‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 20 sur 171 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

"DE LA CONVOCATION DES FRÈRES EN CONSEIL De ADIIIBENDIS AD CONSILIUM FRATRIBUS. QuoticS

aliqua praecipaa agenda sunt in monasterio, convocet Abbas omnem congregationem, et dicat ipse iinde agitur. Et audiens consilium fratrum, tractet apud se, et quod utilius judicaverit faciat. Ideo autem omnes ad consilium vocari diximiis, quia saepe juniori Dominus révélât quod melius est.

Ce chapitre achève de fixer la constitution de la société monastique, en précisant le rôle qui revient à chacun de ses membres dans le gouvernement. Le dessein de N. B. Père n'est aucunement d'apporter des restrictions, des limites, des contrepoids au pouvoir absolu de l'Abbé} il n'a jamais songé à introduire chez lui les formes démocratiques et parlementaires ; et toutes les prescriptions que nous allons lire semblent calculées au contraire de manière à soulignei* le caractère souverain de l'autorité abbatiale, interprète et gardienne de l'autorité de la Règle, forme créée de l'autorité divine. Mais le dépositaire d'une telle puissance demeure un homme, obligé lui aussi de chercher péniblement la vérité, de découvrir les meilleures solutions pratiques, et exposé d'ailleurs à se méprendre. C'est par condescfudamoe que saint 1 enoît lui donne des conseillers ; ils n'auront pas mission de partager son pouvoir, de le contrôler, de lui faire échec à l'occasion, mais seulement de l'éclairer, de l'appuyer et d'en prévenir ainsi, disca-ètement, les maladresses ou les abus. Une intelligence n'épuise pas tofutte question ;'oe .que l'im n'aperçoit pas, un autre le découvrira peut-être, et les affaires ainsi traitées par le concours et la prudence de plusieurs sont mieux assurées du succès : c'est le motif qu'indique saint Benoît comme conclusion de ce chapila;)^ en citant le témoignage de l'Ecclésiastique (xxxii, 24).

N. B. Père distingue deux sortes d'affaires au sujet desquelles l'Abbé prendra conseil : praecipua, minora. Pour les questions les plus graves,

il convoquera toute la communauté ; pour celles qui sont moins sérieuses, mais qui ont cependant leur importance, il se bornera à consulter les anciens. Il est une troisième catégorie de questions qui ne réclament nulle convocation des frères : les questions de détail d'abord ; puis celles qui ont une solution nécessaire, ou évidente, ou réservée à l'Abbé, ou telle enfin que la communauté ne saurait être juge compétent. Selon N. B. Père, c'est l'Abbé qui apprécie s'il y a lieu, pour lui, de demander conseil. Toutes les fois, par exemple, qu'il s'agit d'affaires oii sont engagés gravement les intérêts d'honneur ou les intérêts d'argent du monastère, il doit réunir la communauté entière.

Et en désirant la présence de tous (1), saint Benoît obéit à une pensée de foi. Dieu s'intéresse activement aux affaires d'une maison monastique : c'est lui qui préside, et toute décision sage doit lui être imputée (Matth., xviii, 20). Pourquoi exclurait-on du conseil les jeunes profès, les petits oblats en âge de parler (V. le chap. LIX)? N'est-il pas d'expérience que le Seigneur aime à nous communiquer sa pensée par la bouche des enfants (2)? Cet âge est plus naïf, moins personnel, et Dieu agit plus librement avec lui. Il s'est servi d'un Samuel et d'un Daniel (V. le chap. LXIII) ; et au Mont-Cassin sans doute d'un saint Maur et d'un saint Placide. Mais les jeunes frères perdraient aussitôt le bénéfice de cette prédilection divine, s'ils manquaient de mesure, de courtoisie et d'humilité dans leurs appréciations, s'ils prononçaient avec solennité et importance sur les personnes et sur les choses, s'ils ne se mettaient en garde contre une tendance à formuler des résolutions tranchantes ou impitoyables ; leurs vues sont parfois courtes et simplistes, ils n'ont pas toujours le sens de ce qu'U y a de complexe dans les questions traitées.

L'office de rapporteur revient encore à l'Abbé. H expose l'affaire clairement, de telle sorte que tous comprennent bien de quoi il s'agit. Il le fait sans passion et sans essayer d'extorquer des adhésions, puisque, à la rigueur, elles ne lui sont pas nécessaire^. H écoute avec impartialité et avec patience l'avis des frères : ce qui ne veut pas dire qu'il doive laisser parler indéfiniment les bavards et s'interdire des rectifications qu'appelleraient la justice, le bon ordre, le bon sens. Il réfléchit ensuite à part lui, s'éclairant des lumières de tous, et décide souverainement, non pas ce qui lui plaît, non pas invariablement le contraire de ce qui lui a été suggéré, mais ce qu'il juge devant Dieu le plus utile.

(1) Les novices n'appartenant pas encore à la communauté (chap. lviii) n'ont pas de titre à prendre part à ses délibérations.

(2) Cf. S. Cypriani Epist. IX, iv, P. L., IV, 263. — Cass., ConîcU. XVI, xii.

Page 1