‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 37 sur 171 · Lectiones sanctas libenter audire · texte numérisé non relu

Lectiones sanctas libenter audire

57. Orationi fréquenter incumbere (Luc, xviii, 1; Col., iv, 2).

58. Mala sua praeterita cum lacrimis vel gemitu quotidie in oratione Deo confiteri, et de ipsis malis de cetero emendare (Ps. vi, 7).

59. Desideria carnis non perficere. Voluntatem propriam odire (Gal., v, 16; Eccli., xviii, 30).

60. Praeceptis Abbatis in omnibus obedire, etiam si ipse aliter (quod absit) agat, memor illius dominici praecepti : Quae dicunL facile; quae autem faciunt, facere nolite (Matth., xxiii, 3).

61. Non velle dici sanctum antequam sit, sed prius esse, quo verius dicatur.

(1) Cassien avait écrit déjà ces paroles d'or : Nullas penitus cogitationes prurientes in corde pemiciosa confusione celare, sed confestim ut exortae fuerint eas suo patefacere seniori, nec super earum judicio quicquam suae diseretioni committere, sed illud credere malum esse vel lonum, quod discussent ac pronuntiaverit senioris examen... Gêner ah et evidens indicium diabolicae cogitationis esse pronuntiant, si mm seniori confundamur ajperire {Inst, IV, ix).

(2) Cf. S. Basil., Beg. fus., xvii.

62. Praecepta Dei factis quotidie adimplere (EccLi., VI, 37).

Les deux premières sentences signalent les moyens pratiques qui répriment le plus efficacement toute mauvaise habitude et assurent à la vie monastique son caractère de gravité. Au lieu de se laisser entraîner à la dissipation et au bavardage, un moine s'applique à l'étude des choses surnaturelles et à la prière. Tl lui est recommandé d'aimer les saintes lectures, d'avoir le goût de la parole divine : Beati qui audiunt verium Dei et (mstodiunt illud. C'est par l'ouïe que nous vient la foi : fides ex auditu; et peut-être est-ce à dessein que la Règle parle d'audition et non de lecture. Aussi bien, est-ce seulement grâce au terme audire que le cinquante-sixième instrument est mis à la portée de tous, y compris des moines qui ne savaient pas lire. La prière est aisée aux âmes qui vivent en communion constante avec la doctrine de l'Écriture et des saints. On peut croire que N. B. Père s'est souvenu de ce que Sulpice Sévère écrivait de saint Martin : Numquam hora ulla momentumque praeteriit, quo non aut orationi incumheret aut insister et lectioni; quamquam etiam inter legendum, aut si quid aliud forte ageiat, numquam animum ah oratione laxabat (1).

A la méditation et à la prière, le moine unira l'esprit de pénitence. Son intimité avec Dieu ne le dispense pas de se rappeler sans cesse qu'il est pécheur. Il remplacera donc la jovialité mondaine par les larmes et le gémissement du cœur ; et, dans la mesure même où cette componction est sincère, il veillera à ne plus commettre les fautes d'autrefois et entreprendra une sérieuse réforme de ses mœurs (2).

Notre vigilance doit porter sur les deux sources du mal qui sont en nous : l'esprit et la chair, car c'est l'homme tout entier qui est blessé. Et il s'en faut que les passions de la chair soient les plus redoutables : celles de l'esprit propre sont plus perfides et méritent bien la haine que réclame samt Benoît. Post concupiscentias tuas non cas. et a voluntate tua avertere, disait l'Ecclésiastique.

C'est pour nous aider à triompher de toutes les modalités de l'égoïsme que le Seigneur a substitué à notre volonté propre sa volonté divine : elle se manifeste par l'intermédiaire d'une autorité créée. N. B. Père nous trace donc tout un programme de perfection et de sécurité, lorsqu'il écrit : « Obéir en toutes choses aux enseignements de l'Abbé, alors même, ce qu'à Dieu ne plaise ! que l'Abbé se démentirait dans ses œuvres, nous rappelant cet enseignement du Seigneur : Ce qu'ils disent, faites-le, mais ce qu'ils font, gardez-vous de le faire ».

(1) Vita B. Martini, xxvi. P. L., XX, 175-176.

(2) Uêmes recommandations dans la Règle attribuée à S. Antoine (xxv, xxx, xut).

Saint Benoît nous prémunit ensuite avec esprit contre une tentation assez subtile qui peut naître dans des âmes religieuses. Il ne convient pas de se croire trop tôt parvenu à l'union transformante. Aussi longtemps qu'un moine s'admire et vise à se faire canoniser par ses frères, c'est l'indice non douteux qu'il est encore loin de la sainteté. L'auteur de la Lettre ad Celantiammatronam, qui figure parmi les Lettres de saint Jérôme, donnait le même avertissement à sa correspondante : Cave ne si jejunare aut ahstinere coeperis te putes jam esse sanctam (1). Commençons par devenir saints, si nous voulons qu'on nous appelle ainsi avec plus de fondement ; et, dans cette intention, songeons chaque jour à établir une absolue conformité de nos œuvres aux commandements de Dieu.

, 63. Castitatem amare (Judith, xv, 11).

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