CHAPITRE XVIII
Nous savons le nombre des Heures et le dessin de chacune d'elles; saint Benoît consacre enfin ce long chapitre à distribuer le Psautier entre toutes ces Heures de jour et de nuit. Laissant de côté les Laudes, dont la psalmodie a déjà été réglée au chapitre XHI, il détermine successivement la psalmodie de Prime, des trois Heures suivantes, des Vêpres, des Compiles ; ces offices réclamant pour la plupart un choix spécial de psaumes, il est bon de commencer par eux ; les Vigiles se partageront les psaumes qui restent. Pour établir la psalmodie de chacune des Heures, saint Benoît en suit naturellement le développement tout le long de la semaine et, comme il est normal aussi, à partir du dimanche. Le principe qui préside à cette distribution du Psautier est de l'épuiser en une semaine ; il en va de même dans la liturgie romaine ; l'ambrosienne y consacre deux semaines. Pour réaliser son dessein, N. B. Père doit adopter diverses combinaisons qui donnent à son système psalmodique un caractère un peu compliqué et tourmenté. D. lui faut tenir compte, en effet, et de l'attribution traditionneEe de certains psaumes à telle ou telle Heure, et des attributions qu'il se propose lui-même de faire, par exemple pour les petites Heures.
Nous pouvons, pour nous fixer quelques points de repère, reconnaître que la sainte Règle divise en trois parts la masse des cent cinquante psaumes. Une première portion, qui va du i" au xix^ inclusivement, est affectée, sauf trois exceptions, à Prime, sur semaine. Une seconde, qui va du xx^ au cvin®, fournit, sauf également trois exceptions, la psalmodie des Vigiles et des Laudes. A la dernière, qui va du cix« jusqu'au cxlvii®, N. B. Père emprunte la psalmodie des Vêpres, celle des petites Heures du dimanche, celle de Tierce, Sexte et None, aux autres jours de la semaine.
QUO ORDINE PSALMI DICENDI SUNT. III primis,
semper diurnis Horis dicatur Versus : Dem in adjtitorium meum intende, Domine ad adjuvandum me fe-
stina, et « Gloria ». Inde Hymnus uniuscujusque Horae.
Ces quelques lignes reviennent brièvement sur l'introduction ordinaire à la psalmodie, aux Heures de jour, c'est-à-dire à Prime et aux trois Heures suivantes. Les meilleurs manuscrits n'ont pas les mots : semper diurnis Horis; néanmoins il ne saurait être question ici de toutes les Heures de jour et de nuit indistinctement, parce que la présence du verset Dens à l'office de nuit et à celui du matin n'est pas prouvée ; et surtout parce que « l'hymne propre à chaque Heure » précède la psalmodie aux Vigiles et aux petites Heures seulement.
Deinde Prima hora, Dominica, dicenda siint quatuor capitula Psalmi centesimi octavi decimi. Reliquis vero Horis, id est, Tertia, Sexta, et Nona, terna capitula supradicti Psalmi centesimi octavi decimi dicantur.
Saint Benoît donne tout d'abord une situation de privilège au psaume cxviii. On voit bien par les commentaires des Pères, Origène, saint HUaire, saint Ambroi-e, saint Augustin, que le plus long des psaumes était considéré aussi comme le plus riche en doctrine et le plus profond : ils y voyaient un incomparable programme de vie chrétienne. Nous savons qu'il est alphabétique : huit versets ou distiques de suite commencent par la même lettre de l'alphabet hébreu ; et comme il y a dans cet alphabet vingt-deux lettres, le psaume est composé de vingt-deux strophes ou octonaires, que N. B. Père appelle capitula. Son intention est de les répartir entre toutes les petites Heures du dimanche et les trois dernières du lundi, soit entre sept Heures; vingt et un octonaires y sont consacrés, puisque la psalmodie de ces Heures comprend normalement trois psaumes ou fragments de psaumes. Et plutôt que de laisser en détresse, le lundi, l'unique octonaire qui restait, saint Benoît a préféré donner quatre capitula à Prime du dimanche.
Ad Primam autem secundae feriae dicantur très Psalmi, id est, primus, secundus, et sexlus. Et ita per singulos dies ad Primam, usque ad Dominicam
dicantur per ordinem terni Psalmi, usque ad nonum decimum Psalmum; ita sane, ut nonus Psalmus et septimus decimus partiantur in binas « Glorias ». Et sic fiât, ut ad Vigilias Dominica semper a vigesimo incipiatur.
Nous sommes toujours à Prime, mais le lundi. Plutôt qu'à Prime, Tierce et Sexte, c'est à Tierce, Sexte et None de ce même jour que saint Benoît demande de se partager les neuf derniers octonaires du psaume cxviii : car, s'il fallait commencer à None la fixation de la psalmodie des trois dernières petites Heures sur semaine, cela créerait, dans l'exposé du moins et le texte législatif, quelque complication. H s'agit donc, dès maintenant, de pourvoir à la psalmodie de Prime pendant la semaine ; saint Benoît l'emprunte tout simplement au début du Psautier. Prime du lundi aura les i^r, n^ et vi^ psaumes, le m® étant réservé pour le commencement de l'office de nuit, le rv^ étant le premier de Compiles, et le v^ ayant été consacré par l'usage aux Laudes du lundi.
Chacun des autres jours, jusqu'au dimanche, on prend trois psaumes à la suite. Mais comme le ix^ et le xvii® sont plus étendus et qu'on n'a pas le loisir, à cette heure matinale, d'une longue psalmodie, on les partage en deux, et on fait suivre chaque portion du Gloria. De la sorte, on sera en mesure de commencer régulièrement les Vigiles du dimanche au psaume xx. Cet usage de sectionner les psaumes existait chez les anciens, par exemple, selon Cassien, chez les moines d'Egypte (1).
Ad Tertiam vero, et Sextam, et Nonam secundae feriae novem capitula, quae residua suntde centesimo decimo octave Psalmo, ipsa terna capitula per easdem Horas dicantur. Expenso igitur Psalmo centesimo octavo decimo duobus diebus, id est, Dominica et secunda feria, terlia feria jam ad Tertiam, Sextam, vel Nonam psallantur terni Psalmi, a centesimo nono decimo usque ad centesimum vigesimum septimum, id est, Psalmi novem. Quique Psalmi semper usque ad Dominicam per easdem Horas itidem repetantur (Hymnorum nihilominus, Lectionum vel Versuum dispositione uniformi cunctis diebus ser-
(1) Insl, II, XI.
vata), et ita scilicet, ut semper Dominicaacentesimo octavo decimo incipiatur.
Pour Tierce, Sexte et None dn lundi, les neuf derniers octonaires du psaume cxviii ont été tenus en réserve. Aux mêmes Heures, depuis le mardi jusqu'au dimanche suivant, on dira chaque jour les neuf psaumes qui suivent immédiatement le cxvm®, à raison de trois pour chaque Heure. Ce sont les premiers des quinze psaumes graduels. Leur brièveté surtout les désigne au choix de saint Benoît ; comme nous le disions naguère, ils conviennent très bien à des Heures qui ont chance d'être récitées de mémoire, sur le lieu même du travail. On répétera donc régulièrement ces neuf psaumes tous les jours, et aux Heures auxquelles chacun d'eux a été attribué une fois pour toutes ; et on fera ainsi jusqu'au dimanche ; mais, arrivés là, on reprendra toujours la psalmodie des petites Heures au psaume cxvm.
Les mots Hymnorum nihihminus... servaia forment une parenthèse, à côté de laquelle les commentateurs passent assez régulièrement sans en rien dire. Ceux qui ont consenti à en parler le font d'une façon insuffisante. Nihilominus est une particule adversative ; elle introduit une exception, une opposition : entre quels éléments a lieu cette opposition? Saint Benoît vient de dire que chaque jour et aux mêmes Heures on répète les mêmes psaumes : or, il semble de prime abord que dans la parenthèse, et en dépit du « néanmoins », c'est d'une disposition analogue qu'il s'agit pour les hymnes, leçons et versets : « ils garderont tous les jours une affectation uniforme » : où est l'opposition? Peut-être devonsnous être plus attentifs à la pensée et à l'intention de saint Benoît qu'à leur expression matérielle ; en écrivant cette phrase, il rappelait des usages liturgiques bien connus de tous, et il n'a pas songé que son explication, qui a pourtant le dessein d'être claire, paraîtrait très énigmatique aux commentateurs futurs. Peut-être aurions-nous mieux compris le nihilominus s'il eût été rejeté à la fin de la phrase ; car voici, semble-t-il, la pensée de N. B. Père. H lui a fallu noter que les neuf psaumes graduels se diraient aux mêmes Heures de Tierce, Sexte et None, chaque jour, mïiis depuis le mardi seulement jusqu'au dimanche, puisque le dimanche, à toutes ses petites Heures, bénéficie d'une psalmodie spéciale, empruntée au psaume cxviii et que le lundi lui-même, s'étant pourvu, à Prime, ailleurs que dans ce psaume, y a cependant recours pour les trois Heures suivantes. Ce sont là bien des variations, bien des changements ; et c'est à toute cette complication que saint Benoît oppose la disposition des hymnes, leçons et versets, laquelle demeure uniforme tous les jours, cunetis diehus (1). A Tierce du mardi, par exemple, ce sont les mêmes
(1) Voir Martène, qui cite les explications d'HiLDEMAR et de Boherius : c'est,
hymne, leçon et verset que le lundi et le mercredi. Dans notre liturgie actuelle, les choses se passent ainsi, sauf le dimanche et les fêtep, au leçons et versets sont différents.
Vespera autem quotidie quatuor Psalmorum modulatione canatur. Qui Psalmi incipiantur a centesimo nono usque ad centesimum quadragesimum septimum : exceptis iis qui in diversis Horis ex eis sequestrantur, id est, a centesimo decimo septimo, usque ad centesimum vigesimum septimum, et centesimo trigesimo tertio, et centesimo quadragesimo secundo. Reliqui omnes in Vespera dicendi sunt. Et quia minus veniunt très Psalmi, ideo dividendi sunt qui in numéro suprascripto fortiores inveniuntur : id est, centesimus trigesimus octavus, et centesimus quadragesimus tertius, et centesimus quadragesimus quartus. Centesimus vero sextus decimus quia parvus est, cum centesimo quinto decimo conjungatur. Digesto ergo ordine Psalmorum vespertinorum, reliqua, id est, Lectiones, Responsoria, Hymni, Versus, vel Cantica, sicut supra taxavimus, impleantur.
Nous passons aux Vêpres. Pendant sept jours, à raison de quatre psaumes chaque jour, les Vêpres réclament vingt-huit psaumes. La liturgie bénédictine, comme la romaine et l'ambrosienne, fait commencer la série des psaumes vespéraux au cix^. C'est dans cette dernière portion du Psautier que se trouve le psaume traditionnel du Lucemaire, le cxl^, choisi à cause de son verset : Dirigatur oratio mea. . . A partir du dimanche, on prendra, dit saint Benoît, depuis le psaume cix jusqu'au cxLvn® inclusivement, les trois derniers numéros du Psautier formant les laudes
selon eux, la quantité, le nombre des hymnes, leçons et versets des Heures de chaque jour qui demeure identique. Selon nous, l'uniformité porterait plutôt sur la qualité. — D'autres pensent que la parenthèse n'introduit pas forcément une opposition entre le régime des hymnes, leçons et versets et le régime de la psalmodie ; que nihilominus signifie soit « d'ailleurs, aussi bien », soit « non moins, de même ». Saint Benoît ferait remarquer simplement, et pour préciser au besoin sa réglementation des petites Heures, que non seulement les psaumes dont il vient de parler sont les mêmes jusqu'au dimanche, mais que, tous les jours, il y a uniformité dans l'ordonnance, le dispositif des hymnes, leçons et versets ; on observera tous les jours ce qui a été réglé ailleurs pour ces éléments secondaires des Heures : même nombre, même agencement des éléments, réserve faite de leur qualité, dont saint Benoît ne dit rien. Cette remarque aurait le même caractère que celle par où débute le chapitre et la compléterait.
de chaque jour. Trente-neuf psaumes, ce serait beaucoup plus qu'il ne nous faut, si quelques-uns ne se trouvaient pas réservés pour d'autres Heures : le cxvn® appartient aux Laudes du dimanche ; le cxvni^ et les neuf premiers psaumes graduels ont l'attribution que nous savons ; le cxxxiii® est le dernier de CompUes ; le cxiii^ est le deuxième psaume des Laudes du samedi. Le cxvi®, à cause de sa brièveté, est réuni au cxv*. Mais voici que maintenant nous avons trois psaumes de moins qu'il ne faudrait : on devra donc partager en deux les psaumes les plus longs de la série vespérale : le cxxxviii^, le cxLine et le cxliv«.
Digesto ergo... Encore une petite phrase qui n'aurait pas dû échapper à la sagacité des commentateurs. H semble que cette remarque soit parallèle à celle qui terminait le paragraphe précédent ; et, pourtant, il est permis d'hésiter à lui donner une interprétation identique à celle que nous proposions alors. Si le parallélisme est complet et dans le sens que nous disions, nous traduirons ainsi : voilà donc combiné l'ordre des psaumes de Vêpres ; ils sont nouveaux chaque jour ; néanmoins tout le reste, leçon, répons, hymne, verset, cantique (1), est exécuté comme nous l'avons réglé plus haut, au paragraphe précédent, c'est-à-dire demeure inchangé toute la semame. Mais, alors, l'hymne des Vêpres, pour ne rien dire des autres pièces liturgiques, était toujours la même? Historiquement, cela n'a rien d'impossible (2). Saint Benoît parle des hymnes propres à chacune des petites Heures ; mais il ne dit nulle part que l'ambrosien des Vêpres varie chaque jour, pas plus d'ailleurs que les hymnes des Vigiles, des Laudes et de Compiles. Aussi bien, U ne détermine dans sa Règle que l'office dominical et férial : le peu qu'il a dit des fêtes ne nous permet même pas de conjecturer qu'elles jouissaient d'hymnes propres. Mais peut-être, après tout, la remarque que fait ici N. B. Père n'a-t-elle que le dessein de rappeler en passant, et à propos de l'ordonnance psalmodique des Vêpres, la composition du reste de l'office : on dira la leçon, le répons, l'hymne, le verset, le cantique, comme nous l'avons réglé plus haut, c'est-à-dire au chapitre XVII (3).
Ad Completorium vero quotidie iidem Psalmi repetantur : id est, quartus, nonagesimus, et centesimus trigesimus tertius.
A Compiles, chaque jour ramène les mêmes psaumes : le iv® : Cum invocarem, le xc^ : Qui habitai, et le cxxxiiie : Ecce nunc benedicite Dominum
(1) Il faut en effet lire au singulier.
(2) Étudier sur ce point les cursus de S. Césaire et de S. Aurélien.
(3) N'est-ce pas une explication analogue à celle que signalait la fin de la note de la
Nous remarquons qu'ici saint Benoît ne parle plus des formules qui suivent la psalmodie ; on ne saurait d'ailleurs rien conclure de ce silence pour la solution de nos petits problèmes.
Disposito ordine psalmodiae diurnae, reliqui omnes Psalmi, qui supersunt, aequaliter dividantur in septem noctium Vigilias, parti endo scilicet qui inter eos prolixiores sunt Psalmi, et duodecim per unamquamque constituai! tur noctem.
Telle sera la psalmodie des offices du jour. Les sept Vigiles nocturnes se partageront tous les autres psaumes, tous ceux qui n'ont pas encore reçu d'affectatif n. Cette répartition se fera de façon égale, à raison de douze psaumes chaque nuit. Il nous reste la portion du Psautier qui va du XX® au cviii®, soit quatre-vingt-neuf psaumes ; et, puisqu'il nous en faut quatre-vingt-quatre, ce serait trop, si le psaume xciv n'était retenu comme invitatoire, le xc® comme second psaume de Compiles et douze autres pour les Laudes. Mais, cette soustraction faite, nous sommes en déficit de neuf psaumes : nous nous tirerons d'affaire en divisant « en deux Gloria », comme disait plus haut saint Benoît, neuf des plus longs psaumes. La Règle ne les désigne pas ; ce sont, d'après l'usage bénédictm, les psaumes xxxvi, lxvii, lxviii, lxxvii, lxxxviii, cm, civ, cv, cvl C'est au cviii^ inclusivement que s'arrête aussi, dans les liturgies ambrosienne et romaine, la psalmodie des Vigiles.
Hoc praecipue commonentes, ut si cui forte haec distributio Psalmorum displicuerit, ordinet, si melius aliter judicaverit, dum omnimodis id attendatur, ut omni hebdomada Psalterium ex integro numéro centum quinquaginta Psalmorum psallatur, et Dominico die semper a capite repetatur ad Vigilias : quia nimis iners devotionis suae servitium ostendunt monachi, qui minus Psalterio, cum Canticis consuetudinariis, per septimanae circulum psal-
page 206? Sans doute. Mais alors qu'ici l'explication ne fait pas violence au texte, Uy a dans la parenthèse Hymnorum... des expressions comme nihilomimis, dispositione uniformi, qui s'y prêtent mal. Les deux passages semblent réellement assez différents.
lé
lunt ; cum legamus sanctos Patres noslros uno die hoc strenue implevisse, quod nos tepidi utinam septimana intégra persolvamus.
Saint Benoît ne se flatte point d'avoir donné la meiHeure distribution possible du Psautier. Mais, avec une parfaite humilité et déférence pour la pensée d'autrui, il avertit de façon instante, praecipue, que si quelqu'un de ses successeurs (il ne peut s'agir des simples moines) vient à trouver un ordre qui lui semble préférable, il l'adopte sans scrupule. Alors que les dispositions liturgiques n'avaient pas encore été définitivement consacrées par l'Église, quelques Abbés profitèrent de la licence donnée par N. B. Père. Il fallut que des conciles, comme ceux d'Aix-la-Chapelle de 802 et de 817, rappelassent les communautés monastiques à l'observation pure et simple de la Règle. Même pour la distribution du Psautier, Tœuvre de saint Benoît est fort sage ; s'il y a quelque complication dans l'agencement des psaumes, il faut reconnaître du moins qu'au point de vue de la longueur des ofiBces, toutes les parties sont heureusement balancées et équilibrées (1).
Le seul point qui semble essentiel à saint Benoît, et que toute combinaison quelle qu'elle soit devra, par-dessus tout, sauvegarder, c'est que chaque semaine nous épuisions le Psautier entièrement, c'est-à-dire l'intégrité de ses cent cinquante psaumes, pour en recommencer la série tous les dimanches, aux Vigiles. H est facile de reconnaître ce qui a guidé N. B. Père, ce qui a guidé l'Église romaine : le Souverain Pontife l'a rappelé naguère dans la constitution Divino afjlatu. Le Psautier a été créé par Dieu même pour être à jamais le formulaire authentique de la prière. Cest avec ces pensées-là, avec ces accents-là que Dieu a voulu être loué et honoré. Les psaumes traduisent les sentiments les plus profonds, les plus variés, les plus délicats du cœur de l'homme, et répondent à tous ses besoins. Ds ont servi aux justes de l'Ancien Testament, ils ont servi aux Apôtres et aux saints de tous les âges. Mais ils ont erré sur d'autres lèvres encore : ils ont été dits et redits par Notre-Dame et par le Seigneur. Dans les pèlerinages à Jérusalem, le Seigneur et sa Mère et saint Joseph chantaient les psaumes graduels. Certains auteurs ont pensé que le Seigneur récitait le Psautier chaque jour et qu'il n'avait fait, pendant la Passion, que poursuivre sa prière, lorsqu'il dit, élevé en croix : Dms meus, Deus meus, ut guid dereUquisti we, et encore : In manvs tuas commendo spiritum meum.
Peut-être, au temps de saint Benoît, des moines avaient-ils commencé à réduire leur psalmodie. Dire dans le cours d'une semaine le Psautier avec les cantiques d'usage, c'est là, ajoute-t-il, un minimum de courage,
(1) HiEFTES, 1. VII, tiact, V, disq. ivet v. — CL D. Cabroi,, la Réforme ânBréviam et du Calendrier,
chez ceux qui sont les ouvriers de la prière. Ils feraient vraiment preuve de trop d'inertie et de nonchalance dans le service divin qu'ils ont voué, les moines qui demeureraient en deçà. Alors que nous lisons de nos saints Pères (1) qu'ils remplissaient vaillamment en un jour cette tâche d'un Psautier, puissions-nous du moins, nous autres peu fervents, l'accomplir au cours de la semaine entière. Cette humble remarque de N. B. Père a pour dessein d'encourager ses fils à ne rien diminuer d'un office divin accommodé avec tant de condescendance aux forces de tous, et qui est une sage moyenne : mais elle ne peut vouloir suggérer une dépréciation du mrsus qu'il vient d'établir, ni provoquer des initiatives et des modifications indiscrètes. Le nos tepidi de saint Benoît a pourtant excité plus d'une fois l'émulation de certains religieux ou de Congrégations entières ; et les offices se surajoutèrent aux offices. H va de soi que la dévotion privée peut se donner carrière, sous la guide de Tobéissance ; un disciple de saint Pierre Damien, saint Dominique l'encuirassé, parvint même à réciter douze Psautiers et demi en vingt-quatre heures, tandis qu'il se donnait, à deux mains, la discipline. « Mais ces exemples, conclut D. Calmet, sont plus dignes d'admiration que d'imitation, et la trop grande prolixité des offices a été désapprouvée par plusieurs personnes très judicieuses. »
(1) ... Dixerunt inter se, ut prius ex more complerent orationes et pscUmodiam, et postea cibum caperent. Cum autem ingressi puissent, psallehant, totumque psalterium compleverunt {Verba Seniorvun i Vitae Patrum, III, €, Rosweyde, p. 493)<