AVANT-PROPOS
Notre but, en composant cet ouvrage, a été d'écrire un livre pratique, complet, embrassant toutes les parties des législations criminelles, spéciale et de droit commun , d'une lecture aisée , comblant toutes les lacunes que le temps et Ifes modifications successivement introduites dans le Code de justice militaire ont forcément apportées aux ouvrages les plus estimés.
Nous ne nous sommes pas bornés à noter ces divers changements, à reproduire les arrêts les plus nouveaux, et à tenir compte des modifications que la dernière guerre et l'insurrection de la Commune avaient rendues nécessaires ; nous avons pensé qu'il y avait autre chose à faire encore.
Jusqu'ici les écrivains qui se sont occupés de législation militaire se sont maintenus dans les limites étroites de commentaires juridigues, souvent d'une haute valeur, mais forcément arides pour lesoflficiers auxquels ils s'adressaient. Le juge y trouvait bien, sans doute, les renseignements, l'interprétation qui lui étaient utiles, mais sorti du conseil de guerre, il n'éprouvait pas le besoin de relire un manuel peut-être trop professionnel et qui ne répondait pas à ses études antérieures et aux besoins de son esprit.
Nous avons cru qu'il était possible de donner k un ouvrage sur la justice militaire Yintérà spécial que l'officier trouve dans un traité de tactique : nous avons donc puisé dans tous les auteurs, dans les mémoires des grands capitaines, bien persuadés que pour tout officier deux lignes de ViUars, de Napoléon ou de Marmont
auraient, au moins, autant de poids que les commentaires des jurisconsultes les plus autorisés.
Cette méthode avait encore un avantage : elle ne rendait pas seulement la lecture moins fatigante, plus attrayante pour des hommes que leurs travaux antérieurs ne prédisposaient pas à cette étude, elle permettait à tous les officiers, à ceux-là même qui ne font pas partie des conseils de guerre, de consulter utilement un ouvrage qui .peut les guider dans tous les actes de leur vie militaire.
Durant cette dernière guerre, dont les résultats ont été si terribles, mais qui a eu du moins cet avantage de prouver la nécessité du travail et de la science, que de fois n'avons-nous pas vu nos officiers hésitants. Sans doute, Thonneur est chez eux un guide qui ne trompe pas, mais il ne peut indiquer toujours où commence le droit, où finit le devoir? Quelle conduite faut-il tenir dans telle circonstance ? Quelque parfaits que soient nos règlements du service en campagne, ils ne peuvent tout prévoir.
Cette lacune très-réelle, nous avons voulu travailler à la combler ; à chaque page, nous avons multiplié les exemples historiques, les citations. Dans ces œuvres si nombreuses, et souvent immortelles, dans ces récits de faits héroïques, il y a un patrimoine d'honneur qui appartient à l'armée, et que nous avons voulu lui restituer.
Enfin, il nous a semblé que quelques notions de Droit international ne seraient pas inutiles, non plus que la comparaison de notre Code avec les législations militaires étrangères : IS où les termes de la loi peuvent paraître un peu vagues et indécis, un coup d'œil jeté chez le voisin suffit souvent à fixer l'esprit, de même qu'un exemple bien choisi fait cesser l'hésitation.
Nous avons cru devoir nous abstenir, d'une façon absolue, d'entrer dans les discussions qui se présentaient cependant tout naturellement, au sujet de modifications à apporter à certains articles. Les formalités de la justice militaire en campagne ont paru, — et peutêtre non sans raison, — trop compliquées à- beaucoup d'écrivains distingués. Le colonel Lewal, le général Martin des Pallières, le général Chareton ont insisté sur ce sujet dans leurs écrits, et tout récemment encore, l*iexcellent Bulktin de la réunion des offlciers lui