DU RESPECT DANS LA PRIERE Î
mellement le cas où la grâce divine provoquerait en nous un mouvement intérieur de dévotion qui nous fît prolonger la prière. Moyennant que le travail qui nous est imposé comme obédience n'en souffre point et que nous ne négligions aucunement nos autres devoirs, ce goût de l'oraison n'a rien que de légitime. Mais afin de conjurer l'illusion et de tout consacrer par l'obéissance, il ne faut pas introduire dans notre règlement et nos habitudes de longues stations d'oraison qui n'auraient pas obtenu, au préalable, l'agrément de l'Abbé. Les Constitutions déterminent le minimum du temps que chacun doit consacrer à la prière. Et plaise à Dieu qu'il y ait toujours dans des âmes monastiques assez de sens de leur vocation pour que les supérieurs soient dispensés de toute enquête et de toute contrainte sur ce point ! On ne prétend pas d'ailleurs nous imposer une « méthode » ; on ne nous défend pas de parler à Dieu dans la méditation tranquille de la sainte Écriture ou des textes liturgiques ; la lectio divina que prescrit la Règle est quelque chose de plus qu'une simple préparation à la prière, et c'est sous le bénéfice de ces deux heures de lecture que N. B. Père pouvait recommander que la prière des moines fût brève pour être pure.
La dernière disposition de ce chapitre est encore inspirée par la discrétion. S'il est permis à un frère d'accorder un peu plus à la prière privée lorsqu'une grâce de Dieu l'y invite, on conçoit qu'il serait peu mesuré de demander à la communauté entière de longs suppléments à son œuvre liturgique quotidienne. Saint Benoît ordonne donc que l'oraison conventuelle soit toujours très courte : omnino irevietur, et que tous se lèvent en même temps, au signal du supérieur. De quelle oraison s'agit-il? Cassien raconte comment, après chaque psaume, chez les moines d'Egypte, tous prient quelques instants debout et en silence, puis se prosternent à terre, se relèvent presque aussitôt et s'unissent enfin d'intention à celui qui récite la collecte : Cum autem is, gui orationem collecturus est, e terra surrexerit, omnes pariter eriguntur, ita ut nullus nec anteguam inclinetur ille genu flectere nec cum e terra surrexerit remorari praesumat, ne non tam secutus fuisse illius eonclusionem, qui precem colligit, quam suam celehrasse credatur (1). Mais saint Benoît ne prescrit nulle part de prière privée ni de collecte après chaque psaume : elles sont remplacées par les antiennes. Il semble faire allusion ici aux prières qui terminaient les offices (voir le chap. LXVII) (2) : une
(1) InsL, II, VII ; cf. ilid., x. — La Règle de S. Pacôme disait : Cumque manum percusserit stans prior in gradu, et de scripturis quidpiam volvens memoriter, ut, oratione finiente, nullus consurget tardius, sed omnes pariter levaiunt (vi).
(2) Cassien mentionne la prière finale des offices : Satis vero constat illum trinae curvationis numeruni, qui solet in congregationilus fratrum ad concludendam synaxin celeirari, eum qui intenta animo supplicat ohervare non posse {Conlat. IX, xxxiv). D. Baumer préfère lire orationis au lieu de curvationis, et non supplicat (Hisi, du Brév., t. I, p. 149, note 1).
2iÈ COMMENTAIRE SUR LA RÈGLE DE SAINT BENOIT
portion était silencieuse et mentale ; on la faisait incliné ou prosterné ; et il appartenait à l'Abbé de l'abréger. Si courte qu'elle fût, cette oraison conventuelle décourageait le moine de Pompéianus dont il est parlé dans la Vie de saint Benoît, et qu'un petit diable noir entraînait dehors : Ad oratùmem stare non poterat, sed mox vi se fratres ad studium oroMonis inclinassent, ipse egrediebatur foras... Cumqite vir Dei venisset in eodem monasterio et constihita mra, expleta psalmodia, sese fratres in oi'ationem dédissent, etc. (1). Saint Benoît ne parle jamais d'une oraison conventuelle, distincte de l'Œuvre de Dieu : Expldo opère Dei, omnes cum summo silentio exeant... Sed si aitêr vuU sibi forte secretius or are, simpliciter intret et oret (chap. LU).
(1) S. Gbbq. m., Dial., ], II, c rr»