‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 55 sur 171 · COMMENT CÉLÉBRER LES MATINES AUX JOURS DE FÉRIÉ · texte numérisé non relu

COMMENT CÉLÉBRER LES MATINES AUX JOURS DE FÉRIÉ

Ambrosianum, Versus, Ganticum de Evangelio, Litania, et completum est.

Car on récitera des cantiques, non pas le samedi seulement, ni toujours le même : mais chacune des autres fériés aura son cantique propre, emprunté, comme le cantique du samedi, au répertoire de l'Église romaine. L'Abbé devait déterminer les cantiques du troisième nocturne du dimanche, parce que l'Église romaine n'usait aux VigUes que de psalmodie : il ne pouvait lui emprunter ce qu'elle ne possédait pas. Mais elle avait tous les jours à Laudes un cantique tiré des Prophètes {ex Prophetis, au sens large) ; et saint Benoît, sur ce point, adopte la coutume et probablement aussi la désignation de l'Église romaine. Comme le fait observer D. Bâumer, quelques églises seulement d'Occident avaient adopté l'usage oriental de nombreux cantiques, et l'introduction de cette pratique par saint Benoît « était, du moins chez les moines, quelque chose de nouveau (1) ». Tandis que le dimanche a les « bénédictions » des trois enfants, la seconde férié a le cantique du chapitre xii d'Isaïe 5 la troisième férié, le cantique d'Ézéchias ; la quatrième, le cantique d'Anne ; la cinquième, le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge ; la sixième, le cantique d'Habacuc ; et le samedi, celui du Deutéronome où Moïse trace, avant de mourir, l'histoire passée et future d'Israël.

Après ces cantiques viennent les psaumes de louange ; puis une courte leçon empruntée à l'apôtre saint Paul et qu'on récite de mémoire, le répons bref, l'hymne ambrosienne, le verset, le cantique de l'Évangile ou Benedictus, la litanie, et l'on termine.

Plane agenda Matutina vel Vespertina non transeat aliquando, nisi ultime per ordinem Oratio Dominica, omnibus audientibus, dicatur a priore, propter scandalorum spinas, quae oriri soient, ut conventi per ipsius Orationis sponsionem, qua dicunt : Dimitte nobis débita nostra, sicut et nos dimiltimus debitoribus nostris, purgent se ab hujusmodi vitio. Ceteris vero agendis, ultima pars ejus Orationis dicatur, ut ab omnibus respondeatur : Sed libéra nos a malo.

En prescrivant la litanie comme conclusion de l'office, N. B. Père entendait vraisemblablement par là, nous l'avons dit, tout un ensemble

(1) Op. cit., t. I, p. 249. Cf. p. 179 et suiv. — D. Cabrol, Dictwnnaire d'ArchéOf logie chrétienne et de Liturgie, art. Cantiques.

de formules dont faisait partie le Pater; mais il tient à faire relativement à l'emploi liturgique du Pater une disposition formelle, avec intention précise, propre à l'office monastique. C'est une règle invariable que saint Benoît veut poser, et l'on voit tout aussitôt qu'elle lui tient à cœur : Plane (i. e. certe, onmino) agenda Maiutina vel Vesperthm non iranseat àliqitando... Nous n'avons pas à rappeler ici la beauté de cette prière, la plus vénérable et la plus complète qu'il y ait au monde, et qui conserve à jamais, dans chacune de ses demaiides, la saveur divine qui lui vient des lèvrfis du Seign-eur (1). Dès la toute première heure de l'Eglise, elle a sa place privilégiée dans la prière chrétienne privée : la Didaché prescrit à chacun de la réciter trois fois par jour, le matin, à midi et au soir, aux heures traditionnelles de la prière juive. Elle a sa place aussi dans la prière publique primitive (2) ; et de nombreux documents mentionnent sa récitation solennelle aux offices avant N, B. Père et de son temps (3). Le concile de Girone de 517 avait décrété : Ut omnibus diehu&, post matuimas et vespertinas, Oraiio dominiea a sacerdote pro/eratur (4). Saint Benoît demande lui aussi que nul office (5) de Matines et de Vêpres n'ait lieu sans qu'à la fin l'Oraison dominicale soit récitée en entier par le président de l'assemblée, tous les moines prêtant l'oreille. Aux paroles du Pater qui sont citées par la Règle et à l'explication fournie par N. B. Père lui-même nous reconnaissons bien le motif spécial de cette récitatbn conventuelle. Sans doute fl y avait une opportunité singuUère, alors que des traces de pélagianisme subâstaient encore ua peu partout, à provoquer diins les âmes un examen de conscience, un désaveu et un regret, à les faire s'appuyer sur Dieu seul pour échapper au mal et à la tentation (G) ; mais saint Benoît poursuit un autre but. Même dans les communautés les plus fraternellement unies, il peut se produire, sans maJiœ souvent, et par le fait seul 4e la diversité des tempéraments, de petites meurtrissures. Et les meurtrissures, même petites, lorsqu'on y touche par la pensée ou la parole, s"" endolorissent et s'enveniment. Elles s'effacent au contraire, les épines de scandale qui germent parfois dans les monastères, selon l'image de saint Benoît, disparaissent, lorsque nous puisons dans k bonté de Dieu envers nous un motif surnaturel d'exercer notre charité envers le prochain. La demarwie du Pater : Dimitie nohie débita nasiru sicvi et nos dimiitimiis, est un engagement

{!) Cass., CinM. IX, xvm sq.

(2) Cf. Fr. h. Chase, The Lord' s ■prayer in fhe early Chwrck, dans la collection Texl» and Studîes de J. Akmitage Robinson.

(3) Voir, par exemple, la description d'un office au Mont-Sinaï dans un document du «ixième siècle publié par D. Pitea, Juris eccles. Graecorum Mst. et ïmtuim., t I, p. 220.

(4) Can. X. Mansi, t. VîII, col. 650.

(5) Agenda signifie un office, une portion de VŒuvre de Dieu.

(€) Cf. S. Àva., EpisL CLVII, CLXXVI, CLXXVIIl P. L., XXXUî, (674, 762, 772.

Page 1