Description d’un mariage Juif
214. Née de la liberté religieuse proclamée par la Réforme, et fille non reconnue du Protestantisme, la secte des Quakers en fut bientôt la plaie. L'on sait de quelles restrictions sévères, les croyances religieuses en dissidence avec l'Eglise établie, furent l’objet en Angleterre. Cependant les dissidents furent tolérés, pendant qu’à leur origine, les Quakers devinrent de la part de loi anglaise, les victimes d’un véritable ostracisme. Repoussés de toute communion avec les anglicans, communion qu'ils ne recherchèrent pas d’ailleurs, les Quakers ne leur cédèrent en rien en exclusivisme, et n'auraient pas plus voulu faire célébrer leur mariage devant un ministre de lEglise d'Angleterre, que ce dernier n’aurait voulu le solenniser. Force fut donc au Parlement anglais, en passant la loi de Lord Hardwicke, de prohiber entièrement le mariage des Quakers ou de leur permettre de le contracter suivant leurs propres
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Le mariage des Quakers contracté suivant leurs usages, était donc sanctionné en Angleterre, lors du traité de Paris, et ils’en suit qu'il fut apporté dans le Bas-Canada, par les sujets anglais, avec le reste de leurs coutumes matrimoniales. Nous avons vu plus haut, la Législature Canadienne leur accorder le droit de tenir des registres de l’État Civil.
La Religion des Quakers est simple et sans culte extérieur. Comme le reste de leurs pratiques, leur mariage est dégagé de toute forme symbolique et se fait sans l'intervention d’un ministre, bien qu’il ne manque pas d’un caractère de grandeur dans sa simplicité même. .
215. Voici comment un auteur Ecossais (1) le décrit: ‘ Les “ mariages des Amis (Friends) ou Quakers, se fait avec beaucoup “ de décence et de solennité. Avant la cérémonie, l’homme et la “ femme se présentent à une réunion mensuelle de la société, “et déclarent leur intention de se prendre pour mari et “ femme, si la société n’y a pas d’objection. Les conditions prin- “ cipales exigées pour obtenir le consentement de la société, “ sont les suivantes : 10. Il est de règle qu’un homme ne re- “ cherche pas une femme en mariage, sans avoir au préalahle, “ obtenu le consentement de ses propres parents et de ceux de “ la femme ou des tuteurs, mais si l’aveuglement de leur affec-
“tion leur fait oublier l'observance de cette règle, il doit de
“ même que la femme, faire amende honorable de. cette offense, “en confessant leur transgression à la société et en obtenant & l'assentiment de leurs parents. 20. Les conjoints doivent avoir ‘une même croyance en matière religieuse et être membres de “ la société. 30. Il ne doit pas exister de parenté ou d’affinité “entre eux dans les degrés prohibés par le Lévitique. 40. Si “aucun d’eux a donné scandale à leurs amis, il doit confesser “ son offense. s
. Si aucune objection n’est alors faite au mariage proposé,
(1) Halkerston Digest of the law of Scotland relating to marriage, page 73 et suiv.
“avis en est publié dans l’assemblée de la société du lieu où ‘“ résident ou ont résidé les parties, qui doivent de nouveau ‘assister à l'assemblée mensuelle suivante, devant laquelle, “les personnes nommées pour faire une investigation font ‘“ leur rapport, et s’il est favorable, il est loisible aux fiancés “ de procéder à la solennisation de leur mariage, qui est célé- *“ bré en assemblée ordinaire, un jour de semaine et générale. “ ment un jeudi. Vers la fin de l'assemblée, les parties se “ tenant debout et se donnant la main, font à haute et intelli. ‘ gible voix, la déclaration suivante : L'homme dit le premier: ‘“ Amis, je prends cette femme pour mon épouse, promettant par le secours de l'assistance divine, de lui être un mari affectueux et fidèle, jusqu'à ce qu’il plaise au Seigneur de ‘“ nous séparer par la mort. La femme dit à son tour : Amis, “je prends cet homme pour mon époux, promettant moyen- ‘ nant l'assistance divine de lui être une femme aimante et « fidèle, jusqu’à ce qu'il plaise au Seigneur de nous séparer par la mort” Après cela un ami du mari et de la femme fait une lecture publique du certificat de mariage, dans ‘ lequel les noms et descriptions des conjoints ont été insérés ‘ au préalable.- Ils signent alors le certificat, le mari le pre. ‘“ mier et la femme ensuite, de son nom de fille ; après eux leurs parents, et ceux des membres présents qui désirent ajouter leurs noms, mais aucuns ne signent comme témoins, “Ici se termine la cérémonie et l’heureux couple quitte l'as- “ semblée, se donnant le bras, mari et femme, mais sans la bénédiction d’un prêtre, ou aucune autre cérémonie.” 216. Le même auteur donne aussi la description suivante des cérémonies observées dans les mariages Juifs : (1) # On ne trouve dans la loi de Moyse, aucune cérémonie par- “ ticulière, relative au mariage, mais dans la loi des Rabbins, & il est clairement démontré, que le mariage peut se célébrer tt de trois manières différentes et sans aucune autre cérémonie: 10. Par un don d'argent, ow d’une chose de valeur « équivalente, fait par un homme à une femme, à condition “ qu’elle devienne son épouse. 20. Par une lettre qui lui est
(1) Pages 130 et 131.
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« adressée, lui promettant de devenir son époux. 30. En se « retirant avec elle à condition de devenir son époux. Chacun “ de ces modes était suffisant, mais après la construction du
“ second temple, les Rabbins, pour mettre un frein à cette
“ apparente immoralité, abolirent la dernière de ces cérémo-
“nies. Il n’est besoin d'aucune personne particulière, pour
“accomplir le rite du mariage: Le Rabbin en est générale-' “ ment le témoin, mais il peut être remplacé par aucun autre
« témoin du sexe masculin qu’il désigne. En premier lieu se
“ font les fiançailles, en présence d’un certain nombre d’amis
“ convoqués pour cet objet, qui sont aussi témoins du contrat
“de mariage, dans lequel est indiqué le jour des noces et le
“ douaire de la femme, qui remplace le don indiqué dans le
“premier mode de mariage. Quand le temps est expiré,
“ chacun des fiancés peut requérir l’autre de remplir sa pro-
“ messe de mariage, qui ne peut être rétractée que par mutuel “ consentement, constaté par écrit; dans le cas contraire, le
“mariage est célébré de la manière suivante : Le jour du
“ mariage, les fiancés sont conduits de la maison paternelle
“par leurs parents les plus proches, le fiancé par son père et
“ celui de là fiancée, et cette dernière par sa propre mère et
“ sa prochaine belle-rnère, dans la maison où doit se faire le
“ mariage, auquel assistent ceux qui y sont conviés. Le Rab-
“ bin jette un voile sur la tête de la femme, en signe de ia
“ différence qui distingue une vierge d'une femme mariée,
“ cette dernière ne devant jamais être vue la tête découverte:
“ Les époux sont conduits par leurs amis sous un dais où se
“tient le Rabbin, qui tenant un verre rempli de vin, récite
“un épithalame, en forme d’invocation au Créateur de l’Uni-
“vers.”
Les cérémonies du mariage Juif ne sont pas les mêmes dans tous les pays; car la loi de Moyse et le Talmud, n'ayant prescrit aucune forme particulière, l’uniformité de pratique n’est pas obligatoire à ce sujet; mais dans aucun des rites usités, la présence du Rabbin utile sans doute à la perfection du mariage, n’est nécessaire pour sa validité.
Ce qui frappe donc, dans le mariage des Juifs et des Qua-