‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 63 sur 171 · DU NOMBRE DES OFFICES DE LA JOURNÉE · texte numérisé non relu

DU NOMBRE DES OFFICES DE LA JOURNÉE

traditionnels de prière : le matin, le milieu du jour (sexte et none) et le soir. Plusieurs passages des Actes nous montrent les Apôtres et les disciples priant aux heures où le faisaient les Juifs dans le Temple et les synagogues. Nous avons eu déjà l'occasion d'observer que la Didaché prescrit aux fidèles de réciter trois fois par jour le Pater noster. Que nos Heures de Tierce, Sexte et None se rattachent ou non (1) à cet usage chrétien, imité lui-même de l'usage juif, il est sûr que, dès le second siècle, les trois Heures de prière sont recommandées par Clément d'Alexandrie à tous « ceux qui ont l'intelligence de la trinité des saintes demeures (2) ». Tertullien est plus explicite et donne les motifs mystiques de ce choix (3). Mais, originairement, il semble qu'on ait eu surtout le dessein de s'adresser à Dieu aux trois principales divisions du jour civil La journée était partagée en douze heures, comptées du lever du soleil jusqu'à son coucher ; la sixième heure correspondait toujours à ce que nous appelons midi • mais aux équinoxes seulement la troisième et la neuvième correspondaient à nos neuf heures du matin et trois heures de l'après-midi. A la douzième heure pleine, le soleil est couché ; 1' « étoile du soir », Vesper, apparaît : c'est l'heure de Vêpres, le Lucernarium, le moment où s'allument les lampes; la première veille de la nuit commence (4). Pour faire entrer dans son cursiLS Tierce, Sexte et None, N. B. Père n'avait qu'à se conformer à un usage devenu presque universel et à se souvenir particulièrement de ce qu'avaient écrit au sujet de ces Heures saint Basile (5) et Cassien (6).

L'office de Prime date du temps de Cassien, qui nous en raconte l'origine (7). Un sérieux travail du P. Pargoire a établi que Prime est devenue Heure canoniale vers 382, 390 au plus tard, et qu'elle fut instituée dans un monastère de Bethléem différent de celui de saint Jérôme. A Bethléem, comme en d'autres monastères, on disait Laudes presque aussitôt après Matines, même en hiver, et sans attendre l'aurore ; et il

(1) D. Baumer. o-p. cit., t. I, p. 56, note 1.

(2) SiromaL, 1. VII, c. vu. P. G., IX, 456-457.

(3) De Oratione, c. xxiii-xxv. P. L., I, 1191-1193.

(4) Lorsque la Vigile devait durer toute la nuit (itovwxîi:), il était assez naturel d'envisager le Lucemaire comme son prélude ; et c'est pourquoi quelques documents anciens considèrent les Vêpres comme appartenant à l'office de nuit. — S. Basile {Reg. fus., xxxvii. De Spiritu Sancto, lxxiii. P. G., XXXII, 205) parle de l'eùxapicrTia de l'office du soir; de même S. Grégoire de Nysse, De Vita sanctae Macrinae, P. G., XLVI, 985. Cf. Constitutions apostoliques, 1. VIII, c. xxxiv-xxxvii. P. G., I, 1135- 1140. — Cette appellation d'eucharistie du soir est très suggestive. On voit, en effet, par des documents tels que les Statuts éthiopiens et les Canons d'Hippolyte (cf. Dom Cagin, VEucharisiia, p. 267-2G9) que le Lucemaire des premiers siècles avait souvent son agape ou cùxapt^Tta non sacramentelle, accompagnée de psaumes alleluiatiques et suivie, à certains jours, de l'eùxaptaTia sacramentelle. Les choses s'étaient passées ainsi, dans le même ordre et à la même heure, lors de la dernière Cène,

(5) Reg. fus., xxxvii.

(6) Inst., III, m.

(7) lUd., IV.

était ensuite permis aux frères de se reposer jusqu'à l'aube. Mais « les paresseux en abusèrent : comme aucun exercice de communauté n'était là qui vînt les forcer à quitter leurs cellules, au lieu de se lever pour travailler de l'esprit ou des mains jusqu'à l'heure de Tierce, ils prirent l'habitude d'attendre tranquillement dans leurs lits le signal de l'office. Une réaction s'imposait. Pour remédier à pareil état de choses, les anciens décidèrent que l'on continuerait, selon l'usage, à se reposer après la psalmodie nocturne, mais que dorénavant, au lever du soleil, à l'heure où le travail devenait possible, la communauté devrait se réunir pour réciter Prime (1)... » C'est un dédoublement de l'office matutinal, altéra matutina, et l'on récite des psaumes empruntés aux Laudes (2) ; c'est une prière du matin, dont auraient pu, somme toute, se dispenser tous ceux qui chantaient Laudes au lever du jour, incipiente luce. Pourtant, Cassien nous dit qu'elle fut adoptée presque partout : Nunc ohservatur in occiduis vél maxime regionihus, lisons : dans les monastères, car les églises séculières furent plus lentes à l'adopter.

On a souvent attribué à saint Benoît l'institution de l'Heure par laquelle s'achève l'Œuvre de Dieu, du Completorium; mais N. B. Père n'a besoin que de la gloire qui lui revient historiquement. Peut-être l'appellation « Compiles » est-elle de lui ; sans doute la diffusion de cette Heure est due à son admission dans le cwrszis bénédictin ; sans doute aussi c'est l'initiative de N. B. Père qui a fait des Vêpres un office de jour et attribué à Compiles la place du Lucernaire (chap. XLI, XLH) : mais il nous reste deux témoignages au moins en faveur de l'existence des Compiles avant saint Benoît ; et le P. Pargoire estime qu'il s'agit bien dans ces textes d'une Heure canoniale spéciale et non d'une simple prière du soir, ayant le caractère de dévotion privée (3). Saint Basile, énumérant les moments officiels de la prière, dit que, lorsque le jour est achevé et complet (<ju[x7rX/,ptoOci'(iTi<: 8ï Tvi? rmé^-xç), on célèbre ime eùxapiffTia pour tous Ics bicns reçus et qu'on demande pardon pour toutes les fautes ou erreurs commises : ce sont les Vêpres. Et il continue : Ka\ itâXiv xTfi vuxToç àpyo.u.évr,ç..., et de nouveau, quand la nuit est commencée, on implore un repos exempt de fautes et de mauvais rêves, en récitant, sans y manquer, le psaume xc, utilisé déjà à Sexte (4). Autre témoignage : Callinique, le disciple et biographe de saint Hypace (f le 30 juin 446), higoumène du monastère de Rufinianes, dans le fau-

(1) Pargoire, Prime et Complies, dans la Bévue cCHist. et de Littér. religieuses, 1898, p. 281-288.

(2) Cass., InsL, III, vi. La Matutina nosira solemnitas, dont Cassien parle à la fin du chap. m, est Prime et non Laudes. H n'appelle jamais Prime ce nouvel office. Prime est mentioimée sous ce nom dans la Règle de S. Césairb, que donnent les Bollandistes.

(3) Op. dt, p. 456-467.

(4) Reg. fus,, xxxvn.

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