CHAPITRE XXVII
QUELLE DOIT ÊTRE LA SOLLICITUDE DE l'ABBÉ
A l'Égard des excommuniés
QUALITER DEBEAT ESSE SOLLICITUS AbBAS CIRCA EX-
COMMUNICATOS. — Omni sollicitudine curam gerat Abbas circa delinquentes fratres : quia non est opus sanis medicus, sed tnale habentibus.
C'est le dernier chapitre de la parenthèse relative à rexcommunication. H éclaire toute la question du code pénal monastique et rend manifeste l'intention de saint Benoît ; il nous révèle aussi tout son caractère paternel. Nous n'ignorons pas la variété des points de vue auxquels se place la justice humaine pour légitimer l'exercice du droit pénal et jusqu'à la peine de mort. Tantôt, on se met au point de vue de l'ordre absolu, et l'on soutient qu'il est équitable que ceux qui n'ont pas voulu appartenir à l'ordre par l'obéissance y rentrent quand même par le châtiment : c'est vrai, mais c'est froid, hautain ; le coupable se résigne. Ou bien on préfère songer à la société qu'il faut garantir, et le châtiment prend alors le caractère d'une sécurité. La peine, par un double effet, abrite la société contre le retour des fautes qu'elle châtie, soit parce qu'elle met le coupable dans l'impossibilité de nuire, soit parce qu'elle inspire une crainte salutaire aux autres méchants : Culpam poena premit cornes : c'est vrai encore, mais c'est dur, et c'est inefficace souvent. Il appartenait à la règle chrétienne et monastique de se placer au point de vue du délinquant lui-même et, sans méconnaître aucunement les desseins dont nous venons de parler, de s'inquiéter par-dessus tout de la correction du coupable, regardé comme un frère malade plutôt que comme un condamné. Et encore que les anciennes Règles et les Vies des Pères abondent en traits édifiants sur la miséricorde due aux pécheurs, nul, pensons-nous, n'avait jusqu'alors écrit rien de semblable à cette page bien personnelle à saint Benoît et toute pleine de sa tendresse de père, si grave, si forte, si attentive.