COMMENT CÉLÉBRER LES VIGILES AUX FÊTES DES SAINTS 18S
motif local précis (1). Les églises monastiques, étant dépourvues d'ordinaire de semblables traditions, avaient peu de natales à commémorer ; et c'est sans doute ce qui explique le silence des anciennes Règles orientales sur ce point. Parfois, les moines accouraient de leurs solitudes pour fêter un saint martyr avec les clercs et les fidèles ; c'est ainsi que la pèlerine Eucheria eut la joie inattendue de contempler et d'entretenir, à Charra, en Mésopotamie, tous les moines de la région, qui avaient dû s'y rassembler pour l'anniversaire du moine martyr Helpidius : Audieram eos, écrit-eUe, eo quod extra diem Paschae et extra diem hanc non eos descendere de îocis suis (2). Dans la Règle de saint Césaire éditée par les Bollandistes, il y a des dispositions liturgiques spéciales non seulement pour le dimanche et pour les jours ordinaires, privatis diehus, mais pour Pâques, Noël, l'Epiphanie, pour les solennités, pour « tous les jours de fête », spécialement pour les fêtes des Martyrs : Quando festivitates Martyrum celelrantur, prima inissa (lectio) de Evangeliis legatur, reliquae de passionihits Martyrum (3).
Le calendrier monastique s'enrichissait donc peu à peu et se calquait BUT celui des églises séculières, desservies parfois d'ailleurs par des moines ou ayant à côté d'elles un monastère. Si N. B. Père n'a pas innové de tous points relativement au culte des saints, il lui a du moins assuré une place d'honneur et une place régulière dans la liturgie proprement monastique. Nous savons par saint Grégoire qu'en prenant possession du Mont-Cassin saint Benoît dédia un oratoire à saint Jean-Baptiste et un autre à saint Martin de Tours ; c'est en face des reliques qu'il nous fait émettre profession, et les saints sont invoqués comme les témoins authentiques de nos engagements.
Aux fêtes des saints et dans toutes les solennités, on célébrera l'Œuvre de Dieu (agendum, ita agatur) de la même manière qu'il a été réglé plus haut pour le dimanche : en toute saison trois nocturnes, douze leçons, douze répons. Mais saint Benoît ajoute une clausule, qui limite et réduit l'assimilation de l'office festif à l'office dominical : il aura ses psaumes, ses antiennes et ses leçons propres (remarquez qu'il n'est question ni des- répons, ni des hymnes). De longues discussions se sont élevées parmi les commentateurs sur l'interprétation des mots : ad ipsum diem pertinentes. Sont-ce les psaumes, antiennes et leçons de la férié, ou bien les psaumes, antiennes et leçons assignés spécialement à la fête? D. Calmet est plutôt favorable à la première opinion ; D. Mège est décidément pour la seconde ; D. Martène, tout en reconnaissant la valeur des arguments fournis par les tenants de cette dernièie, laisse à chacun la liberté d'apprécier et ne conclut pas.
(1) Cf. H. Delehaye s. j., les Origines du culte des martyrs, chap. ui, p. 109 et suiv,
(2) Peregrinatio ad loca sanda, édit. Gamurrini, 1888, p. 38-39.
(3) Acta SS., Jaa. t. I, p. 736-736,
Grammaticalement, le texte se prête à Tune et à l'antre interprétatioii, H faut donc chercher une solution ailleinis. Saint Benoît, au char pitre XVIII, réclame de tous ses fils la récitation intégrale du Psautier en une semaine; et il ne s'agit pas d'un nombre de cent cinquante psaimies, quels qu'ils soient, m^s des cent cinquante psaumes dont se compose le Psautier. Or, ceci ne pouvait avoir lien qu'à la condition que l'on récitât aux nocturnes des saints les psaumes de la férié correspondante. A ceux qui répondent « que saint Benoît a voulu parler conditionnellement et supposé qu'il ne se trouverait pas de fête dans la semaine », D. Cahnet répMque : « Avec de pareilles suppositions, que ne peut-on pas faire dire à un auteur? » Pour saint Benoît, la psalmodie est vraiment l'ossature immuable de l'office divin, et s'il laisse à l'Abbé la faculté de donner une distribution du Psautier meilleure que la sienne, encore veut-il, répétons-le, que tout le Psautier soit récité chaque semaine. La physionomie festive était suffisamment accusée par ce qu'avait de spécial le dessin de l'office, copié sur celui du dimanche, et par certaines parties propres. Actuellement encore, les petites Heures ne gardent-elles pas immuable leur psalmodie même aux jours festiis, et la récente rèrorme du Bréviaire romain n'a-t-elle pas combiné l'office férial avec celui des fêtes? Noua ne pouvons pas d'ailleurs, selon la remarque de D. Calmot, cherc'ier des arguments solides en faveur de l'une ou de l'autre interprétation de notre texte dans les usages postérieurs à saint Benoît, fussent-ils très anciens, ni dîuis une législation monastiqïîe ou ecclésiastique plus récente.
A ceux qui entendent Vad ipsum diem de la férié correspondante, on fait encore l'objection suivante : saint Benoît parle des psaumes comme il parle des antiennes et des leçons, il énumère ces éléments sans distinguer : leur condition est donc la même. Or, il semble bien qu'aux jours de fête on ne pouvait dire ni les antiennes du Psautier, ni les leçons de la férié : car aux fériés d'hiver il n'y a que ta-ois leçons et une seule aux fériés d'été, or l'office festif nous en réclame douze ; d'autre part, aux fériés il n'y a d'antiennes proprement dites qu'au premier nocturne, or TofRce festif en réclame pour deux nocturnes : donc, on ne disait pas plus les psaumes de la férié que les antienne» et les leçons de cette même férié. D. Cabnet répond en contestant la mineure ;« on tirera les leçons, fîit-il, des mêmes livres d'oui sont tirées celles que l'on dit les jours de férié ; et au tien de trois, on en dira douze ; pour les antiennes, ou l'on prendra celles de la férié même, ou l'on les tirera d'un antiphonier commun, de même que le» répons ; et ce sera un livre où ces sortes de choses sont recueillies, car on ne peut douter qu'au temps de saint Benoît et depuis il n'y ait eu des psautiers, des lectionnaires, des antiphoniers et des recueils de répons... ». On serait plutôt tenté d'accorder que les leçons, comme les cantiques, comme peut-être aussi les antiennes, étaient en effet propres