COMMENT CÉLÉBRER LA SOLENNITÉ DES MATINES
QUALITER MaTUTINORUM SOLEMNITAS (1) AGATUR. — In
Matutinis Dominico die, in primis dicatur sexagesimus sextus Psalmus sine Antiphona in directum; post quem dicatur quinquagesimus cum « Alléluia » . Post quem dicatur centesimus decimus septimus, et sexagesimus secundus ; deinde Benedictiones et Laudes; Lectio de Apocalypsi una ex corde, et Responsorium, et Ambrosianum, et Versus, et Canticum de Evangelio, et Litaniae; et completum est.
n s'agit, dans ce chapitre, de l'office matutinal, le dimanche ; dans le suivant, du même office les jours de férié ; et le titre du chapitre XII n'est exact que si l'on réunit en un les deux chapitres, comme semble nous y inviter le début du XIIP : Diébus autem. Nous savons déjà que ce qui s'appeUe chez les anciens Matines, s'appeUe Laudes chez nous. L'institution de cet office est antérieure de plusieurs siècles à saint Benoît 5 c'est l'heure glorieuse où la lumière triomphe des ténèbres, l'heure de la résurrection du Seigneur. Les Laudes sont le complément normal de la Vigile; peut-être en sont-eUes un dédoublement; il semble du moins qu'à l'origine elles n'en étaient pas séparées. Chez saint Benoît luimême, sauf aux fériés d'hiver et en dépit du parvum intervalîum des autres jours, la soudure des deux offices est réelle : et data benedictione incipiant Matutinos (2). Et, en tout temps, la préparation à l'office des Laudes est fort courte : peut-être ne comprend-elle pas même le Deus in adjutorium (3), et consiste-t-elle simplement dans l'exécution un peu
(1) Solemnitas, ici comme chez Cassien (Inst., II, x; III, iv, v, v: etc), est simplement synonyme de synaxe, d'office.
(2) Cf. Cass., Inst, III, IV. On trouve aussi cette ionction des nocturnes et du Matutinum dans l'ancien rit ambrosien : D. Cagin, Te Deum ou Illatio? p. 417.
(3) N'oublions pas cependant que N. B. Père ne donne pas toujours tous les détails des rubriques et qu'il abrège quelquefois. Voir le commentaire du chap, XLin, p, 330<
lente du psaume lxvi, sans antienne, indirectum (1), — ut omnes occurrant ad guinquagesimum, dira saint Benoît au chapitre suivant.
Le Miserere, le psaume de la confession des péchés, joue un peu ici le rôle de Tinvitatoire ; avant de chanter l'apparition de la pure lumière et d'offrir au Seigneur une louange détaillée pour tous ses bienfaits, l'âme a besoin de se purifier et de reconnaître que Dieu tout seul peut la faire sortir de sa nuit (2). Nous savons par saint Basile que ce psaume se récitait déjà de son temps à la même heure : Die jam illucescenîe, omnes simid véliU ex uno ore et uno corde psàlmum confessionis Domino concinunt, propria sihi unusquisque verba poenitentiae facientes (3). Saint Benoît veut qu'on le dise avec Alléluia comme antienne, et peutêtre disait-on aussi VAÎleïuia au cours des psaumes suivants. Vient ensuite le grand psaume de la résurrection, le cxvir : Confitemini Domitio quoniam bonus, indiqué aussi pour liaudes dans la Règle de saint Césaire ad m-macKos (4). Puis le psaume Lxn : Deus, Deus meus, ad te de luce viçilo, tout dépigné pour l'office matutinal, et dont saint Benoît n'a eu qu'à emprunter Tusage aux liturgies monastiques et autres. Même remarque pour le cantique Benedicite, les « bénédictions », comme disent saint Benoît et saint Césaire, et pour les laudes (psaumes cxlviii, cxLix, cl) (5).
On récite par cœur une seule leçon, tirée de l'Apocalypse. Ensuite un répons, sans doute un répons bref, l'hymne ambrosienne, le verset, et le cantique de l'Évangile, c'est-à-dire le Benedictus, choisi surtout à cause des derniers versets : Visiiavit 7ios Oriens ex alto, illuminare his qm in tenebris et m umbra mortis sedent (6). Enfin les « litanies », c'est-à-dire le Kyrie eleison et l'ensemble des formules de conclusion ; et c'est tout, c'est le renvoi
(1) Chez S. CésAïKE aussi, Toffioe da matin eommenœ par an diredcmeum [Reg, ad mon^ xxi). Noter dans cette liturgie et ailleurs la présence du Te Deum et du Glona in excelsis à la fin de Landes.
(2) Selon D. Calmet, le Miserere a pu être choisi à cause deB mot» : Domine, labia mea aperies, ou à cause de eeux-«i : exuUabimt ossa huntiliaUi qui rappellent la résurrection.
(3) Epist. ad clericos Neocaesarienses, 8. P. G., XXXII, 763-764. — Cf. Cass., Insi., III, y\.
Cf. Cabs., Inst, III, VI.
(4) Cap. XXI.
(ô) Cf. Cajss., . ,
(6) « On croit généralement de nos jours, et pour de bonnes raisons, que le Magnifteat a été introduit aux Vêpres, comme le Benedietus aux Laudes, par saint Benoît * (Baumer, Hiet. du Bréviaire, t l, p. 253). Cf. cependant D. Cabrol, DicUonnairg d'Archéologie dhrétienne et de Liturgie, art. Canliques évangéliques.