Risum multum aut excussum non amare (EccLi., xxi
Les sentences quarante-huitième et quarante-neuvième étaient de caractère général : elles nous invitaient à veiller sur nos actes et nous donnaient le motif de cette, vigilance, qui est la propre vigilance de Dieu. La sainte Règle entre désormais dans le détail. Nos actes sont d'abord des actes intérieurs, des pensées, des tendances. Nous observions déjà dans le Prologue, à propos d'un texte semblable à l'instrument cinquantième, que nous devions exercer un contrôle rigoureux sur les émotions et les pensées qui se présentent chez nous. Lorsqu'elles sont reconnues mauvaises ou dangereuses, il faut leur écraser aussitôt la tête contre cette Pierre qui est le Christ. C'est une garantie assurée que de saisir dès son origine tout mouvement désordonné, alors qu'il n'a pas encore toute sa force et que la nôtre demeure entière ; il est plus facile d'éteindre une étincelle qu'un mcendie. Et l'auteur de Y Imitation (I, xni) rappelle à ce propos les vers d'Ovide :
Prindpiis obsta; sero medidna paratur, Cum mala per longas invaluere moras.
(1) D. Butler indique comme sources : Ingenio malo pravoque (Sallust., Catil, v). MaU) pravoque consilio (Lucifer Calig., Mor. esse pro Dei fil, vi. P. L., XIII, 1019).
Une autre condition de séeurité, absolue elle aussi, c'est de tirer Cacus de sa caverne, d'aller naïvement ouvrir son âme non seulement à son confesseur, mais à son Abbé, à son Maître des novices, au supérieur contre lequel on est tenté. N. B. Père fera de cette démarche un degré spécial d'humilité (1) : réservons donc notre glose pour le chapitie septième.
Nos actes ne sont pas simplement dfô pensées et des dispositions secrètes, mais encore les paroles et les attitudes extérieures qui les traduisent. Saint Benoît nous conseille de les garder également et de veiller sur elles. La conversation doit être monastique, il en faut bannir tout ce qui serait déplacé ou douteux. Et comme il y a péril, lorsqu'on parle beaucoup, de dire bien des choses qu'il vaudrait mieux taire, et péril toujours de dissipation, convenons d'éviter le verbiage. N. B. Père ajoute : « Ne point dire de paroles vaines ou qui portent à rire ». Il ne songe point à proscrire la joie surnaturelle ni cet enjouement qui est parfois indice et instrument de perfection (2), mais seulement la gaieté grossière, la verve lâchée et bruyante, le rire épais et secoué. Saint Benoît formulera plus au long dans la suite les mêmes réserves.