‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 35 sur 171 · Actus vitae suae omni hora custodire (Deux., IV · texte numérisé non relu

Actus vitae suae omni hora custodire (Deux., IV

49. In omni loco Deum se respicere, pro certo scire (Prov., v, 21).

Nous connaissons le terme : Saint Benoît nous indique maintenant quelques-unes des industries qui nous aident à y parvenir. Le souvenir assidu de la mort nous porte à bien user de la vie. H y a un rapport étroit et nécessaire entre ce que nous sommes et ce que nous serons ; c'est avec les œuvres de la vie présente que nous composons notre éternité. « Garder à toute heure les actes de sa vie », c'est ne pas vivre à l'étourdie ; c'est être une personne et non une épave, un être qui se gouverne et non un animal dépourvu de raison ; c'est mesurer ses actes et les conformer à la loi ; c'est ne laisser vide et sans fruit aucun de ces jours que le

Seigneur nous a donnés pour lui : Non defrauderis a die hono, et pariicula honi doni non te praetereat (Eccli., xiv, 14. — Se rappeler les oraisons de Prime : Domine Deus...et Diriger e...).C'' est s'appliquer à faire soi-même son éducation surnaturelle, par un consentement voulu à tout ce que Dieu réclame de nous. Les deux éducations premières, celle de la famille et celle des maîtres, eussent-elles été sans lacunes, se fussent-elles appuyées toujours et jamais contredites, ne suffiraient pas néanmoins à former l'homme tout entier. H est tenu non seulement de ratifier, mais de poursuivre sans trêve ce travail. La grâce est principe d'action et elle ne nous est donnée abondamment que dans le dessein d'élever de jour en jour notre activité et de la soustraire à tous les retours offensifs de l'égoïsme.

« Être convaincu qu'en tous lieux Dieu nous regarde. » Il faut bien que cette recommandation soit grave pour que saint Benoît la répète si assidûment : au Prologue, au premier et au dernier degré d'humilité, au chapitre De disciplina psallendi. Nous la retrouvons dans la Liturgie de l'Église :

Speculator adstat desuper,

Quinos, diebus omnibus,

Actiisque nostros prospicit

A luce prima in vesperum (1).

L'avertissement est si naturel qu'on le peut adresser à toua : au chrétien et au moine, à l'enfant comme à l'homme mûr : « Dieu vous regarde !» Il ne semble pas que ces géants de la sainteté que furent les Patriarches aient marché vers la perfection avec une autre préoccupation que celle-là. L'Écriture croit avoir tout dit de leur grandeur lorsqu'elle l'a décrite en ces quelques mots : Amhulavit cum Deo, amhulavit coram Deo; et le Seigneur ne donne pas à Abraham d'autre programme : Amhula coram me et esto perfectus.

Le précepte est d'une efficacité souveraine. L'impératif de la loi morale n'est vraiment catégorique que lorsque nous voyons en elle autre chose qu'une règle d'esthétique, lorsque nous savons que, de cette loi, Dieu est non seulement l'auteur, mais le garant et le gardien. Notre vie morale a besoin d'un témoin, et c'est le rôle que des païens, des directeurs de conscience laïques, attribuaient à l'amitié. Faisant sienne ime maxime d'Épicure et de Platon, Sénèque écrivait dans sa Lettre XI à Lucilius : Aliquis vir bonus nobis eîigendus est ac semper ante oculos habendus, ut sic tanquam illo spectante vivamus et omnia tanquam illo vidente faciarmis... Magna pars peccatormn tollitur si peccatori testis assista. Pour nous, ce n'est pas une fiction, c'est la réalité vivante; il ne s'agit pas d'un

(1) Feria V, ad Laudes.

ê6 COMMENTAIRE SUR LA RÈGLE DE SAINT BENOIT

«impie témoin, mais d'un être qui est à la fois spectateur et acteur ; il ne s'agit plus d'un homme, mais de Dieu. Et nous disons, nous autres chrétiens : Nemo peccat videns Deum. L'impeecabilité des élus vient de ce qu'ils sont fixés à jamais dans le bien par la contemplation ininterrompue de la beauté ; or, notre foi peut participer à ce privilège de la vision, et « l'exercice de la présence de Dieu » peut devenir quelque chose d'assidu et de constant, tout comme la conscience que nous avons de nous-mêmes.

50. Cogitationes malas cordi suo advenientes mox ad Christum allidore.

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