CHAPITRE XXX
comment il faut corriger les enfants en bas age
De pueris minori aetate, qualiter corripiantur. — Omnis aetas vel intellectus proprias débet habere mensuras. Ideoque quotiespueri, vel adolescentiores aetate, aut qui minus intelligere possunt quanta poena sit excommunicationis, hi taies dum delinquunt, aut jejuniis nimiis affligantur, aut acribus verberibus coerceantur, ut sanentur.
De même que les châtiments doivent être gradués selon les fautes, de même ils doivent être proportionnés à Tâge, à l'intelligence et à l'éducation de chacun. Saint Benoît l'a noté déjà au chapitre de l'Abbé et au chapitre XXIII, pour ce qui est de l'intelligence, mais sans faire mention expiiciite de l'âge. H n'était pas inutUe de rappeler, en terminant la section du code pénal, que plusieurs de ses dispositions ne convenaient aucunement à des enfants. « Chaque âge et chaque intelligence doit avoir sa mesure spéciale », ses procédés de correction : tel est le principe général. Et N. B. Père en fait aussitôt l'application à trois groupes de personnes : les enfants, les adolescents, les esprits bornés ou peu élevés.
C'est sans doute à dessein que la Règle ne fixe ni la limite de l'enfance, ni celle de l'adolescence : la pleine responsabilité et le juste discernement ne venant pas chez tous au même âge. Saint Benoît décidera plus loin (au chapitre LXX) qu'en ce qui concerne la surveillance extérieure, le régime de l'enfance, de la pueritia, doit cesser après quatorze ans révolus, c'est-à-dire à l'âge où les petits Romains quittaient ordinairement la toge prétexte. L'adolescence, selon saint Isidore (et c'est lui que semblent suivre en cette question les commentateurs), durait jusqu'à vingt-huit ans. Mais il est clair que la plupart des moines pouvaient être soumis à toute la discipline régulière longtemps avant cette échéance. Saint Benoît parle sans distinguer des enfants et des plus jeunes religieux :
i64 COMMENTAIRE SUR LA RÈGLE DE SAINT BENOÎT
il demande qu'on traite par un régime spécial et identique tous ceux chez qui prédomine l'élément animal.
Le premier principe, en matière d'éducation, est de prendre les hommes par où ils sont saisissables : par l'intelligence, s'ils en ont ; par la sensibilité, si l'intelligence n'a pas encore un développement sufi&sant. Or, qu'est-ce que l'enfant? Un petit être, riche d'avenir sans doute, mais chez qui ne se révèlent guère présentement que les phénomènes de la vie animale. Nous le remarquions à propos du chapitre II, c'est par les friandises, le pain sec et le fouet qu'on lui apprend l'alphabet de la conscience, la distinction du bien et du mal. L'excommunier serait de la cruauté et de la sottise ; et on n'emprisonne pas sérieusement des enfants ! Chez l'adolescent, il y a déjà de l'intelligence, mais aussi l'orgueU de cette intelligence qui s'éveille ; il y a de la conscience, mais en même temps des passions grossières ou violentes ; ce n'est plus le sommeil, comme chez l'enfant, c'est la révolte. A côté enfin de ces deux groupes, il faut ranger celui qui demeure un enfant toute sa vie, qui n'a rien dans son âme pour tenir en échec les poussées de l'instinct. Celui-là est peu apte à comprendre, répète saint Bsnoît, toute la portée de cette peine morale qu'est l'excommunication.
Lorsque de telles trempes tombent en faute, c'est donc au corps qu'il faut s'adresser, soit pour le réprimer, soit pour l'affaiblir. On l'affaiblu-a par des jeûnes sévères {nimiis ne peut signifier, dans la pensée de saint Benoît, excessifs et indiscrets) ; on réprimera ses audaces par des coups bien appliqués. Ut sanentur : on arrivera ainsi à établir la vraie santé morale, c'est-à-dire le jeu ordonné et tranquille de toutes les énergies, l'équilibre et l'harmonie des forces physiques et spirituelles : Mens sana in corpore sano.