‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 75 sur 171 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

DE l'excommunication POUR LES COULPES

La surveillance et la coiTection ayant été remises aux doyens, on ne pouvait les laisser désarmés en face de l'inobservance : c'est poiu- cela que dans ce chapitre et dans les sept suivants il est parlé du droit pénal et des procédés selon lesquels il s'appliquera (1). Toutes les Règles anciennes sont abondantes pour prévoir des sanctions disciplinaires, et nous aurons l'occasion de signaler quelques-uns des emprunts que leur a faits saint Benoît (2). Mais nulle part encore le législateur n'avait formidé de code aussi complet dans sa sobriété, aussi prudent, discret et affectueux dans sa sainte rigueur (3). L'évolution des mœurs a modifié profondément, depuis lors, soit la nature des délits, soit le caractère de la peine ; il n'en est pas moins opportun de rechercher la pensée de N. B. Père sur le difficile devoir de la correction, alors même que la teneur de son texte est, en grande partie, rapportée par l'usage.

Nous pouvons, dès maintenant, déterminer l'économie de ces huit chapitres. Le XXIII^ énumère d'abord les principales fautes contre lesquelles il y a lieu de sévir, puis commence à décrire la série progressive, la hiérarchie des corrections régulières : double admonition secrète, objurgation publique, excommunication ou châtiment corporel. Ce n'est pas tout ; mais avec le chapitre XXIV s'ouvre une vaste parenthèse relative à l'excommunication : celle-ci est de deux sortes : l'excommunication de la table (XXIV), l'excommunication de la table et de l'oratoire (XXV). Les deux chapitres qui suivent traitent, l'un des relations illicites avec les excommuniés (XXVI), l'autre des relations autorisées avec eux et de la sollicitude de l'Abbé à leur égard (XXVII). Saint Benoît reprend alors et achève, au chapitre XXVIII, l'énumération des divers procédés répressifs et curatifs : les verges, la prière instante et, si tout demeure impuissant, l'expulsion. Le chapitre XXIX marque

(1) Selon le R"'' D He^iwegen, les hiit chapitres de ce code pénal auraient formé d'abord un fascicule spécial, à l'usage d i supérieur plutôt que des moines ; dans la rédaction définitive de la Règle, le par hasard leur aurait donné la place qu'ils occupent maintenant (Gescftic/ifeder benedikiinischen Professformel, p 23. note 1).

(2) Consulter les commentateurs Mège, Martène, Calmet. — Ménard, op. cit., c. xxx-xxxix. — HiEFTEN, 1. VIII. — D. Besse, les Moines d'Orient, chap. ix.

(3) Comparer avec la Règle de S. Pacôme, surtout à partir du n" clx.

combien de fois et dans quelles conditions les moines exclus ou apostats peuvent être réintégrés. Enfin le chapitre XXX forme un petit codicille sur les punitions qui conviennent au jeune âge. Plus loin, aux chapitres XLIII-XLVI, N. B. Père aura l'occasion de compléter son code pénal en traitant des satisfactions pour les fautes moins graves que celles dont il poursuit ici la répression. Et dans maint endroit de la Règle il menace, en passant, de quelqu'un des châtiments monastiques.

De excommunicatione culparum. — Si quis frater contumax, aut inobediens, aut superbus, aut murmurans, vol in aliquo contrarius existens sanctae regulae, et praeceptis seniorum suorum, contemptor repertus fuerit :

Remarquons, tout d'abord, que les fautes visées présentement par saint Benoît ont un siège commun : la volonté rebelle ; ou plutôt, c'est d'elle seule qu'il a souci, car il ne songe pas un instant à cataloguer l'infinie variété des délits ; quelques-uns seulement sont signalés au cours de la Rèole. On peut imposer des satisfactions pour des fautes purement matérielles, afin de prévenir la négligence et de rendre la conscience plus délicate ; mais on ne sévit pas, avec la rigueur qu'impliquent ces dispositions pénales, contre des imperfections : il n'y a pas matière suffisante. On ne s'arme pas davantage de sévérité contre des fautes de légèreté, d'ignorance ou de surprise. A l'exemple de Dieu, qui ne regarde que ce qui sort de notre volonté délibérée (Matth,, xv, 17-20), saint Benoît ne s'en prend qu'à la volonté perverse, dans ses manifestations extérieures les plus redoutables (1). Il y a, en premier lieu, la rébellion formelle. Contumada, c'est le refus d'obéir, opposé à une autorité présente, la résistance ouverte et obstinée ; c'est l'audace et l'insolence de la désobéissance. Vient ensuite la désobéissance grave, mais sans complication de bravade, le refus de se soumettre à la Règle ou à une obédience donnée. Puis la superbe, l'exaltation habituelle, ce gonflement de soi, cette adoration de sa propre valeur, qui est, au fond, le principe secret de toute erreur dans la vie monastique et la racine empoisonnée de toutes les fautes dont il est parlé ici.

Rien de tout cela n'est bien intéressant : cela sent toujours la bête, entêtée et rétive : Nolite fieri sicut equus et mulus, quiius non est intellectus (Ps. XXXI, 9). Et pourtant on voit bien que ce que N. B. Père déteste le

(1) Si quis autem murmuraverit, vel contentiosus extiterit, aut referens in aliquo contrariam voluntatem praeceptis... (S. Macar., Reg., xii). Si inoleâiens quis fuerit, aut contentiosus, aut contradictor, aut mendax, et est perfridae frontis... (S, Pach., Reg., CLXV. Cf. ibid., cl).

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