‹ Commentaire sur la règle de Saint BenoîtChapitre 89 sur 171 · DES DERNIERS DEGRÉS DE LA DISCIPLINE RÉGULIÈRE · texte numérisé non relu

DES DERNIERS DEGRÉS DE LA DISCIPLINE RÉGULIÈRE

dicamina Scripturanim divinarum, si ad ultimum ustionem excommunicationis vel plagas virgarum, et jam si viderit nihil suam praevalere industriam : adhibeat etiam, quod majus est, suam et omnium fratrum pro eo orationem, ut Dominus, qui omnia potest, operetur salutem circa infirmum fratrem.

On voit bien qu'aux yeux de saint Benoît l'âme a une valeur absolue et qu'elle doit être traitée avec une patience sans limite. H suppose que le coupable ne se rend pas encore, qu'il ose même, dans une exaltation violente, justifier sa conduite et plaider le bon droit pour lui. Quod ahsiti dit N. B. Père. Il sait trop bien cependant que ce n'est pas l'invraisemblable. Ailleurs il a flétri cette triste facilité qu'ont les hommes d'appeler bien ce qu'ils veulent, d'adorer leur pensée, de légitimer ainsi les dernières hontes. La conscience est cautérisée. Ce qui avait été jusqu'ici une faiblesse devient un principe, un système. Pourtant, il n'est pas question encore de prononcer la sentence irrévocable.

L'Abbé continuera de faire ce que fait un sage médecin (1). H se rappellera toutes les industries dont il a pu légitimement user pour procurer la guérison ; il s'assurera qu'il n'a rien négligé. H s'est efforcé, par tout moyen, selon les procédés de la médecine ancienne, de faire sortir la maladie, d'attirer à l'extérieur et aux surfaces un mal profond qui déconcertait l'œuvre de la vie. Il a d'abord employé les fomentations, les applications chaudes, capables de solliciter le mal au départ ; puis les onguents, le baume des exhortations, comme pour assouplir la peau et les chairs ; ensuite les remèdes internes des divines Écritures. La parole de Dieu a une vertu sacramentelle ; elle opère comme un charme sur les âmes. H est des formules, si claires et si douces, qu'elles parviennent à soustrake l'âme à sa fièvre. On voit que les admonitions privées ou publiques et les bons conseils des sympectes doivent s'inspirer uniquement de la doctrine surnaturelle et rappeler au coupable les textes familiers de l'Écriture qui contiennent la règle des mœurs et de la perfection monastique. Ces moyens préliminaires n'ayant pas réussi, l'Abbé s'est décidé enfin à cautériser par la brûlure de l'excommunication, à scarifier par les plaies des verges. Mais il est forcé de constater que son art ne triomphe nullement du mal.

Ce que les efforts humains ne peuvent obtenir, la prière peut le solliciter de Dieu. Il n'y a rien de désespéré pour lui. Les trésors de sa miséricorde ont des grâces capables de convertir le cœur le plus endurci. N'est-il pas le Dieu qui ressuscite les morts (Kom., iv, 17)? OmnipoterUi

(1) Les comparaisons qui suivent sont inspirées de Cassien, Inst,, X, vu.

medico nihU est insanabûe; non renuntiai ad aliquem (1). Que l'Abbé agisse donc encore, dit saint Benoît, à la manière d'un médecin avisé ; qu'il ait recours à un remède plus efficace que les précédents, sa prière et celle de tous les frères, pour que le Seigneur, à qui tout est possible, rende la santé à ce frère malade. H s*agît d'une supplication plus instante et plus unanime que celle dont il a été parlé au chapitre XXVII ; c'est une sorte de mise en demeure respectueuse et filiale adressée à Dieu par tout le convent.

Quod si nec isto modo sanatus fuerit, tune jam utatur Abbas ferro abscissionis, ut ait Apostolus : Auferte malum ex vobis. Et iterum : Infidelis si discedit, discedat : ne una ovis morbida omnem gregem contaminet.

Si enfin le malheureux ne trouve pas sa guérison dans un tel rwnède, il ne reste plus au médecin qu'à se servir résolument du fer qui retranche. L'excommunié devient un danger. Sa corruption peut infecter la communauté entière ; une seule brebis malade peut contaminer tout le troupeau. La charité que l'on doit à une communauté, toujours plus intéressante qu'un particulier, oblige à se défaire de tout élément dont on n'espère plus la correction et qui constitue un scandale et un péril permanent. C'est la recommandation formelle de l'Apôtre : « Enlevez le mal, ou le mauvais, du milieu de vous » (I Cor., v, 13). Non enim et hoc fit crudélUer, sed misericorditer, ne contagione pestifera plurimas perdcU, dit saint Augustin, dans un passage qu'on pourra comparer à notre description des degrés de la discipline régulière (2). Et saint Cyprien avait écrit, lui aussi : Irder virgines non putem (illas) dehere numerari, sed tamquam contactas oves et morhidas pecudes a sancto et puro grege virginitatis arceri, ne contagio sua caeteras polluant (3). Aussi bien, ce n'est plus un malade, c'est un cadavre. L'Abbé ne fait que reconnaître une séparation consommée d'avance par celui-là même qui est expulsé, H l'a voulu. On se résigne à son irréconciliable aveuglement : « Si l'infidèle veut s'en aller, qu'il s'en aille », dit saint Benoît, qui prend dans un sens accommodatice une autre parole de l'Apôtre (I Cor,, vu, 15).

L'expulsion est prévue aussi dans des Règles plus anciennes, par

(1) S. AuG., Enarr. II in Ps. lviii, 11. P, L,, XXXVI, 712.

(2) Epist. CCXI, 11. P. L., XXXIII, 962.

(3) De haUiu virgirmm, xvn. P. L., IV, 456. L'expression ovis morbida se trouve plusieurs fois chez S. Jérôme : Epist. IL P. L., XXII, 331 ; Epist. XVI, 1, P, L,, ibid., 3b8; Epist. CXXX ad Demttriadem, 19, P, L,, ihid., 1122.

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