PROLOGUE
jamais ne se tait. C'est surtout dans les monastères que Dieu se plaît à communiquer de sa pensée, de ses desseins, de sa beauté. Maria sedens sems pedes Domini audiehat verhum illius. Chaque matin, avant de communier à la chair et au sang du Seigneur, nous lui disons : Foc me tuis semper inhaerere mandatis et a te numquam sep arari permittas. Cette persévérance dans la doctrine durera jusqu'à la mort : Dieu n'est pas de ceux qu'on abandonne, lorsqu'on a fait connaissance avec lui; elle ira même au delà, s'il est vrai que la forme la plus achevée du magistère de Dieu se trouve dans la vision intuitive.
La stabilité, élément essentiel de la Règle bénédictine, est introduite dès maintenant, d'une façon négative : numquam discedentes, et d'une façon positive : in ejus dodrina usque ad mortem in monasterio persévérantes (1). Ainsi aimablement présentée, elle ne saurait efîrayer les âmes et leur paraître un fardeau ou une chaîne ; elle n'est que la fidélité à ce séjour béni, où nous sommes assurés de trouver la plénitude de la vie. Le premier principe, le fondement, le facteur et le terme de cette vie surnaturelle, c'est l'union à Notre-Seigneur Jésus-Christ : l'union à sa doctrine, l'union à sa souffrance, l'union à sa béatitude. N. B. Père revient ainsi, en terminant, à l'idée de la souffrance monastique comme prélude et rançon de notre entrée dans le royaume de Dieu : Haeredes quidem Dei, cohieredes autem Christi; si tamen compatimur, ut et conglorificemur (Rom., VIII, 17). De même que la stabilité, la souffrance est transfigurée : elle n'est plus qu'une collaboration glorieuse «aux souffrances du Christ» (I Petr., IV, 13), et le moine « patient » peut dire avec l'Apôtre : Nunc gaudeo in passionihus pro voMs, et adimpleo ea quae desunt passionun Christi in carne mea, pro corpore ejus, quod est Ecclesia (Col., i, 24).
Alors même que la Liturgie ne nous dirait pas de N. B. Père qu'U était tout enveloppé de clarté divine et comme déjà béatifié : Tantaque circa eum claritas excreverat ut in terris positus in caelestiius haUtaret, nous reconnaîtrions à la fréquence de ces allusions au salut, au ciel, à Dieu, l'orientation habituelle de sa pensée : Sanctus vir nullo modo potuit aliter docere quam vixit (2). Son âme tout entière était tendue vers l'éternité. Cette préoccupation a déterminé la conception organique de la vie religieuse qu'il a instaurée dans l'Église : dans le cadre le plus naturel, la famille ; la recherche la plus haute, l'union à Dieu ; le terme le plus surnaturel, l'éternité. La vie présente n'est qu'un apprentissage, un essai, un noviciat d'éternité : c'est en vue de l'éternité qu'il y a pour nous des choses à abandonner, des choses à apprendre, des choses à conquérir.
(1) In primis, si quis ad conversionem venerit, ea œnditione excipiatur, ui usqxu ad mortem suam ibi perseveret (S. Caesar., Reg. ad mon., i).
(2) S. «iREG. M., Dial, L II, c. xxxvi.