In Christi amore pro inimicis orare (Matth., V
71. Cum discordantibus ante solis occasum in pacem redire (Eph., iv, 26).
CastUaiem amare. C'est le seul endroit de la Règle où il soit fait mention formelle de la chasteté ; peut-être parce que cette vertu est tellement impliquée dans le concept de la vie religieuse qu'il était superflu d'insister. Les anciens législateurs monastiques sont pourtant, d'ordinaire, plus explicites ; et alors qu'au cours de sa Règle saint Benoît se borne à mettre en garde contre les pensées perverses et les désirs de la chair, ses prédécesseurs ne dédaignaient pas d'entrer parfois dans le détail des occasions
(1) Epist. CXLVIII, 22. P. L., XXTI, 1214.
(2) Weyman a fait remarquer que les instruments 68 et 69 se trouvent dans le Fîorilegium du compilateur grec Jean de Stobes ou Stobée (III, Hepl çpovYJCTîwc, 80. SwaiâSou xwv énfà dOipwv {)iio6f)xai) : ripecêÛTepov aiSoO ■ vEwxepov 8i8à<Txe. Weyman propose de lire chez saint Benoît dirigere au lieu de diligere; mais Traube et Butler maintiennent la leçon. Stobée, un païen, est probablement cor emporain de saint Benoît (fin V^-VIe siècles). Quant au Sosiadès qui avait recueJii les maximes des Sages, c'est tout ce qu'on sait de lui*
qu'il faut éviter et des vices quïl faut punir (1). Aimer la chasteté, dit simplement K. B. Père, comme il a dit plus haut : jejimium amare. Mais, tandis qu'on ne nous demande d'aimer le jeûne que d'un amour d'appréciation et comme une industrie utile, il faut aimer la chasteté pour ellemême et d'une vraie dilection. Chez un prêtre, chez un moine, la chasteté fait partie de la charité ; elle est la délicatesse et la perfection de la charité. Avec elle, l'holocauste est complet, et notre corps lui-même collabore à l'œuvre d'adoration et d'union à Dieu : Ohsecro vos ut exhiieaiis eorpora vestra hostiam viventem, sanctam, Deo placentem (Kom., xn, 1). Et l'Apôtre conseillait l'état de contmence parce qu'il est beau et bon, et parce qu'il assure du loisir pour entretenir un commerce assidu avec la Pureté divine, ad id quod honestum est, et quod facultatem praebeat sine impedimento Dcminum ohsecrandi (I Cor., vii, 35). Dans l'énumération des fruits de l'Esprit, oii la charité est première, la chasteté termine et semble tout résumer en elle : Caritas, gaudium, pax..., continentia, eastitas (Gal., v, 22-23). L'exercice de la charité, selon saint Thomas, est le plus spontané, parce que, plus que toute autre habitude, la charité a une puissante inclination vers son acte ; et c'est à son trésor que les autres vertus elles-mêmes empruntent leur facilité. La garde de la chasteté devient chose aisée et aunable dès lors qu'elle appartient à la catégorie de la charité. Est-il besoin toujours de lutte héroïque pour demeurer pur lom du monde, avec le contact de Dieu, avec la prière et l'étude, et moyennant une prudence de détail qui se mesure à la valeur du bien que nous voulons sauvegarder?
Les sentences soixante-quatrième à soixante et onzième reviennent encore sur la charité fraternelle. Nous n'avons le droit d'entretenir ni éloignement, ni aversion contre qui que ce soit. L'anùnosité, l'envie, la jalousie sont proscrites. La discussion elle-même est rarement opportune : Contentionem non amare; elationem fugere. Dans les disputes ou controverses un peu vives, U se glisse habituellement une estime exagérée de notre pensée et une préoccupation de la galerie. La discussion est souvent sans fin et en pure perte, parce qu'il s'agit beaucoup moms de principes que de simples contingences.
La charité fraternelle connaît jusqu'aux nuances. Dans toute communauté se coudoient des anciens et des jeunes. Les premiers ont l'expérience de l'âge, les seconds ont la vigueur et Fentrain ; les uns aiment le calme, les autres sont remuants ; et il n'est pas très rare qu'ils forment deux groupes à tendances opposées. Le dessein de N. B. Père est de prévenir les rivalités et les petits chagrins, de réunir ces deux âges par une affection mutuelle, de rassembler toutes les âmes autour de l'AbLé et, par lui, auprès de Dieu. On aura donc du respect et de la vénération pour
(1) Cf. Martène, in h. loc.
les anciens ; ceux-ci useront envers les plus jeunes d'affection et de coadescendance. La même formule est répétée au chapitre LXIII (1).
En dépit de toutes les industries de notre charité, s'il est des frères qui se constituent nos ennemis, la ressource suprême qui nous reste est de prier pour eux, en union avec le Christ qui a suggéré cette maxime de perfection évangélique et l'a lui-même pratiquée sur la croix. Il faut savoir aussi se remettre en bons termes avec ceux qui auraient eu avec nous quelque désaccord. Les réconciliations virtuelles, non formulées, mais impliquées dans notre attitude, suffisent souvent et sont les meilleures. Faisons la paix sur l'heure, ou du moins ante solis occasum; c'est la dernière limite. Même, il vaudrait mieux faire attendre un peu le Seigneur que reculer la réconciliation : Vade prius reconciliari fratri tuo^ et tune veniens offeres munus tuum (Matth., v, 24).