‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 25 sur 171 · Deinde proximum tamquam seipsum (Mauc, XII · texte numérisé non relu

Deinde proximum tamquam seipsum (Mauc, XII

Avec la charité envers Dieu, la charité envers le prochain : In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetae. Nous pouvons donc nous arrêter aussi devant le précepte de la charité fraternelle; il est d'application constante, et la moitié des instruments des bonnes œuvres ne font qu'en formuler les différentes modalités et n'en sont que le morcellement.

L'objet de notre charité, c'est le prochain, c'est-à-dire notre frère, quel qu'il soit ; et, selon la définition du Seigneur, c'est tout homme à qui nous pouvons faire du bien, fût-il Samaritain. Là oii l'on excommunie, là oii il y a tel de ses frères qu'on ne voit pas, en face de qui on se tient dans l'attitude d'une neutralité boudeuse, irritée, ou môme de l'hostilité violente, on est un fuyard et un hérétique de la charité. C'est soi-même qu'on excommunie. Si vous cultivez une inimitié contre un seul de vos frères, la charité n'est plus en vous ; ce qui vous détermine à demeurer en bons termes avec les autres, c'est l'amour de vous-même, c'est un attrait naturel, une sympathie humaine, quelquefois infra-humaine, peut-être purement animale. Pourquoi les communions produisentelles parfois si peu de fruit? parce que nous y mettons un obstacle, et, d'ordinaire, l'obstacle est là. D'où viennent certaines apostasies? du mépris de la fraternité. Il est sûr que chez tl j religieux les fautes contre la charité, par éloigncment ou par détraction, sont celles oii se rencontre le plus facilement gravité de matière.

Le motif de notre charité c'est Dieu. Nous aimons parce que Dieu aime que nous aimions. Nous aimons parce que le prochain est à Dieu et que

ramour que nous avons pour Dieu se répand naturellement sur tout ce qui le touche. Nous aimons parce que Dieu aime, et nous inclinons certaines répugnances personnelles devant la souveraine appréciation de Dieu. Nous aimons parce qu'il y a de Dieu dans le prochain ; comme l'Eucharistie est une extension de l'Incarnation, de même le prochain est une extension de l'Eucharistie : Dieu a été jaloux que nous ne rencontrions que lui dans toutes les avenues de notre vie. Le Seigneur se considère lui-même comme le bénéficiaire réel de notre charité : Quamdiu jecistis uni ex his fratribus meis minimis, milii fedsHs (Matth., XXV, 40). H n'y a vraiment qu'un seul acte de charité qui, indivisiblement, embrasse Dieu et nous-mêmes et le prochain : Dieu parce que c'est lui, et nous pour lui, et le prochain parce qu'il est à lui et en lui.

Et, de peur que nous ne demeurions parfois indécis sur l'étendue de notre charité, on nous a fourni un critérium facile : l'amour surnaturel que nous avons pour nous-même : tamquam seipsum. Tout le bien que nous nous souhaitons, que nous travaillons à nous procurer, nous devons le ménager au prochain par notre désir, notre prière, nos efforts. Toutes les fois que vous traitez avec votre frère, nous dira le neuvième instrument, et alors surtout qu'il s'agit de réclamer de lui un service ou d'exercer à son endroit le devoir de la correction, usez d'un affectueux dédoublement : selon l'expression vulgaire mais bien exacte, mettez- vous à sa place.

Saint Jean a parlé toujours de charité. Mais, au chapitre iv de sa première Épître il expose doctrinalement quelle place elle occupe dans l'économie de la vie surnaturelle. Dieu, dit-il, est charité : il nous l'a prouvé par l'Incarnation et la Rédemption; ceux qui vraiment le connaissent ne le connaissent que comme tel. Et ceux qui sont réellement nés de lui, qui sont ses fils légitimes, ne peuvent avoir que son tempérament, ils ne peuvent être que charité. La charité est un être, une nature, un caractère. A ce titre, elle est une disposition universelle : ceux qui sont nés de Dieu ne peuvent qu'aimer, et cette tendresse doit se porter spontanément sur les deux objets de la tendresse divine. Dieu et le prochain. Mais notre communion à la vie divine demeure, comme Dieu même, de l'ordre des choses cachées, La preuve que nous sommes nés de Dieu ne saurait donc être fournie que du côté où le terme de notre charité est visible : c'est le prochain seulement qui nous donne occasion de manifester que nous aimons Dieu et sommes bien de sa race. Lorsque notre charité ne s'exerce pas envers le prochain, il est permis de conclure qu'elle n'existe pas. Qui enim non diligit fmirem suum que^n videt, Deum quem non videt, quomodo fotest diligere? Cette théologie profonde de saint Jean n'est que le développement de la parole du Seigneur : In hoe cognoscent omnes quia disdpuli mei estis, si dilectionem hàbueritis ai invicem.

3. Deinde non occidere (Ex., xx, 13-17; Matth., XIX, 18; Rom., xiii, 9).

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