II INTRODUCTION
de l'éternité, après l'étude et peut-être l'essai des principales législations monastiques. Presque à chaque phrase, il y a comme un parti pris d'appuyer la pensée sur celle des anciens, tout au moins de parler leur langue et d'emprunter leurs termes. Mais alors même que la Règle ne serait qu'un travail de sélection intelhgente, alors même qu'elle n'eût été composée qu'avec la lecture et le tact surnaturel de saint Benoît, avec l'esprit d'ordre, de mesure et de clarté de ce Romain de vieille race patricienne, elle ne serait pas pour autant œuvre banale : en fait, elle demeure l'expression achevée, définitive de l'idéal monastique. Qui peut mesurer l'extraordinaire influence que ces quelques pages ont exercée, durant quatorze siècles, sur la formation générale du monde occidental? Saint Benoît pourtant n'a songé qu'à Dieu ; il n'a songé qu'aux ftmes désireuses de monter vers Dieu; il n'a voulu, dans la simplicité tranquille de sa foi, qu'établir une école du service divin : Dominici schoîa servitii. C'est à raison môme de cette recherche jalouse de l'unique nécessaire que Dieu a béni la Règle des moines d'une grâce singulière de fécondité et que saint Benoît a pris rang dans la lignée des grands patriarches.
On pourrait presque dire de la Règle bénédictine, ce qui est tout à fait certain de la Loi de Dieu, qu'elle porte en soi sa justification, qu'elle se suffît ijustificata insemelipsa, qu'elle a besoin seulement d'être lue, aimée, vécue. Le commentaire pratique d'une parole dictée par l'Esprit de Dieu n'a guère d'autre tâche que de l'épeler doucement, de la souligner discrètement, de la placer en pleine lumière. Aussi bien, une longue série de travaux pourraient très utilement converger vers une glose littérale de la Règle : étude du développement des institutions monastiques, depuis les saintes audaces de l'Église de Jérusalem et les héroïsmes de la Thébaïde, jusqu'à saint Basile et à saint Benoît; étude sur la vie de saint Benoît; histoire critique du texte de la Règle et histoire de sa diffusion; exposé de l'interprétation vivante qu'ont fournie les Us monastiques et les Règles tributaires de celle de saint Benoît; tableau enfin du monachisme contemporain. Sans négliger
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absolument toutes ces questions, celles-là surtout qui sont nécessaires pour l'intelligence du texte, notre Commentaire demeure, môme imprimé, ce qu'il fut originairement : une lecture de la Règle faite au Noviciat de Saint-Pierre de Solesmes. Il reproduit, en les abrégeant, des conférences d'initiation monastique. D'où l'absence d'un appareil scientifique proprement dit ; d'où le caractère parfois familier, et familial, du langage; d'où certaines redites, provoquées le plus souvent par les insistances de Notre Bienheureux Père lui-même. Peut-être la publication de ces notes répondra-t-elle, dans une mesure, à la curiosité de tant d'âmes chrétiennes, qui nous demandent chaque jour des éclaircissements sur le mode de vie, la spiritualité, l'utilité réelle des moines.
Le texte que nous expliquons est celui qui est d'usage courant dans la Congrégation bénédictine de France. Mais chacun pourra consulter les éditions critiques de Schmidt et de Wôlfflin, les travaux de Traube, Plenkers, G. Morin et autres érudits, et surtout l'excellente édition qu'a donnée en 1912 le Révérendissime Dom C. Butler. Il nous faut indiquer brièvement les principales solutions qui ont été proposées touchant l'histoire du texte. Dom Schmidt a signalé le premier l'existence de deux familles très distinctes de manuscrits. Selon lui, les plus anciens (Oxoniensis, fin du septième siècle, Veronensis ui [al. 50] et ^aw^a/Zem/s 916, huitième-neuvième siècle) fournissent le texte d'une première rédaction de la Règle ; tous trois semblent provenir d'une source immédiate commune. D. Schmidt a même cru rencontrer dans un manuscrit de Tegernsee {Monacensis 19408, neuvième siècle) le représentant d'un autographe confié par saint Benoît à saint Maur lorsque celui-ci passa en Gaule. L'autographe du Mont- Cassin (1), dont Théodemar envoya à Charlemagne une copie
(1) S'il s'agit réellement d'un même exemplaii-e, on en peut suivre l'histoire dans Paul Diacre, De gestis Langobardoriim, 1. IV, c. xviii ; 1. VI, c. XL (Patrologie Latine, XGV, 547-548; 650-651), et dans la Chronique du