DE LA COMPOSITION DES OFFICES DE JOUR
comprend que quatre psaumes. De même, au lieu de plusieurs longues leçons, saint Benoît n'en demande qu'une seule, assez courte probablement et pouvant être « récitée » de mémoire, comme celle des petites Heures; on se dédommagera, d'ailleurs, par la lecture qui précède Complies. Les psaumes sont dits avec antiennes. Ensuite, un répons, l'ambrosien, c'est-à-dire l'hymne, le verset, le cantique de l'Évangile ou Magnificat^ les litanies, l'Oraison dominicale, et fiant missae.
Completorium autem trium Psalmorum dictione terminetur, qui Psalmi directanee et sine Antiphona dicendi sunt. Post quos Hymnus ejusdem Horae, Lectiouna, Versus, « Kyrie eleison », et benedictio, et missae fiant.
Saint Benoît se réserve de parler ailleurs de la lecture qui précède Compiles (chap. XLII); la leçon brève : Fratres,soini estote...,en est un vestige et fait double emploi avec elle, dans notre liturgie actuelle. Complies comprendra d'abord la récitation de trois psaumes non antiphonés, selon le mode direct. Puis l'hymne propre à cette dernière Heure du jour : Laudes, Vêpres et Complies ont leur hymne après la psalmodie. Enfin une leçon brève, un verset, le Kyrie eleison, la bénédiction et les prières de conclusion ou le renvoi. Rappelons-nous le peu qui a été dit de la bénédiction, au chapitre XI, où saint Benoît signalait la bénédiction qui termine les Vigiles : Et data ienedictione incipiant Matutinos; l'office de nuit et les Heures de jour s'achèvent ainsi de la même manière. Souvenons-nous aussi que, dans la synaxe antique, le renvoi des catéchumènes ou des fidèles n'était prononcé qu'après une série de prières où le diacre et l'évêque énuméraient les intentions de tous, formulaient les vœux et les sentiments de la communauté; après quoi l'évêque donnait sa bénédiction. Il est vraisembk ble qu'à la fin des Vigiles et de Complies, l'Abbé enveloppait lui aussi tous les siens dans une bénédiction et accompagnait son geste d'une formule, arbitraire ou fixée (1). Les coutumes monastiques ont gardé la bénédiction de Complies et y attachent une réelle importance. Nul ne doit être absent à ce moment-là; c'est un acte de communion avec sa fanulle et avec son Abbé ; et la bénédiction doit être portée à ceux du monastère qui ne peuvent venir la recevoir
Les commentateurs se demandent pourquoi N. B. Père n'a rien dit
(1) Le concile d'Agde de 506 décrète : In conclusione matutinarum vel vespertinarum missarum, post hymnos, capitella de psalmis dicantur, et plebs collecta oratione ad vesperam ah episcopo cum benedictione dimittatur (Can, xxx. Mansi, t. VIII, col. 330).
t«2 COMMENTAIRE SUR LA REGLE OË SAINT BENOIT
de la Messe, qui est pourtant le point culminant de toute la liturgie. Saint Benoît, répétons-le, n'a pas eu le dessein de tout dire : U passe sous silence les points de discipline ecclésiastique commune ; et, parmi les observances proprement monastiques, il n'indique que les principales, celles qu'il adopte chez lui, celles qui avaient besoin d'être déterminées par des règles précises. E parle ailleurs per transennam de la Messe et de la communion, qui avaient lieu le dimanche et les « jours solennels » (chap. XXXV, XXXVIII, LXIII) (1); il permet à l'Abbé de faire ordonner des prêtres et des diacres pour le service religieux du monastère et Vofficium altaris (chap. LXII); l'Abbé peut inviter les prêtres qui embrassent la vie monastique à donner les bénédictions ou à célébrer la Messe : aut Missam tenere (chap. LX). Deux siècles avant saint Benoît, les moines, comme les chrétiens fervents du monde, communiaient très souvent, et même tous les jours ; et il n'était pas indispensable de le faire à une j\îesse, puisque chacun pouvait emporter la sainte Eucharistie chez soi (2). Rufin nous a conservé cette recommandation de l'Abbé Apollonius : Sed et hoc monebat tU, si fieri posset, quotidie monachi communicarent mysteriis Christi, ne forte qui se longe facit ab his, longe fiai a Deo (3). L'usage de la Messe conventuelle quotidienne est fort ancien, et D. Martène en relève un exemple dès le début du cinquième siècle dans la vie de saint Euthyme (4) ; c'était la coutume à Cluny.
(1) Cassien écrivait des moines d'Egypte : Die sabbalo vel dominiea... hora teriia $acrae eommunionis obterUu conveniunt {Inst., III, ii).
(-J S. Basil., Epist. XCIII ad Caesariam patriciam. P. G., XXXII, 484-485. — Cf. D. Chapman, la Communion fréquente dans les premiers âges {Mémomlu au XlXeCongr's eucharistique international de Westminster, 1908, p. 161-168 du C. R.). — U. Besse, les Moines d'Orient, p. 351-354 ; les Moines de V Ancienne France, p. 446-448.
(3) Hist. monach., c. vu. Rosweyde, p. 464.
(4) Acta SS., Jan. t. II, p. 309. — Cf. Martène, De ant, monach, rit.^ 1. II, c. iv-viii. — CAX.MET, Commentaire sur le chap. xxxv.