DE LA CONVOCATION DES FRÈRES EN CONSEIL
Sic autem dent fratres consilium cum omni humilitatis subjectionc, ut non praesumant procaciter defendere quod eis visum fuerit, sed magis in Abbatis pendeat arbitrio, ut quod salubrius esse judicaverit, ei cuncti obediant; sed sicut discipulis convenit obedire magistro, ita et ipsum provide et juste condecet cuncta disponere.
S'il y a profit pour l'Abbé à faire preuve d'accueillance et de démission de soi, il y a pour les moines un devoir strict de se montrer gens de tact et fils dociles. Les frères donneront leur avis, puisqu'on les a convoqués pour cela; une attitude boudeuse, vexée, maussade, serait grotesque et infiniment peu monastique. Us donneront leur avis à tour de rôle, lorsqu'ils seront interrogés ou qu'on leur aura accordé la parole. Us parleront avec toute la soumission qu'inspire l'humilité : cum omni humilitatis suijectione, sans prendre le ton doctoral et pompeux, sans s'imaginer faire office de juges, ni même de députés, sans attacher à leur sentiment une valeur décisive, ni croire qu'une large part du salut public est entre leurs mains. Ajoutons qu'il faut se tenir dans la question proposée et ne pas greffer une motion ou une interpellation sur le point précis qui a été soumis à la délibération du conseil.
n peut se faire que l'avis donné par vous soit peu agréé : réjouissezvous que l'on se range à un avis plus sage encore ; ou du moins ayez l'urbanité de ne pas plaider amèrement et avec obstination en faveur de votre pensée. En public, grâce à Dieu, on ne plaide guère contre l'Abbé ; mais on est plus exposé à défendre son opinion contre l'un ou l'autre des frères. On peut être tenté de reprendre en sous-œuvre les remarques d'un autre pour les contredire, quelquefois pour les tourner en dérision, tout cela d'une façon ouverte ou bien d'une façon perfide et sournoise. De tels procédés sont d'autant plus incorrects que le frère incriminé a d'ordinaire la bouche fermée par la charité, la prudence, le secret professionnel. Une assemblée monastique ne doit jamais avoir le caractère tumultueux de certaines séances de nos parlements. Et dans la pensée de N. B. Père, ni les individus, ni une majorité, ni même l'unanimité des fières, n'ont un droit à faire prévaloir leur sentiment : la décision est réservée exclusivement à l'Abbé (1); il demeure libre de prendre celle qui lui paraîtra la plus opportune, et tous s'empres-
(1) Per omnia ad nutum (Ahiatis) potestafemque pendere (Sulp. Seveb., Dial. l, c. X. P. L., XX, 190. — Cf. Cass., Conlat. XXIV, xxvi).
seront de s'y soumettre. Mais, de même qu'il est dans l'ordre que les disciples obéissent au maître, il est dans l'ordre aussi que le maître dispose toutes choses avec prévoyance et équité. Il n'y a pas morcellement du pouvoir, mais des devoirs existent des deux côtés ; ceux qui obéissent ne sont pas livrés à l'arbitraire, aux boutades, aux caprices de la passion, et la meilleure garantie qu'on leur puisse donner est cette affirmation réitérée que l'Abbé est comptable devant Dieu, et qu'après tout, lui aussi, lui surtout, doit être un obéissant.
In omnibus igitur omnes magistram sequantur regulam, neque ab ea temere declinetur a quoquam. Nullus in monasterio sequatur cordis proprii volunlalem, néque praesumat quisquam cum Abbale suo proterve intus aut foris monasterium contendere. Quod si praesumpserit, regulari disciplinae subjaceat. Ipse tamen Abbas cum timoré Dei et observatione regulae omnia facial, sciens se procul dubio de omnibus judiciis suis aequissimo judici Deo raiionem redditurum.
La liaison est étroite entre ce paragraphe et le précédent : igitur. Nul ne peut, dans le monastère, « suivre la volonté de son propre cœur » et 86 gouverner à sa guise. La forme de notre vie a été définie par une Règle; la Règle est la norme à laquelle tous doivent se ranger, aussi bien les moines qui conseillent que l'Abbé qui propose et décide. Dans la délibération comme dans la décision, chacun doit s'inspirer de la Règle et de son esprit ; nul ne saurait s'en écarter sans présomption. La prospérité surnaturelle et la paix sont au prix de cette déférence de tous à une même pensée, à un même programme.
Et parce que la Règle écrite a besoin d'être interprétée; parce que les délibérations risqueraient parfois de ne jamais finir si une autorité vivante ne tranchait souverainement, toute discussion cessera lorsque l'Abbé aura pris son parti C'est lui seul qui est responsable, qui a grâce d'état; il est sans doute mieux renseigné que tout autre, puisqu'il tient en mains l'en&emble et peut envisager tous les aspects et toutes les conséquences du problème. Nul n'aura la témérité de contester insolemment avec lui, ni à l'intérieur di monastère, ni surtout à l'extérieur, ce qui causerait un plus grand scandale (1) ; et au'
(1) La meilleure leçon est sans doute : proterve aut foris monasterium contendere. Et D. Butler cite la remarque intéressante de Smaragde : 2ion dixU intus oui foris,