DU CARACTÈRE ÉLÉMENTAIRE DE CETTE RÈGLE
Estote ergo vos perfedi, sicut et Pater vester caelestis perfedus est (Matth., V, 48)? N. B. Père trouve sa Kègle étroite et chétive devant les splendeurs révélées par Dieu à ses saints, et qu'il connaissait d'expérience : Animae videnti Greaiorem angmta est omnis creatura (1).
Ceterum ad perfectionem conversationis qui festinant, sunt doctrinae sanctorum Patrum, quarum observatio perducit hominem ad celsitudinem perfectionis. Quae enim pagina, aut quis sermo divinae auctoritatis veteris ac novi Testamenti, non est rectissima norma vitae humanae? Aut quis liber sanctorum catholicorum Patrum hoc non resonat, ut recto cursu perveniamus ad Creatorem nostrum? Nec non et Collationes Patrum, et Instituta et Vita eorum : sed et Régula sancti Patris nostri Basilii, quid aliud sunt, nisi bene viventium et obedientium monachorum exempla, et instrumenta virtutum? Nobis autem desidiosis et maie viventibus atque negligentibus, rubor confusionis est.
A toute âme empressée à réaliser l'idéal monastique (2), N. B. Père indique en peu de mots quelles sont les sources où elle devi'a puiser un complément d'information surnaturelle. Kemarquons bien le rôle qui est dévolu à l'intelligence. C'est de vie contemplative qu'il s'agit pour saint Benoît ; et cette vie s'épanouit par ses procédés propres. Ce n'est pas dans la vie apostolique et active qu'on nous demande de marcher et de courir : mais dans la vie où l'on scrute, jour et nuit, Dieu et ses œuvres ; où se révèle, par voie de lumière, d'amour, de louange, le mystère de Dieu et du Christ. Et ce n'est pas seulement un choÎK vaiié de conseils ascétiques que N. B. Père nous propose de demander aux anciens, encore qu'il signale à quatre reprises le bénéfice pratique et moral de cette étude : il songe à une formation doctrinale profonde, à une connaissance savoureuse des choses divines, d'autant plus efficace pour pénétrer toute notre vie qu'elle est le fruit d'une science plus haute. Au reste, les mentalités sont diverses, comme les étoiles : Stella enim a Stella differt in daritate (I Cos., xv, 41); tous les
(1) S. Greg. m., Dial., 1. II, c. xxxv.
(2) Ad perfectionem fesUnantibus... (Cass„ Conlat. XXI, v)<
procédés sont bons qui réforment les mœurs et conduisent à Dieu ; mais nul ne s'étonnera que les fils de saint Benoît demeurent fidèles à celui des premiers siècles, et qu'ils trouvent, dans la lecture recueillie d' « une page quelconque » de la Bible ou des écrivains ecclésiastiques, la direction et la nourriture de leur âme.
Voici donc, selon saint Benoît, la matière de notre contemplation : « les enseignements des saints Pères ». Peut-être cette appellation englobet-elle tous nos pères dans la foi, tous ceux qui ont écrit sur Dieu et les questions surnaturelles, à commencer par les auteurs inspirés ; et saint Benoît énumérerait ensuite trois grandes catégories d'ouvrages. La première comprend les livTes de l'Ancien et du Nouveau Testament reconnus d'autorité divine, et exclut, par conséquent, tous les livres apocryphes ou douteux qui circulaient encore paimi les fidèles. La sainte Bible est le manuel des moines. Mais à Dieu ne plaise que nous traitions jamais ces Lettres du Père céleste à sa créature, comme les appelle saint Augustin (1), en rationalistes ou en purs critiques ! Ce n'est qu'à la condition d'être enveloppée du même respect que l'Eucharistie, que chacune des pages ou des paroles de l'Écriture constituera, pour une vie humaine, la plus sûre des règles morales : redissima norma vUae humanae (2).
Et comme l'Écriture ne contient pas toute la pensée de Dieu, nous y joindrons l'étude des Pères : sanchrum ciiholicoram Patrum, de ceux qui sont les organes fidèles de la tradition, et dont les œuvres nous offrent un commentaire perpétuel de la Bible, le seul qui compte pour nous. Ni les hérétiques, ni les athées n'ont compétence pour expliquer les Écritures aux enfants de l'Église : ce sont des intrus ; avant eux, l'Église était en possession ; c'est elle qui tient de Dieu le sens vrai des Livres saints, proclamait déjà la fierté de Tertullieu (3). Y a-t-il un seul des écrits des Pères, continue saint Benoît, qui ne nous invite hautement à monter, par le droit sentier des justes (Isaïe,xxvi, 7), jusqu'à notre Créateur?
L'Écriture et les Pères appartiennent à tout chrétien : il est d'autres livres qui sont le patrimoine spécial de l'Ordre monastique et nous font communier à l'âme de tous nos saints. Et saint Benoît mentionne les ouvrages qui furent plus familiers à son temps : les Collationes, où Jean Cas- Ci) Enarrat. in Psalmum LXiv, 2. P. L., XXXVI, 774.
(2) C'est tout le thème da psaume cxvin : Lucema peàihus meis verhum tuum, et lumen semitis meis.
(3) lia non chrisliani nullutn jus capiunt chrisUanarum Litterarum; ad quos merito dicendum est i Qui estis? quando d unde venislis? quid in meo agitis, non mei? quo àenique, Marcion, jure silvam meam caedis? qua licentia, Valentim, fontes meos transvertis? qua potesiate, Apelîes, limites meos commoves? quid hic ceteri ad voluntatem vestram seminatis et pascitis? Mea est possessio, olim possideo... Ego eum haeres apostolorum... {De praescriptione haeretiaorum, xxxvn. P, L., II, 61),