‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 27 sur 171 · Jejunium amare · texte numérisé non relu

Jejunium amare

Après avoir parlé de la charité envers Dieu, de la charité envers le prochain, saint Benoît pouvait dire quelques mots de l'amour de nousmêmes. Dans l'état de sa justice originelle, l'homme s'appuyait sur Dieu d'une façon consciente et voulue; la dignité et la force consistaient pour lui à rapporter à Dieu toute cette image divine qu'était son être. En se détachant de Dieu dans le fol espoir de monter plus près de lui et de devenir son égal, l'homme retomba d'abord sur lui-même, puis bientôt au-dessous de lui-même, et jusqu'à la ressemblance de la bête. C'est la doctrine de saint Augustin (2). Nous avons été touchés au cœur, à cette attache première, à cet amour initial qui ordonne toute la vie. Désormais, prévaut le culte du moi, l'égoïsme sous toutes ses formes : adoration de son corps par la luxure, la gourmandise, la vanité, adoration de sa pensée, de sa volonté. Et ce que l'on aime, personnes ou choses, on ne l'aime que pour soi. L'égoïsme est le vestige unique et universel de notre déchéance ; il est l'antagoniste unique de notre charité et de notre salut.

Nous comprenons maintenant pourquoi le Seigneur demande à ceux qui veulent revenir vers lui de renoncer aux choses extérieures, aux choses personnelles, de sortir de tout le créé et, selon la formule expressive de l'Évangile telle que la lisait saint Benoît (3), de se refuser soi-même à

(1) n ne faut pas vouloir à tout prix trouver une source scripturaire ; cependant, le plus souvent, nous nous conformerons à l'usage d'indiquer une îéférence à la Bible.

(2) ... Incipiens a perverso appetitu similitudinis Dei, pervenit ad simlliludinem pecorum. Inde est quod nudati stola prima, pelliceas tunicas mortalitaie merueruni. Honor enim hominis verus est imago et similitude Dei, quae non custoditur nisi ad ipsum a quo imprimitur. Tanto magis itaque inhaeretur Deo, quanto ninus diligitur proprium. Cupiditate vero eocperiendae potestatis suae, quodam nutu suc ad se ipsum tanquam ad médium promit. lia cum vult esse sicut ille sub nullo, et ah ipsa sui medietate poenaliter ad ima propellitur, id est, ad ea quilms pecora laetantur {De Trinitate, 1. XII, c. xi, P. L., XLII, 1006-1007).

(3) On la trouve de même chez S. Ambroise. De Poenit., 1. II, 96, 97. P. L., XVI, 520-521. Epist. II, 26. P. L., XVI, 886. Saint Benoît s'est souvenu d'un passage de VHistoria manachorum de Rufin, c. xxxi (Rosweyde, p. 484) : Doceiat heatus Antonius quod si quis velit ad perfedionem vetociter pervenire, non sibi ipse fieret magister, nec propriis voluntatibus ohediret, etiamsi rectum videatur esse quod vellet; sed secundum mandatum Salvatoris observandum esse, ut ante omnia unusquisque abneget semetipsum sibi et renuntiet propriis voluntatibus, quia et Salvator ipse dixit t Ego veni non ut faciam voluntatem meam sed ejus qui misit me.

soi-même. C'est le principe général, dont les instruments qsii suivent signalent trois applications. Elles combattent l'animalité qui est le fond de tout égoïsme. Châtier le corps et le forcer à n'être plus qu'un serviteur docile ; ne pas chercher avidement le bien-être, les douceurs d'une vie sensuelle ; avoir de l'estime pratique pour le jeûne, ce procédé classique de la mortification chrétienne.

14. Paijperes recreare (Is., lviii, 7; Matth., xxv, 35-36) (1).

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