-dire de celle qui termine Compiles, puisqu'il ne spécifie

(1) Nullus solus foras mittatur ad aîiquod negotium, nisi juncio et altero (S. Paoh., jRe^., tvi). — Cf. S. Macar., Reg., xxil — S. Basil., Reg. fus., xxxix. — S. Grégoire le Grand donne, parmi les motifs qui lui faisaient refuser la confirmation de l'élection abbatiale de Constantius, celui que ce moine avait voyagé seul : Epist., 1. XII, Ep. XXIV. P. L., LXXVII, 1233 ; M. G. H. r Epist, t. II, p. 351.

(2) La bénédiction de l'Abbé était d'ailleurs nécessaire toujours, à l'aller comme au retour : plusieurs traits de la Vie de saint Benoît y font allusion (S. Greg. M., Dial, 1, II). Voir par exemple les chapitres xii, xxii, xxiv : dans ce dernier passage est racontée l'histoire du petit moine qui aimait trop ses parents et qui, étant parti les voir un jour sans bénédiction, mourut chez eux.

(3) On peut lire dans le Sacramentaire Grégorien trois oraisons de circonstance ; elles sont citées par Hsften (1. XI, tract, iv, disq. m) ainsi que celles que reproduit Smaragde. Celle que nous récitons est déjà indiquée dans les Coutumes de Cluny (L III, C, v) et dans les Constitutions d'Hirsauge (1. II, c. xviii).

Lorsque les voyageurs devaient revenir le soir même ou au bout de quelques jours, la bénédiction et une courte prière du supérieur suffisaient ordinairement (Cf. Haeft., îoc cit.). Actuellement et dans notre Congrégation, nous ne sollicitons les prières à l'oratoire que si l'absence doit se prolonger au delà de huit jours ; mais, chaque fois que nous sortons de la clôture, nous devons, à l'aller et au retour, demander la bénédiction du supérieur et prier un instant à l'église.

(4) Codiculum modicum cum aliquibus îedionibus de monasierio secum portet^ ut quavis hora in via repausaverii, aliquantulum tamen légat, etc. {Reg. Magistri, lvu).

point qu'il s'agit de toutes les Heures canoniques, comme il le fera dans un instant au sujet du retour. On peut répondre que dans ce dernier passage saint Benoît appelle précisément « achèvement de l'Œuvre de Dieu » la conclusion de chaque Heure : per omnes canonicas Horas, dum expletur Opus Dei: pourquoi aurait-il donné un autre sens à l'expression tout à fait analogue : et semper ad orationetn ultmam Operis Dei? Du reste, l'usage monastique commun et ancien sufl&t à justifier notre traduction (1). Ces touchantes prières pour les absents étaient assez longues autrefois. Celles que donne Smaragde commencent par les mots : Oremus pro fratribus nostris ahentihus; elles comprennent une série de petits versets avec leurs répons, puis le psaume i. Le Bréviaire de Paul V a choisi une formule très abrégée, mais qui est aimable encore, et qui suffit, si nous la prononçons avec foi.

Reverlentes autem de via fratros, ipso die quo redeunt, per omnes canonicas Iloras, dum expletur opus Dei, prostrati solo oratorii ab omnibus pelant oralionem propter excessus, ne quid forte subripuerit in via visus, aut auditus malae rei, aut otiosi sermonis. Necpraesumat quisquam aliis referre quaecumque foris monasterium viderit aut audierit, quia plurima destructio est. Quod si quis praesumpserit, vindictae regulari subjaceat.

Le jour même de leur retour, et sans temporiser aucunement, les frères se prosterneront à terre dans l'oratoire, à la tin de chacune des Heures, sollicitant ainsi les prières de tous. L'usage s'est établi de les demander, une fois pour toutes, à la fin du premier office canonique qui suit le retour. Notre fommlah-e paraît identique à celui de Cluny et d'Hirsauge (2). Ces prières sont comme un sacramental, destiné à effacer toutes les négligences, toutes les fautes dans lesquelles se seraient laissé surprendre les yeux, les oreilles et la langue. Paul Diacre et Hildemar observent qu'il s'agit bien ici, et uniquement, de ces surprises presque inévitables à notre faiblesse, et que tel est le sens suggéré par les mots excessus et suhripueru; des fautes plus graves ou d'un autre genre exigeraient, disent-il, une confession faite à l'Abbé (3). L'intention de N. B. Père est

^1) Nous avons rappelé plus haut, p. 178-179, que les synaxes antiques se terminaient d'ordinaire par des prières pour tous les besoins des fidèles.

(2) Constit. Hirsaug., 1. II, c. xix.

(3) Cf. S. Basil., Reg. fus. , xliv : Quibus permiiienâae sint peregrinationes ei guomodo, uht redieritU, sint interrogandi.

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