‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 64 sur 171 · DU NOMBRE DES OFFICES DE LA JOURNÉE · texte numérisé non relu

DU NOMBRE DES OFFICES DE LA JOURNÉE

bourg chalcédonien du Chêne où fut condamné saint Jean Chrysostome, raconte que son héros vivait en reclus pendant le Carême, mais ne manquait pas de réciter l'office du matin, Tierce, Sexte, None, le Lucernaire, puis TrpwOvîirvia (l'office qui précède le premier sommeil), enfin l'office du milieu de la nuit ; de la sorte, ajoute le biographe, il accomplissait au cours de chaque journée ce qui est écrit : Septies in die ïaudem dixi un super judicia justitiae tuae (1).

Saint Benoît, lui aussi, est soucieux d'obtenir un nombre d'Heures atteignant le chiffre sacré de sept. Il le trouve, grâce à Prime, dans le jour proprement dit, tandis que saint Hypace devait ajouter aux Heures de jour l'office de nuit, pour avoir le septénaire ; dies, pour saint Benoît, c'est le temps compris entre le lever du soleil et son coucher, et pour saint Hypace, c'est toute la journée liturgique {w/briiuzçov). Cassien, qui ne connaît pas Compiles, mais qui compte Prime parmi les Heures, arrive de son côté au nombre de sept, y compris la Vigile nocturne ; et il observe qu'un des avantages de l'institution des « secondes Matines » est précisément de réahser à la lettre la parole de David : Illum numerum, quem désignât heatus David, quamquam spiritalem quoque habeat intellectum, secundum litteram manifestissime supplet : Septies in die laudem dixi tihi, super judicia justitiae tuae. Ilac enim adjeda sollemnitate, septies sine duhio spiritales hos conventus in die facientes, septies in ea laudes Domino dicere conprohamur (2). N. B. Père s'est souvenu probablement de ce passage ; mais, parce que chez lui le total des Heures dépasse le septénaire, il ajoute aussitôt : c'est des Heures du jour seulement qu'a voulu parler ici le Prophète, car, pour les Vigiles nocturnes, le même Prophète y a fait allusion dans un autre endroit du même psaume cxviii. La sainte Écriture elle-même nous invite donc à louer notre Créateur sept fois le jour et une fois la nuit (3). C'est à cela que nous sommes tenus comme moines et comme ouvriers de la prière : nostrae servitutis officia persolvamus.

On est allé plus loin autrefois : dans des monastères très nombreux, il était naturel d'organiser l'Œuvre de Dieu de telle façon que les escouades monastiques se succédassent d'heure en heure et que la louange ne se tût ni jour ni nuit. A Saint-Maurice d'Agaune, par exemple, au début du sixième siècle, nous trouvons la Laus perennis (4). Alors même que la dévotion monastique ne pouvait adopter une psalmodie continue, elle

(1) Acta SS., Junii t. III, p. 325.

(2) Inst, III, IV.

(3) Dans le l^^Sermo asœticus, qui est, sinon de saint Basile, du moins probablement du quatrième ou cinquième siècle, l'auteur cite, comme saint Benoît, les deux textes : Media nocte... et Septies..., mais il ne compte que sept Heures en tout : l'office de nuit, celui du matin, Tierce, None, Vêpres, et afin d'obtenir le septénaire, la prière du milieu du jour est scindée en deux : avant le repas et après. P. G., XXXI, 877-8784

(4) Cf. Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, art. Agaune.

s'est employée souvent à ajouter divers offices au pensum servitutis prescrit par saint Benoît, et les rubriques de notre Bréviaire mentionnent encore à certains jours la récitation des psaumes graduels, des psaumes de la pénitence, de l'office des morts. Sans méconnaître l'intention qui a dicté toutes ces pratiques, il est permis de se souvenir que N. B. Père avait à dessein abrégé la liturgie de ses prédécesseurs et qu'il avait distribué d'une façon plus discrète et plus sage le contenu des Heures. Le Seigneur gagne-t-il beaucoup à un entassement progressif de prières et de récitations nouvelles? Il faut laisser de l'air à la vie. Il faut que les généreux trouvent quelque chose à faire spontanément et de plein gré. Il y a d'ailleurs une forme de Lans perennis, qui n'exige pas une armée de moines, qu'il est loisible à chacun de réaliser : la prière secrète, l'attention à Dieu et aux choses de Dieu, l'attitude de la soumission et de la tendresse, un certain contact assidu avec la Beauté toujours présente. Ainsi, ce n'est pas seulement le monastère, c'est l'âme de chaque moine, c'est T unisson de toutes les âmes, qui peut chanter h Dieu un cantique sans trêve.

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